Fin de la guerre 40-45: un enfant de la libération raconte ses mémoires

Paul Thielen

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07 mai 2020 à 13:53Temps de lecture3 min
Par I.L. avec Françoise Baré

La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe, le 8 mai 1945 à 23h01, au lendemain de la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie, signée le 7 mai à Reims. Cette date a toujours peiné à être une grande référence symbolique, mais ce 8 mai '45 reste dans les souvenirs de ceux qui ont vécu chez nous les quatre ans de l'occupation et du conflit mondial. Nous avons rencontré Paul Thielen qui avait 6 ans à l’époque.  75 ans après, ses souvenirs sont intacts.

Paul Thielen avec sa soeur
Paul Thielen avec sa soeur © Tous droits réservés

Aujourd’hui, Paul a 81 ans.  Toute une vie s’est déroulée après cette guerre, qui a mangé sa prime enfance, mais sa mémoire est comme un grand album d'images. Ses souvenirs vont et viennent. Il y a l’histoire d'une innocence blessée, d'un optimisme indestructible, et d’une rage de construire.

Mais il y a aussi la liesse du 8 mai avec une foule en joie qui se presse, ou des bras qui s'accrochent aux trams pour gagner le centre-ville de Bruxelles. Autant de bribes d’une folle euphorie : "Comme la guerre était finie, certains se sont même empressés de brûler leur carte de ravitaillement. Pourtant il a duré encore un certain temps".

Un tram bruxellois au moment de la libération
Un tram bruxellois au moment de la libération © Tous droits réservés

Souvenirs de sentiments mitigés entre délivrance et souffrance

Pour la famille de Paul, ce 8 mai est bien un moment historique, mais avec autant de sentiments mitigés entre délivrance et souffrance. " On sentait la fin de la guerre mais on s’inquiétait pour nos déportés et nos prisonniers. Certains ont mis deux ans pour revenir de Russie à pieds. Et puis la guerre n’était pas vraiment finie. Il y avait celle du Pacifique ".  


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Le souvenir se fait précis, même à l’âge de 6 ans, quand il est question de cette liberté retrouvée et des changements de vie qui en découlent. "Je suis passé devant une épicerie qui affichait "Enfin libres". Il s’agissait d’une pub pour la margarine Solo, pour laquelle on n’avait plus besoin de timbres.  J’ai gardé le souvenir de ce mot précieux qui avait toute son ambiguïté, notamment par rapport aux besoins en ravitaillements ", raconte-t-il avec quelques larmes dans les yeux.

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Le corps aussi se souvient du froid

Paul parle peu de toutes ces privations de gâteaux, de bon beurre et de douceurs. "Je ne me souviens pas d’avoir eu faim, mais je me souviens d’avoir eu horriblement froid.  Ma maman acceptait de faire monter le mercure jusqu’à 17 degrés si quelqu’un était malade.  Aujourd’hui s’il n’y a pas 22 degrés, ça me semble inconfortable ", sourit-il.

Un patriotisme "tranquille"

La famille Thielen habite dans le quartier dit de La Chasse à Etterbeek. Comme beaucoup de familles bruxelloises, elle est certes patriote, mais un patriotisme "tranquille", comme Paul aime à le préciser.  Ils étaient surtout des anti-Allemands épris d'Angleterre .

Un combat aérien : "La beauté du diable "

Un jour, les Thielen père et fils, s'empressent de grimper sur le toit de la maison pour assister à un combat aérien, en hurlant de joie:  un Spitfire anglais était en combat singulier avec un chasseur allemand. "Pour les Belges de l’époque, un Spitfire était un signe de rédemption. (…) Ma maman nous criait alors depuis l’escalier de redescendre au plus vite car des balles étaient tirées dans toutes les directions (…) Mais je trouvais que c’était d’une rare beauté; un peu la beauté du diable".

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La construction européenne: tout un symbole

Paul est de ceux pour qui la construction européenne était le rêve de paix des enfants de la guerre. "Mes parents étaient dans le scootisme et pour moi, l’événement le plus libérateur a été le feu de Pentecôte, où un groupe international s’était rassemblé à Foy-Notre-Dame. Cet événement m’a donné un immense espoir ".

aujourd'hui, il reste un européen convaincu : "Je suis de ceux qui ont les larmes aux yeux quand ils entendent l’hymne européen. Je ressens chaque fois ce que j’ai vécu à la libération : je revois ce rond-point, tout au fond de la rue de la Loi, où j’ai vu les libérateurs. Et c’est au même endroit que l’Europe s’est battie".   

75 ans après la guerre, Paul Thielen est un fringuant octogénaire avec des projets à revendre. Et si on lui dit aujourd’hui que les anciens comme lui ont fait leur temps, il répondra qu'il y a encore tant de combats à mener ensemble.

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