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Fouilles archéologiques de sauvetage le long du chantier du tram

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Les services archéologiques de la Région wallonne mènent des fouilles de sauvetage le long du chantier du tram à Liège. En Feronstrée, ils ont découvert les déchets d’un atelier de marqueterie du XIIe siècle et Place du marché, juste devant l’hôtel de Ville, ils ont retrouvé l’ancien dallage de la place tel qu’il était il y a 900 ans. Tous ces vestiges se trouvaient à 1,80 mètre sous le niveau contemporain.

Les vestiges d'un atelier de marqueterie / tabletterie*

L’archéologue qui s’occupe de ces fouilles s’appelle Denis Henrard. Il se penche sur une série de petits bâtons… qui sont de l’os. "Ici, on a une petite côte qui a été fendue, polie et décorée sur sa face externe. L’artisan a dessiné une ocelle emboîtée. Probablement l’objet s’est-il cassé et puis il l’a jeté." Un atelier existait là où ces objets ont été déterrés, en Feronstrée, près de Saint-Barthélémy, un mètre quatre-vingts sous la rue actuelle. Ici les archéologues ont retrouvé de ces petits objets par centaines. 

*Les archéologues préfèrent parler de "tabletterie".

"L’artisan a nettoyé son établi et a jeté les restes de son travail." Denis Henrard montre une plaquette longue d’une dizaine de centimètres, décorée de motifs sculptés et percée de deux trous aux extrémités. "Ces percements étaient destinés à appliquer la languette sur un petit mobilier par exemple, ou un manche de couteau." Il en saisit un deuxième percé de plusieurs trous : "Ici, les percements sont très rapprochés. Moi je penche pour des essais. Peut-être – c’est de la poésie archéologique, je ne peux pas l’affirmer – peut-être un apprenti." Si tout cela est en os, c’est que cet atelier, au douzième siècle, exploitait les restes de carcasses de la halle aux viandes, pas très loin.

Une corne de vache noircie est posée parmi les vestiges archéologiques. Cette corne est à elle seule une mine d’informations. "Ce qui est intéressant, c’est qu’on en a récupéré au moins une quinzaine. Si on met ça entre les mains d’un spécialiste du cheptel médiéval – ça existe – Il va certainement pouvoir déterminer la race de la vache et l’âge auquel le bovin a été abattu. S’il a été abattu jeune, ça veut dire qu’on n’a pas bénéficié de sa force de travail, mais qu’on l’a élevé juste pour le manger. C’est un indicateur de statut social."

 

Corne de vache du XIIè siècle
Corne de vache du XIIè siècle RTBF - François Braibant

Les fouilles ne retardent pas le chantier

Autre fouille Place du marché, dans un trou creusé pour accéder aux câbles et canalisations. "Vous voyez, au fond, à un mètre quatre-vingt de profondeur quelques dalles en grès. Il s’agit du dallage de la place du marché au douzième siècle. On a récolté de la céramique très caractéristique du douzième siècle en dessous de ce dallage." Donc la datation est sûre. Denis Henrard ne désespère pas de retrouver des traces de la voie romaine qui longeait la Meuse vers Maastricht et qui est probablement l’origine de Féronstrée.

Les fouilles archéologiques, ce n’est pas sur tout le tracé du tram, mais dans quelques points jugés intéressants où il faut creuser des chambres de visite. Il y a un contrat avec le tram. Les fouilles sont prévues, dès l’origine, dans le planning des travaux. "C’est ce qu’on appelle des fouilles préventives" acquiesce Sophie Denoël pour l’Administration wallonne du Patrimoine.

"Quand le permis est déposé, il est acté que nous allons faire des fouilles archéologiques. Nous faisons une convention, qui est un contrat entre nous et le tram. Nous avons discuté ensemble et déterminé que nous avons besoin de tant d’heures de fouille à tel et tel endroit. Quels endroits ? On parle de Feronstrée, de la rue de la Cité, de la place Saint-Lambert. Ce sont des endroits très ponctuels. On a quelques heures parfois pour aller au fond du trou, faire nos relevés, prélever des objets, et puis on en ressort.

Nous ne retarderons absolument pas le chantier du tram. Les Liégeois peuvent se rassurer. Nous travaillons avec tous les corps de métier qui se trouvent sur le chantier. Nous avons des heures qui sont prévues. Donc ils ouvrent, puis ils vont travailler ailleurs, avant de revenir peut-être le lendemain, et pendant ce délai-là, nous travaillons. A l’heure actuelle, nous n’avons pas interrompu une seule minute le chantier du tram."

L’archéologue Denis Henrard nous montre une pipe en terre. Elle n’est pas du douzième siècle, mais de la fin du dix-neuvième, voire du début du vingtième. C’est un ouvrier du tram qui l’a trouvée dans la terre qu’il avait déplacée et qui l’a tendue aux archéologues. A force de se fréquenter, sur le même chantier, les uns et les autres commencent à se connaître.

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