Matin Première

Formation d'enseignante en Flandre : les étudiantes qui portent le voile refusées dans leurs lieux de stage

L'oeil sur la Flandre

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Le débat sur l’interdiction du port du voile fait son retour en Flandre. Il concerne, une nouvelle fois, le secteur de l’enseignement : des étudiantes musulmanes qui suivent une formation d'enseignante ne trouvent pas de lieu de stage.

Plusieurs directeurs d’écoles supérieures ont lancé cette semaine un appel à l’aide dans les colonnes du Standaard. Les étudiantes de confession musulmane qui suivent une formation d’enseignante au sein de leur établissement ne parviennent pas à trouver d’écoles pour effectuer leur stage, parce qu’elles portent le voile. Selon ces directeurs, la situation est devenue intenable. Nombre de ces étudiantes finissent par jeter l’éponge et se dirigent alors vers d’autres secteurs. Un gaspillage de talents, estiment ces directeurs. Un douloureux gâchis alors que la pénurie d’enseignants n’a jamais été aussi criante au nord du pays.

Pourquoi n'ouvre-t-on pas les portes aux musulmanes qui portent le voile ?

Légalement, il existe une interdiction généralisée du port du voile dans les écoles flamandes, mais uniquement celles qui relèvent de la Communauté flamande. Dans ce réseau, l’interdiction de porter un signe religieux a été instaurée il y a près de 10 ans, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants. Mais dans les autres réseaux, chaque établissement a la possibilité de choisir. C’est le cas notamment dans l’enseignement catholique, qui compte le plus grand nombre d’écoles sur le territoire flamand. Il semble toutefois que la grande majorité de ces écoles a également opté pour une interdiction du port du voile.

Ce choix de fait s'expliquerait par différents facteurs. D’après les directeurs des établissements qui forment les futurs enseignantes, de nombreux directeurs d’écoles ne sont pas vraiment opposés à l’accueil d’institutrices voilées. Ils s’inquiètent en revanche des réactions négatives que cela pourrait susciter auprès des parents d’élèves. D’autres écoles préfèrent ne pas donner l’impression de soutenir un symbole perçu comme un objet de soumission des femmes. Et puis, la question de la neutralité de l’enseignement entre évidemment, elle aussi, en compte.

Un enseignement qui ne reflète plus la diversité de la population flamande

Que contient ce cri de détresse des directeurs des hautes écoles flamandes, relayé dans le Standaard ?

Ils pointent évidemment la pénurie d’enseignants. Pour eux, le refus d’engager des personnes voilées est totalement absurde et contradictoire, d’autant que ce symbole n’est aucunement lié aux compétences des futures institutrices. 

Ils évoquent aussi le manque de diversité au sein du personnel scolaire. Actuellement, à peine 6,5% des enseignants flamands sont d’origine étrangère, et seuls 2,5% sont issus de l’immigration. Des chiffres peu représentatifs de la société puisqu’aujourd’hui, un quart de la population flamande est d’origine étrangère.

Quant à la question de la soumission des femmes qui portent le foulard, les directeurs des hautes écoles affirment que ces étudiantes ne se sentent pas opprimées par leur religion, mais bien par les règles imposées par les écoles. Des règles qui les privent d’un choix individuel : celui de porter un accessoire qui fait partie de leur identité.

La loi ne devrait pas changer

La question d'une révision du règlement a en tous cas fait couler beaucoup d’encre dans les médias, mais il semble qu’un éventuel changement n’est pas pour demain. Pour tenter, malgré tout, de faire bouger les choses, les directeurs de l’enseignement supérieur demandent qu’une concertation soit lancée entre plusieurs écoles flamandes pour qu’elles prennent une décision en groupe, ce qui, selon eux, faciliterait un éventuel revirement.

Au niveau politique, aucun changement n’est en vue. Le ministre en charge, Ben Weyts, l’a une nouvelle fois martelé cette semaine, depuis le Parlement flamand : "Si une personne choisit de travailler dans l’enseignement libre, c’est elle qui doit s’adapter au choix de l’école, et non l’inverse".

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