Monde Europe

Forte augmentation du nombre de migrants vers l’Europe : les 27 approuvent un plan d'urgence

Réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE le 25 novembre 2022.

© Thierry Monasse

25 nov. 2022 à 16:25 - mise à jour 25 nov. 2022 à 20:41Temps de lecture3 min
Par Olivier Hanrion

C’est la crainte d’une nouvelle vague migratoire vers l’Union européenne qui a poussé la présidence tchèque du Conseil à organiser une réunion extraordinaire des 27 ministres de l’Intérieur de l’Union ce vendredi 25 novembre. Les chiffres sont en nette augmentation. Depuis le début de l’année, plus de 281.000 personnes ont franchi les frontières extérieures de l’UE de manière irrégulière. Un record depuis 2016.

Deux semaines après la crise franco-italienne autour de l'Ocean Viking, les ministres européens de l'Intérieur réunis à Bruxelles ont approuvé vendredi un plan d'action afin de ne "pas reproduire ce genre de situation".

Les deux principales routes migratoires vers l’Europe

Deux routes migratoires attirent particulièrement l’attention des dirigeants européens. La route des Balkans. C’est là où se concentre le plus grand nombre de migrants vers l’UE aujourd’hui. Depuis le début de l’année, plus de 128.000 franchissements irréguliers des frontières de l’Union européenne y ont été observés. C’est deux fois et demie de plus que l’année précédente. L’autre point de passage privilégié par ceux qui veulent rejoindre l’Europe passe par la Méditerranée centrale. Cette année, plus de 85.000 personnes ont emprunté cette voie, au péril de leur vie. 1800 noyades ont été recensées.

Crise diplomatique franco italienne

A cela vient s’ajouter la crise diplomatique entre la France et l’Italie autour de l’Ocean Viking. Ce navire humanitaire chargé de migrants secourus en Méditerranée s’est vu refuser l’accès aux ports libyens, tunisiens, maltais et italiens avant d’accoster en France. Depuis, Paris remet en question sa promesse de relocaliser 3500 migrants débarqués en Grèce, Malte ou en Italie. "Si l’Italie ne prend pas les bateaux humanitaires, n’accepte pas le droit de la mer et l’accueil dans le port le plus proche, alors il n’y a aucune raison que les pays qui font de la relocalisation comme la France et l’Allemagne soient aussi les pays qui accueillent les migrants" explique le ministre français de l’intérieur Gérald Darmanin à son arrivée au Conseil ce vendredi après-midi. Bref, la migration revient sur le devant la scène politique européenne, sans aucune solution à l’horizon.

Le dossier empoisonne les 27 Etats membres depuis la crise migratoire de 2015

En septembre 2020, la Commission européenne a bien tenté de déminer le terrain en proposant un pacte sur l’asile et la migration. Un pacte qui regroupe une dizaine de propositions législatives pour renforcer les frontières extérieures de l’UE tout en organisant la solidarité dans l’accueil des migrants entre les Etats membres. Mais les négociations entre les 27 sont au point mort. "La question de la relocalisation crispe plusieurs capitales d’Europe centrale et orientale, explique l’eurodéputée socialiste Marie Arena. Pourtant plusieurs Etats membres veulent relancer les discussions". "Il est très probable que le problème va devenir encore plus aigu au printemps de l’année prochaine, confirme l’eurodéputé PPE allemand Andreas Schwab. Il faut tout faire pour éviter que le marché intérieur ne soit à nouveau bloqué par des fermetures de nos frontières intérieures qui certes peuvent bloquer le déplacement des migrants mais qui risquent surtout de bloquer notre économie".

Le plan d’urgence de la Commission européenne

C’est pour éviter d’en arriver là que la Commission européenne a publié en urgence lundi un nouveau plan d’action. Une vingtaine de mesures qui visent à renforcer les partenariats avec les pays tiers pour éviter les départs de migrants au départ de Tunisie, de Libye ou d’Egypte. L’exécutif européen veut aussi un meilleur encadrement des navires humanitaires qui patrouillent en Méditerranée. "Nous devons demander à l’Organisation maritime internationale de clarifier leur activité" explique Ylva Johansson, la commissaire chargée des affaires intérieures. Le point est extrêmement sensible. Les pays méditerranéens comme l’Italie, la Grèce ou Malte critiquent sévèrement les organisations non gouvernementales alors que l’Allemagne, elle, refuse qu’on limite leurs actions de sauvetage. Il s’agit enfin de relancer le mécanisme de solidarité volontaire de relocalisation des demandeurs d’asile. Une douzaine d’Etats s’était engagée à accueillir 8000 réfugiés. Seules 117 relocalisations ont eu lieu…

Ce n’est pas une vague migratoire

Pourtant la solution passe nécessairement par une solidarité organisée entre les Etats membres de l’UE. "Aujourd’hui on constate que plus ou moins 20% des migrants qui arrivent ont droit à la protection, détaille Marie Arena. Ceux qui ne sont pas retenus doivent retourner dans leur pays d’origine mais les 20% restant doivent être répartis sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. C’est possible, veut croire l’eurodéputée, mais arrêtons de faire croire au citoyen européen qu’il y a une vague migratoire qui va les submerger. Ce n’est pas vrai !"

De fait, avec la guerre en Ukraine les Européens ont démontré qu’ils pouvaient accueillir un grand nombre de réfugiés. Ils ne peuvent plus se permettre de continuer à travailler crise par crise, bateau par bateau.

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