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Féminicides : la maison, "lieu de tous les dangers" pour les femmes, alerte l’ONU

© Getty Images

Un nouveau rapport concernant les féminicides dans le monde a été publié conjointement par ONU Femmes et l’Office des Nations Unies contre les drogues et le crime (ONUDC) ce 23 novembre.

Il dévoile des chiffres récents à l’approche de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, date à laquelle ces institutions lancent 16 jours d’activisme contre ces violences. Selon le rapport, en 2021, dans le monde, plus de cinq femmes étaient tuées chaque heure par un membre de sa propre famille. C’est plus de 120 féminicides intimes par jour.

Le rapport met en exergue que le domicile n’est pas un endroit sûr pour les femmes et les filles. L’année dernière, sur l’ensemble des femmes et des filles tuées intentionnellement, 56% des meurtres ont été commis par un partenaire intime ou un membre de la famille. À titre de comparaison, seuls 11% de tous les homicides d’hommes sont perpétrés dans la sphère privée.

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Des chiffres glaçants en France

"Au cours de la dernière décennie, le nombre total de féminicides est resté globalement inchangé", déplore les institutions de l’ONU qui estiment que l’ampleur réelle des féminicides pourrait être bien plus élevée que celle annoncée. Le manque de définitions claires dans les législations nationales ne permet pas d’identifier, ni de comptabiliser tous les cas.

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, appelle à une "action transformatrice", nécessaire pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles. Il a encouragé les gouvernements à concevoir, financer et mettre en œuvre des plans d’action nationaux pour lutter contre ce fléau. Il a estimé qu’il fallait impliquer la société civile à chaque étape de la prise de décision et faire en sorte que toutes les lois soient "mises en œuvre et respectées", afin que les survivantes puissent voir leurs droits à la justice et au soutien respectés.

Si le féminicide est un problème qui concerne tous les pays du monde, le rapport montre qu’en chiffres absolus, l’Asie a enregistré le plus grand nombre de meurtres liés au sexe dans la sphère privée en 2021. En France, les chiffres sont particulièrement glaçants. Les féminicides ont augmenté de 20% entre 2021 et 2020, en France. 122 femmes ont été tuées par leur conjoint, ex-conjoint ou un membre de leur famille. Parmi ces victimes, près d’une femme sur trois (32%) avait déjà subi des violences conjugales. 64% l’avaient signalé aux forces de l’ordre. Parmi celles-ci, 84% avaient déposé une plainte.

Une loi en Belgique

En Belgique, le gouvernement fédéral a adopté fin octobre un projet de loi cadre visant à doter la Belgique d’un ensemble d’instruments de protection des victimes de féminicides, selon la secrétaire d’État à l’Égalité des genres, Sarah Schlitz. La future législation belge définit la notion de féminicide officiellement, permet de collecter des données statistiques et prévoit de former la police et les magistrats.

Cette "loi sur la prévention et la lutte contre les féminicides, les homicides basés sur le genre et les violences qui les précèdent" constitue "une première en Europe", selon la mandataire Ecolo.

Selon le décompte de StopFéminicide, au moins 20 féminicides ont eu lieu dans notre pays depuis le début de l’année. Il y a eu, au minimum, 175 féminicides en Belgique ces six dernières années.

"Chaque donnée statistique de féminicide n’est que l’histoire d’une femme ou d’une fille que la vie n’a pas favorisée. Mais ces pertes peuvent être évitées – et les outils et les connaissances pour y arriver existent déjà. Les organisations de défense des droits des femmes sont déjà en train d’analyser les données et plaident pour un changement de politique […]", a déclaré la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous.

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Le rapport de l’ONU rappelle en effet que la violence contre les femmes et les filles est l’une des violations des droits de l’homme les plus répandues dans le monde mais qu’elle n’est pas inévitable. "Il faut également s’attaquer aux causes profondes du problème, notamment en transformant les masculinités et les normes sociales néfastes", note encore l’ONU.

Le terme féminicide entre dans la loi belge – JT 29/10/2022

Le terme féminicide entre dans la loi belge

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