Economie

France: fronde et démission du gouvernement de Manuel Valls

Arnaud Montebourg (à gauche) et Manuel Valls (à droite): frères ennemis

© FRED DUFOUR - BELGAIMAGE

25 août 2014 à 07:11 - mise à jour 25 août 2014 à 15:25Temps de lecture5 min
Par AFP

Lors d'une conférence de presse, Arnaud Montebourg a annoncé qu'il ne serait pas dans le prochain gouvernement. "Les politiques de réduction des déficits (...) sont une absurdité financière car, en plombant la croissance, elles empêchent par la chute de l'activité la réalisation de leurs propres objectifs", a déclaré le ministre lors d'une brève allocution publique à son ministère.

La ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, a elle aussi déclaré qu'elle n'était pas candidate à un poste de ministre dans le prochain gouvernement. "Il y a un devoir de solidarité, mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous ont fait ce que nous sommes. Je choisis pour ma part la loyauté à mes idéaux. Je ne serai donc pas (...) candidate à un nouveau poste ministériel" dans la future équipe de Manuel Valls, écrit-elle dans une lettre de deux pages à François Hollande et au Premier ministre.

"Depuis deux années, malgré les difficultés, je n'ai jamais manqué à la solidarité gouvernementale ni à la loyauté (...) Je n'ai jamais fait prévaloir un quelconque intérêt personnel sur l'engagement personnel", souligne-t-elle.

"François, je t'ai soutenu dès la primaire de 2011 et j'ai participé ardemment à la campagne de 2012. Manuel, mon amitié ne t'a jamais fait défaut depuis plusieurs années", déclare Mme Filippetti, qui faisait partie de ceux qui plaidaient pour le remplacement à Matignon de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls.

Selon elle, "la réunion des ministres de jeudi dernier à Matignon a été malheureusement à la fois un révélateur et un exemple des raisons qui rendaient indispensable une discussion collective". "Je l'ai dit lors de cette réunion, faudrait-il désormais que nous nous excusions d'être de gauche ? "

"Ma loyauté a été et demeure sans faille, même lorsqu'il m'a fallu affronter la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, alors que je m'étais battue comme députée pendant cinq années sous le mandat de Nicolas Sarkozy contre le renoncement politique face à Mittal", écrit encore l'élue de la Moselle. Elle rappelle aussi sa "loyauté" lorsqu'elle a dû affronter "une baisse sans précédent du budget du ministère de la Culture", et après l'accord concernant le régime des intermittents sur lequel elle avait immédiatement "alerté" Jean-Marc Ayrault et François Hollande.

"Une ligne jaune a été franchie"

François Hollande "a reçu ce matin le Premier ministre", expliquait ce matin un communiqué de la présidence. "Manuel Valls a présenté au Président de la République la démission de son Gouvernement".

La présidence française souligne que la composition du nouveau gouvernement "sera annoncée dans la journée de mardi". Le ministre français de l'Economie, Arnaud Montebourg, avait été sévèrement rappelé à l'ordre dimanche par l'entourage de Manuel Valls, qui juge inacceptables ses critiques virulentes contre la politique économique du gouvernement.

"On considère qu'une ligne jaune a été franchie dans la mesure où un ministre de l’Économie ne peut pas s'exprimer dans de telles conditions sur la ligne économique du gouvernement et sur un partenaire européen comme l'Allemagne", avait déclaré à l'AFP un membre de l'entourage de Manuel Valls. Un peu plus tôt, le député Carlos Da Silva, proche de Manuel Valls, a jugé qu'Arnaud Montebourg avait "dépassé les bornes" avec des "déclarations insensées".

Arnaud Montebourg a confirmé lundi ses critiques de la politique économique de François Hollande et Manuel Valls en se défendant de toute "infraction à la solidarité gouvernementale". Il a dit qu'il ne se plaçait "pas dans l'hypothèse" d'un départ du gouvernement.

Contre la politique austéritaire

Dans un entretien publié samedi par le quotidien Le Monde, Arnaud Montebourg s'est inscrit en faux contre la ligne économique choisie par le Premier ministre et par le président François Hollande, tous deux socialistes comme lui. "L'Allemagne est prise au piège de la politique austéritaire qu'elle a imposée à toute l'Europe", a-t-il déclaré.

"Je veux parler de la droite allemande qui soutient (la chancelière) Angela Merkel. La France n'a pas vocation à s'aligner sur les axiomes idéologiques de la droite allemande", a-t-dit. "Nous ne pouvons plus nous laisser faire", a asséné le ministre, connu pour ses prises de position tranchées qui ont plus d'une fois suscité la polémique au sein de l'exécutif.

Qui a pris la décision ?

Selon l'Elysée, la démission du gouvernement a fait l'objet d'un "consensus absolu" entre les deux hommes. En tout cas, pour Manuel Valls il s'agit de se démarquer de l'époque Ayrault, marquée par de multiples "couacs".

Selon un conseiller gouvernemental, François Hollande "a poussé une grande colère", aux Comores samedi au moment de la parution de l'interview d'Arnaud Montebourg, alors qu'il avait publiquement minimisé la portée de ces propos.

Des "frondeurs" au gouvernement

Peu après l'annonce de la démission du gouvernement, le Premier ministre a commencé à recevoir un à un les ministres démissionnaires à Matignon, dont le ministre de l’Éducation nationale Benoît Hamon. Son sort est en question: dimanche il s'est affiché au côté d'Arnaud Montebourg à la Fête de la Rose, soutenant ses positions et se disant "pas loin des frondeurs". "Il y a des positions divergentes sur son sort. Manuel Valls voudrait le garder", selon une source gouvernementale, mais "François Hollande y est opposé".

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Les déclarations intervenaient après une fin de non-recevoir infligée par Berlin à l'appel du président Hollande à une réorientation des politiques européennes en faveur de la croissance et de l'emploi, dans un contexte de morosité économique persistante en France.

 

Démission du gouvernement français

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Aux commandes depuis le printemps d'un grand pôle ministériel économique, Arnaud Montebourg, 51 ans, électron incommode de la famille socialiste, n'a cessé au cours de sa carrière politique de multiplier les coups d'éclat. Le ministre de l’Économie est connu pour ses prises de position tranchées qui ont plus d'une fois suscité la polémique au sein de l'exécutif.

Caution de gauche

Dimanche, Arnaud Montebourg, rejoint par le ministre de l’Éducation, le socialiste Benoît Hamon, a assumé ses déclarations fracassantes au Monde et a multiplié les critiques contre la politique d'austérité du gouvernement, lors d'un rassemblement socialiste dans son fief électoral de Frangy-en-Bresse, dans l'est de la France.

Arnaud Montebourg représentait, avec son collègue de l'Education nationale, Benoît Hamon, la caution de l'aile gauche du gouvernement. Il avait d'ailleurs pris du galon à la faveur du gouvernement Valls en élargissant son portefeuille à l'Economie, en plus du Redressement productif qu'il détenait depuis mai 2012.

L'implosion du gouvernement intervient après des résultats économiques désastreux - avec notamment une croissance nulle au premier semestre - et peu avant les chiffres du chômage (publiés mercredi) qui ne cessent de battre des records.

"Après avoir vu se déchirer le groupe PS à l'Assemblée, les militants assistent atterrés à l'explosion du gouvernement... il faut un congrès pour clarifier", a réagi le député socialiste Yann Galut sur twitter. "C'est la ligne désastreuse après ne pas avoir pris l'ensemble des forces de gauche qui avaient fait sa victoire, éliminé les écologistes puis éliminé l'aile récalcitrante qui représente quand même beaucoup de gens au sein du PS, François Hollande se trouve comme un roi nu", a réagi Marie Noëlle Lienemann, représentante de l'aile gauche, sur BFMTV.

La présidente du Front National, Marine Le Pen, a appelé à une dissolution de l'Assemblée nationale.

Luc Chatel, secrétaire général de l'UMP par intérim, a qualifié de "grave" "la crise politique ouverte par la démission du gouvernement", François Fillon estimant pour sa part qu'elle "illustrait le désarroi dans lequel se trouve le président de la République face aux conséquences de son inaction".

 

La démission du gouvernement français

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RTBF, avec AFP

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