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Belgique

Festival néonazi à Ypres à la fin de ce mois : des services de renseignement européens s’alarment. La ville annule finalement le festival

Ypres : un festival pointé du doigt

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16 août 2022 à 07:12 - mise à jour 16 août 2022 à 14:11Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

Les services de renseignement européens sont préoccupés par l' Ijzerwacht des 27 et 28 août. Ils partagent un document d’un groupe de recherche travaillant avec le gouvernement américain, qui catalogue l’événement d’Ypres comme une menace d’extrême droite. Le conseil échevinal d’Ypres, qui a autorisé la tenue de l’événement, réexaminait aujourd’hui la question. Ce sont les journaux Het Nieuwsblad et Gazet Van Antwerpen qui donnent l’information.

Ce rassemblement se tient dans le cadre de l’Ijszerwacht, la version radicale du pèlerinage à l’Yser, ce rassemblement traditionnel du nationalisme flamand. Depuis 2003, l’aile la plus radicale du mouvement flamand a créé un mouvement dissident, à une autre date.

Ces dernières années, l’IJzerwake est devenu de plus en plus radical. L’année dernière, par exemple, le néonazi Tomas Boutens, qui a été condamné à cinq ans de prison, était là avec un stand de son projet Thule, qu’il veut développer pour en faire le plus grand mouvement néofasciste de Flandre, rapporte les deux quotidiens.

Cette année, l’IJzerwake semble aller plus loin dans sa radicalisation, en organisant un festival de musique avec des groupes "identitaires" le samedi soir avant l’événement proprement dit le dimanche après-midi, sous le nom de Frontnacht.

Ce festival est susceptible d’attirer des sympathisants néonazis de l’Europe entière, estiment les services de renseignement.

 

Tensions dans la majorité locale

La ville d’Ypres avait donné son accord pour l’organisation d’un tel festival en mai dernier. Un collectif local (le Vredecollectief) a fait circuler une pétition pour tenter d’annuler ce festival.

Face aux nouvelles révélations du jour, Vooruit menaçait de quitter la coalition dont il fait partie à Ypres si ce festival y était autorisé, a averti le président des socialistes flamands, Conner Rousseau, sur les antennes de la VRT et de VTM.

"Nous ne voulons pas donner de tribune à des néonazis agressifs et dangereux. Nous espérons que le collège décidera d’interdire le festival. Et s’il doit quand même avoir lieu, ce sera sans Vooruit", a affirmé Conner Rousseau.

"Se menacer mutuellement par médias interposés ne résoudra rien. Nos responsabilités, on les prend à table, ensemble et de manière collégiale", a de son côté réagi le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert. Celui-ci souhaitait également que la ville revoie sa position.

La ville de Ypres est dirigée par une coalition composée des libéraux, de Vooruit et de la N-VA.

Les autorités locales font savoir qu’elles vont à nouveau solliciter l’OCAM (Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace) avant d’éventuellement revoir leur décision.

Enfin, le suivi de l’extrême-droite en Belgique fait partie désormais des priorités de la Sûreté de l’Etat.

Dans ce dossier, la Sûreté a été impliquée et a procédé à des échanges d’informations avec ses partenaires dès lors échangé toutes les informations utiles.

Et donc finalement, le collège échevinal est revenu sur sa décision : le festival voit son autorisation d’organisation retirée.

Il reste à voir quelle sera la réaction des organisateurs. Le président d’IJzerwake, Wim De Wit, avait prévenu : "La ville d’Ypres devra payer les frais déjà engagés.", en cas d’annulation.

Des groupes prônant ouvertement le racisme et le nazisme étaient appelés à se produire à Ypres ce 27 août.

 

Un festival de musique de groupes néonazis, en prélude au rassemblement de l’Ijzerwacht (photo du rassemblement de 2021), à Ypres, inquiète.
Un festival de musique de groupes néonazis, en prélude au rassemblement de l’Ijzerwacht (photo du rassemblement de 2021), à Ypres, inquiète. © Tous droits réservés

Deux "pèlerinages"

Le pèlerinage à la Tour de l’Yser existe depuis 1920. Cérémonie pacifiste initialement, ce pèlerinage s’est rapidement transformé en rassemblement nationaliste, où s’exprimaient les revendications d’autonomie du mouvement flamand.

Avant la Seconde Guerre Mondiale, les formations flamingantes d’extrême-droite (VNV, Verdinaso, etc.) contribuèrent au développement de ce rendez-vous annuel.

Perçue comme un symbole de la collaboration avec l’occupant nazi, la Tour de l’Yser sera dynamitée clandestinement en 1946, très probablement par des personnes issues de la Résistance.

A l’instigation du CVP, la tour sera reconstruite aux frais de l’état (1950). Plus grande. Le pèlerinage se poursuivra devenant chaque année le rendez-vous de tous les nationalistes flamands et des revendications vers plus d’autonomie pour la Flandre.

Avec les différentes réformes de l’état, le pèlerinage s’essoufflera, rassemblant de moins en moins de monde. L’arrivée du Vlaams Blok dans le paysage politique flamand va changer la donne. Des tensions se font sentir entre les différentes tendances du nationalisme flamand. En 2003, l’aile la plus radicale, autour du Vlaams Belang, fait sécession et crée l’IJzerwake (la veillée de l’Yser) en opposition au "pèlerinage de l’Yser" (IJzerbedevaart) qui retrouve les accents pacifistes des origines.

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