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Faut-il vraiment démolir l’église des Récollets à Binche ? Le rapport de stabilité évoque des alternatives en faveur du patrimoine

Après le sinistre, quel avenir pour l’église des Récollets ?
17 juin 2022 à 16:28 - mise à jour 18 juin 2022 à 11:20Temps de lecture3 min
Par Pierre Wuidart et Martin Caulier

Suite à l’incendie de l’église des Récollets, les autorités communales ont annoncé leur intention de démolir entièrement ce bâtiment du 18e siècle. Une décision qui s’appuie selon le bourgmestre Laurent Devin sur le rapport de stabilité réalisé par un bureau d’études. La RTBF a pu consulter ce rapport en exclusivité et ne corrobore pas tout à fait l’interprétation de la ville de Binche.

Dans sa présentation à la presse du rapport, le bourgmestre a expliqué ceci :

"Il résulte de ce rapport que :

  • à la suite de l’incendie, la démolition de l’édifice doit être effectuée en raison de son instabilité et du risque de chute d’éléments ;
  • à la suite de l’incendie et de la démolition de la nef, la conservation du chœur dans un contexte de sécurisation des lieux, ne peut être garantie, considérant les contraintes technico-financières nécessitées
  • la mesure préconisée est la démolition complète de l’édifice"

Il n’est donc pas clairement fait mention d’une alternative à la démolition complète. Le deuxième point semble indiquer qu’une conservation du chœur n’est tout simplement pas envisageable.

La dernière phrase de conclusion du rapport dit en effet ceci : "Nous pensons que la solution la plus technico-économique est une démolition complète de l’édifice". Cette solution est donc la plus rapide, la moins coûteuse… mais pas la seule.

Car dans la conclusion du rapport, les experts indiquent qu'"une intervention est à entreprendre : démolition partielle et stabilisation ou démolition complète." Sur base du rapport d’experts, il y avait donc bien deux solutions possibles : soit conserver une partie du bâtiment moyennant des travaux de sécurisation et de stabilisation importants et coûteux, soit sa démolition complète. C’est cette option, moins onéreuse, qui a été choisie. La solution de conservation a été éliminée, et n’avait tout simplement pas été présentée lors d’une conférence de presse ce mercredi.

Nous avons montré ce rapport à Pascal Simoens, architecte urbaniste et professeur à la faculté d’architecture à l’UMons. Selon lui, le choix de la démolition n’est pas du ressort du bureau d’études. "Ce n’est pas le rôle de l’expert de faire un choix politique. Il y a aussi dans ce rapport des solutions ébauchées qui mériteraient d’aller plus loin et qui permettraient probablement de conserver la grande majorité du bâtiment, et au moins le chœur qui recèle des éléments patrimoniaux les plus importants."

Le chœur "stable à court terme"

Le document indique ainsi que "l’église, suite à l’incendie, présente une instabilité de ses façades latérales". L’instabilité concerne principalement la nef. Le chœur, lui, peut être considéré comme "stable à court terme". Ce constat fait, les auteurs de l’étude donnent plusieurs pistes pour assurer la sécurité du site : la "démolition complète" de l’église ou la seule démolition, partielle ou totale, de la nef avec "conservation du chœur stabilisé" et pose d’une "couverture provisoire" pour se prémunir des intempéries.

Si on veut conserver le patrimoine, on va devoir prendre du temps

"De fait, ça coûtera moins cher de démolir que de préserver", admet Pascal Simoens, architecte urbaniste et professeur d’architecture à l’UMons. "Mais cette solution pose question en matière de conservation du patrimoine. J’imagine mal qu’on démonte les murs et en même temps qu’on enlève les colonnes ou d’autres éléments à caractère patrimonial. Si on veut conserver le patrimoine, on va devoir prendre du temps".

L’expert a l’impression que la Ville veut aller vite dans ce dossier alors que l’instabilité du bâtiment peut être résolue de différentes façons. "Pourquoi les alternatives à très court terme ne sont pas évaluées par rapport à l’intérêt réel du patrimoine qui se trouve dans l’églisainsi que la valeur intrinsèque que représente cette église depuis deux siècles et demi dans le patrimoine urbain de la ville ?".

Contactée, la Ville de Binche s’en tient à la présentation du rapport qui a été faite à la presse mercredi, sans plus de commentaires.

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