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Belgique

Foire de Libramont : la Wallonie regorge de feuillus mais en transforme trop peu

03 août 2022 à 15:29Temps de lecture3 min
Par Belga, édité par Anthony Roberfroid

Moins de cinq pour cent de l'accroissement annuel des feuillus en Wallonie sont sciés dans la région, a indiqué l'Office économique wallon du Bois, mercredi, en marge des journées forestières de la Foire agricole de Libramont. Au cours d'une causerie-débat, les intervenants ont souligné l'importance de préserver et développer des capacités de sciage et transformation de feuillus, et du chêne en particulier, en Wallonie, au profit de l'emploi local et de l'environnement.

Et pourtant, le sud du pays ne manque pas de feuillus puisque 57% de la forêt wallonne en est composée. Mais les quelques dizaines de scieries que compte encore la région scient à plus de 90% des grumes -troncs d'arbres ébranchés, qui constituent la matière première de la transformation du bois- de résineux. "Il est effarant de constater à quel point le feuillu est le parent pauvre du secteur. Il y a quelque chose d'affolant, de paradoxal et désolant dans ce désintérêt pour les feuillus", a déploré Emmanuel Defays, directeur de l'Office économique wallon du bois.

À peine 63% de l'accroissement naturel des feuillus sont prélevés

"À peine 63% de l'accroissement naturel des feuillus sont prélevés. Il y a un phénomène de thésaurisation. Accroître la capacité de transformation du chêne en Wallonie a du sens, car on ne manque pas de ressources à ce niveau-là", a abondé son collègue François Deneufbourg, responsable développement à l'Office.

Plusieurs mesures ont été adoptées en Wallonie pour essayer d'y "rapatrier la valeur ajoutée de la transformation du bois" et éviter que les grumes de feuillus ne partent par conteneurs entiers vers la Chine et la grande exportation. L'une d'entre elles concerne la possibilité, à certaines conditions, de ventes de gré à gré de lots de bois directement par les communes à des scieries locales. 

Si certaines communes forestières, dont une part importante du budget est financée par la vente de bois, peuvent se montrer réticentes, par crainte de prix plus faibles, l'argument ne tient pas la route, a-t-on souligné. Parce les prix ne sont pas forcément plus faibles que par rapport aux adjudications publiques. Et s'ils le sont, la différence est minime, comme l'a illustré le bourgmestre de Daverdisse, Maxime Léonet, dont la commune tire un quart de ses revenus de la vente de bois (en majorité résineux) et vend 15% (le maximum autorisé) de son bois en gré à gré. 

 

"Une diminution de prix de 10% sur 15% des bois feuillus qui correspondent à un tiers de nos ventes de bois, lesquels représentent un quart de nos revenus, j'ai calculé, cela correspond à 0,125% de mon budget", a calculé le bourgmestre dont un "théorème", non sans une pointe d'humour, porte désormais le nom.

"Si une commune ne peut pas investir 0,125% de son budget pour le maintien de l'emploi, de l'outil, de circuits courts, alors à quoi sert-on? Que fera-t-on quand on n'aura plus de transformateurs pour le chêne comme c'est déjà le cas pour le hêtre", a poursuivi le bourgmestre d'une communale rurale et forestière.

"Ces ventes de gré à gré sont nécessaires et représentent une bouée de sauvetage. Mais ce n'est pas suffisant, car elles ne peuvent représenter que 33% de notre approvisionnement", a pour sa part souligné Martial Camps, administrateur d'une scierie de chênes à Morville (province de Namur).

Le rôle d'exemple des communes et des pouvoirs publics a été souligné, de même que la nécessité d'informer davantage le consommateur et de le sensibiliser. L'Office économique wallon du bois a rappelé l'existence depuis 2015 en Wallonie de la marque "Bois local", une initiative de la filière bois wallonne visant à mettre en lumière ses ressources et son savoir-faire.

Plus récemment, quelque huit millions d'euros ont été mobilisés dans le cadre du plan de relance wallon pour développer la transformation locale de bois. Deux appels à projets ont été lancés à destination des entreprises, universités, hautes écoles et centres de recherche wallons. Ceux-ci ont jusqu'au 29 août pour remettre leur lettre d'intention. Le premier appel à projets, pour un montant d'1,84 million d'euros, est axé sur la recherche et le développement. Le deuxième appel à projets est doté d'une enveloppe de 5,84 millions d'euros et s'adresse aux entreprises actives dans la valorisation des bois feuillus wallons ou qui souhaitent l'être. 

En Wallonie, la forêt occupe 33% du territoire. La filière bois y compte 8.000 entreprises et plus de 18.000 emplois.

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