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Folly Group : dancing in the dark

03 avr. 2022 à 18:12Temps de lecture4 min
Par Aline Glaudot

C’est officiel, on passe rarement plus d’une semaine chez Jam sans vous parler d’un coup de cœur made in outre-Manche. Repéré il y a quelques mois lors de leur passage aux Trans Musicales de Rennes, on a pris le temps de discuter en janvier dernier avec Sean, Tom, Kai et Louis de Folly Group, sans doute l’un des bands les plus dansants et excitants de cette foisonnante scène post-punk UK actuelle. Quelques jours après la sortie de leur second EP "Human and Kind", l’occasion parfaite pour enfin sortir ce papier.

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"Awake and hungry", c’est avec ce premier titre percutant que s’ouvrait le premier EP sorti en 2021 de ces quatre frères d’arme de la banlieue de Londres réunis sous l’étendard Folly group, laissant déjà entrevoir à l’époque leur appétit féroce.

DIY

Emmenés par Sean Harper (chanteur et batteur), Kai Akinde-Hummel (percu), Tom Dehorty (guitare) et Louis Milburn (basse), alors colocs à l’unif de Brixton, se font les dents en plein premier confinement dans une chambre transformée en studio : "C’était très bruyant (rires) ! On était déjà trois dans le groupe à vivre dans la même maison, on avait construit un studio dans l’une des chambres où on se retrouvait avec nos idées de morceaux. Pendant le lockdown, on s’y mettait direct après le boulot. […] C’était une intéressante et inhabituelle façon de travailler, on a eu le luxe d’avoir du temps et de pouvoir constamment être là à chipoter, bidouiller les détails des morceaux."

On a appris énormément de choses en faisant ce disque, contrairement aux studios, on n’avait pas de deadline et ça nous a permis d’être plus créatifs.

De ces sessions d’enregistrement atypiques se dégagent six premiers titres efficaces et rafraîchissants où le quatuor arrive à tirer son épingle du jeu de cette scène post-punk anglaise au meilleur de sa forme mais tendant toutefois à s’uniformiser: "C’est marrant, de par l’étiquette musicale qu’on nous colle, il y a des gens qui s’intéressent automatiquement à notre travail avant même de nous avoir entendus. Ça reste quand même super cool d’être au milieu de tout ça. C’est comme si tu partais avec un coup d’avance, que tu avais les "cheat codes" pour réussir ton coup."

 

Ainsi, au timbre rauque et à la voix impétueuse du leader, s’ajoute des percussions électroniques, une basse vrombissante, le son dissonant d’une guitare et l’omniprésence d’une batterie en cavale. Des sonorités presque chaotiques qui ne sont pas sans rappeler Squid, Black Midi voire (quoique dans une moindre mesure) Black Country New Road. Mais à ce post-punk débridé et expérimental, Folly group associe astucieusement les codes de la dance music. Un subtil mélange qui fait toute la différence :"BCNR et Black Midi sont plus dans l’improvisation, dans la free music, alors que nous on vient de la dance music comme PVA. Ce n’est pas qu’on s’en inspire mais ça fait partie de nous et de notre ADN. On est un peu plus centré sur le rythme, là ou Black Midi sont sur le noisy et la non-mélodie. On aime le tempo fix."

Mais une des choses les plus cool à propos de cette scène, c’est que bien qu’on aime à les comparer, tous ces groupes sonnent différemment et ont tous leurs particularités. C’est pour cette raison que la scène londonienne est une véritable source d’inspiration.

Human and Kind

Sorti le 25 mars dernier chez Ninja Tune, "Human and Kind", leur second EP, s’inscrit globalement dans la lignée du précédent à quelques ondées près: aux mélodies plus dansantes viennent s’ajouter des passages beaucoup plus sombres (voire carrément angoissants sur Faint of Hearts et The Tooth of February), amplifiant d’un cran le niveau d’intensité.

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Plus pessimiste peut-être aussi, il rend compte des désillusions d’un peuple et d’un pays de plus en plus divisés et des difficultés qu’entraîne le train de vie dans la capitale britannique: "Londres nous inspire, oui, dans tous les mauvais sens du terme. Ça nous donne envie de bouger d’ici. Tout le monde a envie de vivre à Londres dans ce pays, c’est là où tout le monde veut être. C’est là où la jeunesse éduquée à envie d’habiter, c’est aussi une des raisons pour laquelle c’est compétitif, hors de prix et au final très fatigant. […]"

Ça ne se ressent pas forcément sur le premier EP mais il n’empêche que toutes nos anxiétés viennent du fait de pas être à l’aise et stable dans ce genre de ville aussi cher.

Validé par Joe Mount

Enfin, pour l'anecdote, nos gaillards se sont taillé une place sur le titre "Monday" d'un certain Joseph Mount en compagnie du rappeur Brian Nasty.

"On va vous décevoir mais l’histoire n’est pas si incroyable que ça, no crazy studio, tout s’est fait à distance, c’était très 2021 (rires). On a été en contact avec Joe Mount de Metronomy de façon assez cool et naturelle. On a grandi au même endroit, je (Sean) ne le connaissais pas mais un de mes potes lui a envoyé notre premier single en utilisant l’excuse de "voici un band de Totnes". Apparemment, Joe est toujours très chaud d’entendre de la musique d’où il a grandi. Il a aimé et nous a contactés.

On doit avouer que c’était assez hallucinant sur le moment de voir qu’on avait un message de Metronomy.

"Il nous a demandé ensuite si on voulait faire un truc avec lui, on a répondu oui évidemment. On n’avait aucune idée de la forme que ça allait prendre, on ne savait pas que ça serait un EP collaboratif. On lui a envoyé les parties vocales d’une chanson qu’on n’avait jamais vraiment terminée […] et deux mois après il nous a envoyé un mail avec "tenez voici le morceau". On a halluciné."

 

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Si on trépigne déjà à l'idée de découvrir en live leur pédigré, il semblerait que jusqu'ici, seule une tournée en Angleterre est annoncée... patience!

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