Fini les rues au nom de collabos, place aux résistantes flamandes

Joyce Azar

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29 janv. 2020 à 08:19Temps de lecture2 min
Par Joyce Azar

Les pages sombres de l’histoire flamande s’affichent encore et toujours dans les rues du nord du pays. Plusieurs d’entre elles portent ainsi le nom d’anciens collaborateurs nazis. Mais de plus en plus de communes prennent aujourd’hui la décision de les rebaptiser.

La dernière commune en date est celle de Puurs-Sint-Amands. 75 ans après la libération du camp d’Auschwitz, le conseil communal a en effet décidé de supprimer la rue Cyriel Verschaeve. 

Le nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais durant la Deuxième Guerre mondiale, ce prêtre et poète flamingant a collaboré avec le régime d’Hitler. Fort de son influence, il a contribué à propager les idées nazies et a convaincu de très nombreux jeunes Flamands à s’enrôler auprès de l’armée allemande. Fait marquant: la rue Cyriel Verschaeve se trouve à deux pas du fort de Breendonk, où des milliers de personnes ont été emprisonnées, et où plus de 300 d’entre elles ont trouvé la mort. 

Tergiversations

Cela fait maintenant dix ans que des discussions ont lieu autour du nom de cette rue. Sous l’impulsion de la section locale du parti écologiste Groen, la volonté de la rebaptiser a émergé. Mais le vote du conseil communal a été négatif à deux reprises. Il aura fallu attendre 2020 pour qu’un changement intervienne. 

Lundi dernier, seuls la N-VA et le Vlaams Belang ont voté contre - la N-VA ayant avancé des raisons d’ordre pratique, et dénoncé le fait que les habitants de la rue n’avaient pas été impliqués dans la décision. Il faut savoir que ces derniers s’opposaient à un changement. Aujourd’hui, ils auront toutefois la possibilité de choisir eux-mêmes un nouveau nom pour leur rue. 

Changement d’avis

C’est en fait le CD&V qui a finalement fait pencher la balance. Alors que le bourgmestre de Puurs-Sint-Amands, Koen Van den Heuvel, avait déclaré en 2017 qu’il fallait respecter les riverains et fermer ce dossier pour de bon, lui et son parti semblent avoir changé d’avis. 

Selon Koen Van den Heuvel, les temps ont changé. Il n’était donc plus possible d’honorer un collaborateur nazi alors qu’on connait aujourd’hui une montée de l’extrémisme.  

On notera que sa commune n’est pas la première à avoir fait le pas. Courtrai et Lanaken ont aussi supprimé leur rue Cyriel Verschaeve. Aujourd’hui, trois communes flamandes ont encore une rue au nom du prêtre collabo. 

Place aux résistantes 

Alors que certaines communes suppriment des noms de rue qui dérangent, d’autres choisissent de baptiser de nouvelles rues au nom de personnes restées dans l’ombre jusqu’ici. C’est le cas de la ville de Gand où un nouveau quartier, situé dans la section de Oostakker, va être totalement dédié à des résistantes de la Seconde Guerre. Cette décision reflète une double volonté: afficher plus de noms féminins dans l’espace public, et mettre à l’honneur des Gantoises oubliées malgré leur mérite. 

Aujourd’hui, dans les villes flamandes, environ 85% des rues portent le nom d’un homme. Gand veut désormais y remédier: le nouveau lotissement de Oostakker va adopter le nom de 10 héroïnes de la résistance, 10 femmes qui ont risqué leur vie pour leurs compatriotes. On citera, parmi elles, Hilda Daneels, qui faisait partie de l’Armée secrète et qui a survécu au camp de concentration de Ravensbrück. Son mari, lui, est décédé à Breendonk. Il y aura aussi bientôt une rue Martha Gryp, du nom d’une activiste qui traduisait notamment des textes de la résistance du français vers le néerlandais. 

Ces modèles féminins obtiennent aujourd’hui l’estime qu’on leur doit, et c’est une bonne chose, car ne l’oublions pas: à travers le choix de ces patronymes, notre société désigne le genre de personnalité qu'elle valorise et qui constituent un exemple à suivre.  

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