Valérie, Lucie, Eminé, Fatma font partie des 37 féminicides recensés l’an dernier en Belgique. Soit deux fois plus qu’en France, proportionnellement au nombre d’habitants. C’est aussi une femme tous les dix jours qui meurt, tuée par son compagnon, mari ou ancien compagnon.
Ces deux histoires se ressemblent. Dans le "Devoir d’enquête" du 25 septembre 2019 - 20h20, nous avons voulu savoir pourquoi la Belgique est à la traîne en matière de lutte contre les violences entre les couples.
La police et la justice ont-elles les outils nécessaires pour enrayer le phénomène ?
Comment expliquer que l’Espagne a réussi à faire baisser son taux de féminicides de 40% en 15 ans ?
Qu’est-ce que le féminicide?
C’est un terme assez nouveau, apparu dans le Petit Robert en 2015. Il s’agit d’un meurtre d’une femme ou d’une fille dans une société machiste. Précisons que si une femme meurt lors d’un attentat, par exemple, ce n’est pas un féminicide. Mais lorsqu’une femme se fait tuer par un homme et qu’il y a, là derrière, une relation de domination homme/femme, alors là oui, c’est un féminicide. En Belgique, il n’est pas inscrit dans le Code pénal. Il n’est donc pas reconnu juridiquement.
Les médias ont clairement un rôle à jouer en arrêtant de banaliser ces faits.
Cette année, elles sont déjà 18 à avoir perdu la vie sous les coups de leur compagnon ou ancien compagnon. Elles s’appelaient Lutgarde, Ellen, Leila, Sally, Mia, Isabelle, Barbara, Julie, Eliane, Céline, Dominique, Sabrina, Nancy, Jessica, Fatima, Valentine, Elodie, Daniëlle.
L’an dernier, on en recensait 37. En 2017 : 40. Ce qui porte le nombre de féminicides à près de 100 en deux ans et demi.
Le compteur s’affole. Et encore, ces chiffres sont a minima, car ils sont issus du blog "Stop féminicide", basé sur les articles de presse. Les statistiques officielles n’existent pas. Pourtant, c’est une obligation décrite dans la Convention d’Istanbul (traité international) que la Belgique a ratifiée en 2016.
Lien : http://stopfeminicide.blogspot.com/
Elles avaient pourtant déposé de nombreuses plaintes
"On ne peut rien faire pour vous", "Revenez quand vous avez un certificat médical", "Vous l’avez voulu", "Encore vous Madame", "Rentrez chez vous", "Vous vous battez contre un mur, Madame", "Ne restez pas ici, Madame", "Essayez de fuir". Ces phrases, ce sont des phrases que les femmes qui se rendent à la police ont déjà entendues. Les policiers ne s’y retrouvent pas toujours. A l’évidence, ils ne sont pas toujours suffisamment formés pour comprendre le processus de violence conjugale. Ils ne savent pas toujours quoi faire et que dire. Les formations font partie du cursus pour devenir policier. Mais y en a-t-il assez ?
La plupart des femmes qui déposent plainte l’ont fait à de nombreuses reprises… Et rien… Car, une fois transmises au Parquet, elles sont en majorité classées sans suite. En effet, environ 40.000 plaintes par an arrivent dans les Parquets du pays. Près de 3 plaintes sur 4 sont classées sans suite, faute de preuve suffisante. On a entendu dire "faute de moyens et de personnel".
Dans notre "Devoir d’enquête", nous avons rencontré une femme qui a frôlé la mort. Elle s’appelle Clémentine. Une semaine avant le drame, elle avait déposé plainte à la police. "Les violences ont commencé juste après le mariage. Je suis restée 7 ans avec lui. Je n’osais pas en parler. J’étais gênée, j’avais perdu confiance en moi. Quand enfin j’ai fini par le quitter, il a continué les menaces et les harcèlements. Je vais à la police qui me dit qu’elle ne peut rien faire."
Une semaine plus tard, à 6 heures du matin, c’est le drame.