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Economie

Festival de Cannes : le tax shelter en Belgique, "un outil économique qui soutient la culture"

Le marché matinal

Focus sur le Tax Shelter

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17 mai 2022 à 10:08Temps de lecture3 min
Par Alice Dulczewski avec Cédric Loriaux et Sophie Breems

La 75e édition du Festival de Cannes débute ce mardi. Il s’agit est d’une édition exceptionnelle pour le cinéma belge puisque trois films belges sont en compétition cette année. Du jamais vu. C’est donc l’occasion de se pencher sur le mécanisme phare qui a permis à l’industrie cinématographique belge de se développer : le tax shelter.

180 millions investis par an

Le tax shelter (littéralement l’abri fiscal), c’est quoi ? C’est un produit financier qui a été créé en 2004 par le gouvernement fédéral. L’objectif ? Inciter les entreprises à investir dans le cinéma et dans la production audiovisuelle en échange d’avantages fiscaux, des réductions d’impôts sur les sommes investies ainsi que des rendements complémentaires fixés par la loi.

Ce tax shelter est ouvert à toutes les entreprises belges ou les filiales belges de sociétés étrangères qui sont soumises à l’impôt des sociétés en Belgique. Et il permet évidemment de financer énormément de productions audiovisuelles, de courts ou longs métrages, de documentaires et séries télé. Depuis 2017, il est ouvert aux arts de la scène, pour financer des pièces de théâtre, des opéras, des concerts classiques.

En moyenne 30% pour les arts de la scène

"Ça fonctionne très, très bien. On parle quand même d’à peu près 180 millions investis par an, en moyenne", explique Sibylle Seys-Smet, responsable des productions chez taxshelter.be, qui est un des leveurs de fonds du marché. "La partie majoritaire est dans l’audiovisuel, puisque les projets coûtent souvent plus cher. Je dirais qu’il y a en moyenne 30% pour les arts de la scène."

Ce mode de financement a bouleversé l’industrie cinématographique chez nous. Il lui a permis de connaître un essor considérable. Et ça n’a pas été le seul outil puisqu’après le tax shelter, des aides régionales ont été mises en place tant en Flandre qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles. Sans cela, il faut le reconnaître, l’industrie du cinéma en Belgique n’aurait évidemment pas l’importance et la renommée qu’elle a aujourd’hui.

Le système est devenu tellement attractif que bon nombre de productions étrangères, européennes principalement, viennent en Belgique pour des tournages ou des postproductions.

On parle de milliers d’emplois pas toujours perceptibles à l’écran

"Derrière tous ces films, il y a énormément de monde qui travaille. Vous avez les producteurs, les techniciens, les prestataires, les studios. Vous avez même les écoles qui se sont développées pour former tous les gens qui travaillent là-dedans", explique Sibylle Seys-Smet. Et donc, continue-t-elle, "ce sont toutes ces sources de financement mises ensemble qui ont permis de développer toute cette gigantesque industrie. On parle vraiment de milliers d’emplois qui ne sont pas toujours perceptibles à l’écran. C’est l’envers du cinéma belge."

Avant tout un outil d’optimisation fiscale ?

Les avantages sont nombreux au niveau de l’emploi. Mais il y a aussi quelques critiques. Tout le monde reconnaît en effet que le Tax shelter est un outil d’optimisation fiscale. Concrètement, ça signifie qu’on profite des règles mises en place dans un pays pour essayer de payer le moins d’impôts possible. On joue avec le droit fiscal, ce qui est légal. Contrairement à la fraude fiscale.

Et donc, clairement, l’aspect économique est ce qui a attiré énormément d’investisseurs au début. Mais entre-temps, il y a eu une évolution. Notamment depuis le Covid, de plus en plus d’investisseurs ont aussi envie de défendre la culture et l’industrie du cinéma belge.

"C’est important à souligner parce que pour nous, c’est juste exceptionnel. Trois films belges la même année en compétition officielle à Cannes, c’est du jamais vu. Il faut ajouter à ça toutes les coproductions dans lesquelles les Belges, et donc le tax shelter, sont impliquées. En tout, je pense qu’on parle facilement cette année d’une bonne grosse quinzaine de films", explique Sibylle Seys-Smet.

"La reconnaissance de l’industrie cinématographique belge, aussi bien sur le plan économique que culturel, est grande à l’étranger", continue-t-elle. "Et c’est ça qui est chouette, ce n’est pas qu’économique le tax shelter. C’est un outil économique, mais qui soutient la culture."

En conclusion, on peut dire que ce tax shelter a permis véritablement de placer la Belgique sur la carte de l’industrie audiovisuelle européenne. Sans lui, les projets, mais aussi les milliers d’emplois qui sont derrière seraient bien moins importants.

Extrait du JT du 6 mai 2022 : préparatifs de la 75e édition du festival de Cannes

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