Belgique

Faute de vent et de soleil, le nucléaire et le gaz nous fournissent l’électricité ces jours-ci

L’absence de vent contraint les éoliennes à l’arrêt. La grisaille met le photovoltaïque à l’arrêt.

© RTBF – J-Fr Noulet

30 nov. 2022 à 15:17 - mise à jour 01 déc. 2022 à 07:12Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet, avec Belga

Vent en panne, soleil caché derrière une couverture nuageuse, la météo de ces jours-ci n’est guère favorable aux énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire. C’est le cas en Belgique, mais aussi dans d’autres régions d’Europe. C’est ce que les Allemands appellent le "Dunkelfaute", un moment où la production d’énergie solaire et éolienne est très limitée. L’automne et l’hiver y sont propices.

En conséquence, en Belgique, c’est essentiellement à partir des centrales nucléaires et des centrales au gaz que l’électricité est actuellement produite. Et cela refait grimper les prix de gros de l’électricité.

Dans de nombreux pays européens, le renouvelable tourne au ralenti

Vers 10 heures du matin ce mercredi, le tableau de la production électrique en Belgique montrait que 42,39% de l’électricité provenaient du nucléaire qui tournait à 100% de sa capacité. 41,65% sortaient des centrales au gaz qui, elles, tournaient à 65% de leur capacité.

En revanche, du côté de l’éolien, c’était le calme plat. Les éoliennes belges ne fournissaient que 0,31% de la production électrique du pays et ne tournaient qu’à 0,71% de leur capacité. Les panneaux photovoltaïques faisaient à peine mieux, assurant 3,08% de la production et fonctionnant à 5,82 de leur capacité.

Ces chiffres sont ceux que l’on peut consulter sur le site www.app.electricitymaps.com qui fournit des données, quasi en temps réel, des capacités de production dans différentes zones de la planète.

© Gettyimages (photo) + app.electricitymaps.com (données)

Ce constat, peu de vent et peu de soleil, n’est pas propre à la Belgique. D’autres pays européens sont confrontés aux mêmes conditions météo. L’impact de ces conditions sur les capacités de production d’énergie renouvelable se fait ressentir un peu partout.

Ainsi, aux Pays-Bas, l’éolien n’assurait ce matin, vers 10h00, que 0,91% du total de l’électricité produite et ne tournait qu’à 1,81% de sa capacité. Dans ce pays, l’énergie produite par le photovoltaïque parvenait tout de même à assurer 18,5% du total produit à ce moment-là.

Toujours à la même heure, en Grande-Bretagne, l’éolien n’assurait que 6,09% du total de l’électricité produite et était, lui aussi, bien en dessous de sa capacité de production. La production d’énergie solaire était aussi marginale.

L’Allemagne, grande productrice d’énergie éolienne, ne parvenait à assurer par ce moyen que 3,2 GW, sur les 71 GW qu’elle est en mesure de produire. Le solaire était aussi en berne. Ce sont les centrales à charbon qui tournaient à 81% de leur capacité et qui garantissaient plus de 40% de l’électricité produite. Les centrales au gaz assuraient, elles, 23% des besoins en électricité. Au rayon renouvelable, seule la biomasse tirait son épingle du jeu, garantissant près de 8% des besoins en électricité du pays.

Enfin, toujours aux environs de 10h00 ce matin, en France, le solaire et l’éolien ne fournissaient qu’environ 7% des besoins du pays en électricité. Le nucléaire, malgré l’arrêt de nombreux réacteurs, garantissait 50% de l’électricité consommée. Le gaz et l’énergie hydroélectrique assuraient un gros quart des besoins.

Pas de soucis pour l’approvisionnement en électricité de la Belgique

Ces conditions climatiques n’ont, pour l’heure, pas de conséquences sur l’approvisionnement en électricité de la Belgique. "Le système électrique en Belgique fait en sorte qu’on peut traverser cette période où on a des faibles productions en renouvelable parce qu’on a d’autres sources de production qui interviennent à ce moment-là de manière plus importante", explique Jean Fassiaux, porte-parole d’Elia, le gestionnaire du réseau électrique belge.

Le parc nucléaire belge, avec 6 réacteurs sur 7 toujours en activité, tourne à plein régime. Les centrales à gaz fonctionnent aussi plus d’autres sources plus marginales, comme l’hydroélectrique ou la cogénération, explique-t-on chez Elia.

Bref, "à l’heure actuelle, on a suffisamment de capacité pour répondre à la demande", rassure le porte-parole d’Eila. "On en a même de façon excédentaire. C’est pour ça qu’on peut exporter de l’électricité vers nos voisins", poursuit Jean Fassiaux, le porte-parole d’Elia. Près de 900 mégawatts sont ainsi exportés actuellement.

Cette météo "grise" et sans vent influence-t-elle le prix de l’électricité ?

Cet épisode de "dunkelflaute" coïncide en tout cas avec une remontée des prix de l’électricité sur le marché de gros. "Alors que les prix fluctuaient autour de 200 euros pour un mégawattheure les semaines précédentes, vous pouvez doubler cela ces derniers jours. Avec des pointes nocturnes de plus de 500 euros par mégawattheure", explique Matthias Detremmerie, cofondateur et trader du fournisseur d’énergie Elindus.

Ce mercredi matin, on observait, par exemple, un pic à un peu plus de 440 euros le MWh sur le marché Epex Spot, une bourse européenne de l’électricité.

Ce sont des prix élevés par rapport à ce qu’on a connu avant la guerre en Ukraine et avant la reprise économique post-covid. Cependant, même à 400€ le MWh, les prix sont plus bas qu’en août dernier où le mégawattheure se négociait à des prix de l’ordre de 600 à 700 euros.

Pour rappel, le prix de l’électricité dépend de celui du gaz. Depuis l’été, en Europe, le prix du gaz naturel s’était tassé en raison de mois d’octobre et novembre cléments et parce que les pays avaient reconstitué leurs stocks de gaz. L’arrivée du froid et d’une météo peu propice aux énergies renouvelables a quelque peu changé la donne.

"Avec la vague de froid qui semble arriver sur l’Europe, on a une augmentation de la consommation de gaz liée au chauffage et aussi une augmentation de la consommation de gaz liée au fait qu’on a très peu d’éolien et de photovoltaïque qui fonctionne", explique Damien Ernst, spécialiste de l’énergie et professeur à l’ULiège.

"Cette augmentation de la consommation de gaz provoque une augmentation du prix du gaz qui se traduit par une augmentation du prix de l’électricité. En quelques jours, on est passé d’un 120 euros le MWh pour le gaz à un 140€, 150€ le MWh, ce qui se traduit par une augmentation du prix de l’électricité", ajoute Damien Ernst.

On ne voit pas encore un système électrique terriblement stressé qui n’arrive pas à générer suffisamment d’électricité.

Cependant, ce n’est pas encore la panique sur les marchés. "Sur les marchés long terme et court terme, on voit quand même plus ou moins les mêmes prix pour l’électricité. On ne voit pas encore un système électrique terriblement stressé qui n’arrive pas à générer suffisamment d’électricité. Quand on n’arrive pas à générer assez d’électricité, en général on a des prix à court terme sur les marchés qui sont beaucoup plus élevés que les prix à long terme. On n’est pas encore dans cette configuration-là", explique Damien Ernst.

Il faudra voir cet hiver, dans les prochaines semaines et prochains mois, si des vagues de froid font craindre des risques pour l’approvisionnement en électricité, auquel cas les prix repartiraient plus fortement à la hausse.

La France et la Norvège produisent moins que prévu

Le réseau électrique européen est l’un des plus connectés au monde. L’électricité circule entre les pays. Lorsque la production est excédentaire dans un pays, l’interconnexion des réseaux permet à un pays en manque d’électricité de profiter de cet excédent.

Pour cet hiver, deux grains de sable risquent d’enrayer le mécanisme. Tout d’abord, en France, quasi la moitié des 56 réacteurs nucléaires sont à l’arrêt en raison de problèmes de corrosion. Les Français ont été appelés à faire des économies d’énergie. Mais cela veut dire aussi que la France, qui exportait de l’électricité auparavant, sera moins en mesure de le faire.

Plus au nord, la Norvège, qui compte de nombreuses centrales hydroélectriques, doit limiter sa production en attendant que ses réserves d’eau, affectées par la sécheresse de l’été, puissent se reconstituer. Cela fait aussi de l’électricité en moins qui ne sera pas envoyée chez les voisins qui en manqueraient.

L’Allemagne s’apprête aussi à passer un hiver compliqué en termes d’approvisionnement. Pas sûr qu’elle puisse aider beaucoup ses voisins en cas de coup dur.

Bref, l’hiver risque de nous réserver encore quelques surprises en matière d’énergie et d’électricité en particulier. D’autres épisodes de "Dunkelfaute" sont, par exemple, tout à fait envisageables.

Sur le même sujet : Extrait JT (06/12/2022)

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