Fortes chaleurs: comment rafraîchir Bruxelles, dans ses murs et dans sa structure?

Fortes chaleurs: comment rafraîchir Bruxelles, dans ses murs et dans sa structure?

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27 juin 2019 à 10:20 - mise à jour 27 juin 2019 à 10:20Temps de lecture5 min
Par Aline Wavreille

En période de fortes chaleurs, en ville on souffre bien plus qu'ailleurs. Un phénomène que le réchauffement climatique devrait s'accélérer. On estime qu'il y a de deux à trois degrés supplémentaires à Bruxelles en comparaison avec la périphérie. Dès lors, il est utile de repenser nos villes, de revoir la façon dont elles se structurent, mais également de se pencher sur la manière dont on construit nos bâtiments et avec quels matériaux.

De la terre crue, pour réguler la température et l'humidité 

En bordure de canal, BC Architects réfléchit ses projets sous le prisme du développement durable. C'est un bureau d'architecture bruxellois mais aussi de recherche en construction durable. Ici, on mise donc sur des matériaux moins conventionnels, durables, comme la brique en terre crue. Elle sonne creux et est plus friable qu’une brique en béton mais elle présente des atouts importants, en matière d’inertie thermique par exemple, comme l’explique Nicolas Coeckelbergs architecte chez BC :

Avec ce type de brique, on peut construire des murs qui vont retenir la chaleur ou la fraîcheur, les stocker et puis les re-libérer par la suite. Cela a toute son importance, parce que cela va déterminer où l'on place l'isolation". La terre crue est aussi régulatrice de l'humidité dans un bâtiment. Chez BC Architects on croit tellement en ce matériau, qu'aujourd'hui il est produit, avec des terres de chantier bruxelloises. "Ces matériaux ont un très faible bilan carbone et puis l'on trouve de la terre partout, ces matériaux sont remis au goût du jour et ils peuvent être applicables à Bruxelles ", souligne encore l’architecte.

Nicolas Coeckelberghs, architecte chez BC Architects
Fortes chaleurs: comment rafraîchir Bruxelles, dans ses murs et dans sa structure?

Ce sera d'ailleurs le cas pour la rénovation des casernes d'Ixelles dont le bureau d'architectes a remporté le projet. D'autres matériaux sont aussi réhabilités, comme le chanvre pour l'isolation.

Utiliser des matériaux durables représente l'une des approches "bioclimatiques" de ce bureau d'architecte, qui va aussi se poser beaucoup de questions en amont d'un projet: "Est-ce qu'il faut réellement construire? Comment orienter un bâtiment, son exposition, quelle ventilation naturelle? ", énumère Nicolas Coeckelberghs. Bref, réfléchir au maximum à la manière dont l'environnement d'un bâtiment va pouvoir le servir. 

Des critères de durabilité dans les cahiers de charge 

Ces techniques qui étaient marginales jusqu'ici commencent à s'inviter dans les projets bruxellois. Notamment au travers de l'équipe du Bouwmeester, le maître architecte bruxellois. Elle accompagne les maîtres d'ouvrage publics et privés (une trentaine par an) et cette réflexion autour de la durabilité des projets, elle s'échine à la stimuler, " par exemple, en réfléchissant à la manière d’implanter les bâtiments pour éviter la création d’îlots de chaleur, favoriser la circulation de l’air ", déclare Guénaëlle Navez  et elle ajoute, "en pensant aux matériaux pour ne pas utiliser que des matériaux minéraux, à la présence de la nature et de l’eau dans les projets". L'équipe du Bouwmeester s'appuie sur le référentiel quartiers durables sorti il y a deux ans par Bruxelles Environnement pour établir ces critères de durabilité. 

Un équilibre entre besoins en logement et espaces verts 

Autant de critères qui figurent dans les cahiers de charges des projets: "on intègre ces éléments dans les projets qui en sont au stade de la rédaction du cahier des charges", explique Guénaëlle Navez.

Les questions de mobilité, d'intégration des espaces verts, etc, sont aussi inscrits dans la stratégie des nouveaux quartiers, les fameux PAD, plans d'aménagement directeurs. Tom Sanders, directeur du département stratégique chez Perspectives Brussels: 

" On tâche systématiquement lorsque l'on définit les stratégies pour l'aménagement de ces quartiers de trouver le point d'équilibre entre absorber et répondre à des besoins concrets en logement et en équipement mais aussi prévoir des espaces verts, des espaces perméables, des systèmes de mobilité notamment en jouant sur la politique de stationnement qui diminue la demande en mobilité. C'est à travers ces plans-là que l'on peut avoir un impact significatif sur ces questions".       

Apporter de l'eau et de l'ombre 

Voilà pour ce qui est des quartiers à construire, mais qu'en est-il à l'échelle de la région bruxelloise, si l'on prend encore du recul? 

Dans le centre par exemple, il faut composer avec le bâti qui existe déjà. Avec, l'une des réalités bruxelloises: les rues canyons. Des rues étroites, avec des barres d'immeubles, souvent sombres, qui emmagasinent donc l'énergie solaire Charlotte Claessens de Bruxelles Environnement: "la chaleur ne peut pas s'échapper, elle stagne entre les bâtiments, en plus il y a avec le trafic plein de moteurs à combustion qui chauffent la rue. Et le vent ne parvient à faire partir ni la chaleur ni les polluants. Malheureusement ceux qui habitent dans un centre très très dense, souvent ils souffrent en premier lieu de ce principe-là".

Dans ces conditions, pour rafraîchir la ville, il faut créer de l'ombre et prévoir de l'eau. Ce sont les deux mesures-phares. 

Charlotte Claessens du département accompagnement ville durable à Bruxelles Environnement

En ce qui concerne l'eau, Bruxelles Environnement a par exemple le projet de rouvrir la Senne à certains endroits, comme dans le quartier du Parc Maximilien, près de la Gare du Nord. Des études sont en cours. Pour ce qui est de reverduriser Bruxelles, Charlotte Claessens explique: " Un seul arbre, cela ne va pas suffire dans une rue. Il faudra essayer de remettre la nature en ville en créant tout un maillage vert. Cela veut dire relier les espaces verts entre eux. Et donc plus on crée des arbres, plus on arrive à désimperméabiliser les sols, plus on apportera de l'ombre et de la fraîcheur. C'est comme l'être humain, l'arbre aussi arrive à dégager de l'eau et à rafraîchir son environnement. Un seul arbre adulte peut être à peu près l'équivalent de 5 à 10 climatiseurs en ville, c'est assez incroyable comme chiffres! "

On a semé des graines, mais chaque projet a son contexte 

Plus d'arbres, plus d'eau. Quand l'on regarde les projets qui sont sortis de terre récemment, comme différentes places, la place du Miroir à Jette, la place Jourdan à Etterbeek ou encore la Place Flagey à Ixelles, plutôt très minérales, on n'a pas l'impression que cette réflexion a totalement guidé les projets: " Les projets construits à l'heure actuelle répondent aux questions que l'on s'est posé il y a 5 ou 10 ans", explique Guénaëlle Navez. Donc pas forcément en intégrant cette approche durable. "On a semé des graines, mais chaque projet a son contexte, souvent des contraintes techniques. Mais je crois que les acteurs publics s'y mettent de plus en plus. Il y a énormément de potentiel", sourit Charlotte Claessens. 

A Saint-Gilles par exemple, le futur réaménagement de la Place Marie Janson mise sur les espaces verts. 

Bruxelles est donc à un tournant et face à deux défis de taille: gérer sa démographie galopante et son besoin en logement et limiter les conséquences du réchauffement climatique. Pour y voir plus clair sur ces espaces ouverts à la construction et ces espaces verts à sanctuariser, une étude est prévue avec la Flandre à l'échelle métropolitaine. Histoire que notre capitale puisse encore respirer sous plus de 30 degrés. 

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