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Santé & Bien-être

Faut-il sortir les non vaccinés de la liste d'attente pour une greffe? Tous les hôpitaux belges n'ont pas la même réponse

Greffe de rein
27 janv. 2022 à 15:59 - mise à jour 27 janv. 2022 à 18:343 min
Par Pascale Bollekens

Certains malades attendent leur greffe depuis des mois, mais en période de pandémie, pas toujours simple d’être transplanté. A Boston, un hôpital vient de sortir temporairement des listes d’attente, l’un de ses patients en attente d’une greffe cardiaque au motif qu’il n’était pas vacciné contre le Covid.

Chez nous, certains centres de transplantation ont décidé eux aussi, de postposer sans les sortir de la liste d’attente, des greffes à des non-vaccinés. Olivier Detry, Chirurgien abdominal et responsable du centre de transplantation du CHU de Liège en explique la raison : "Le virus circule partout chez nous, et on sait que les patients transplantés doivent prendre des médicaments qui diminuent leurs défenses naturelles. Et donc, il est dangereux pour un patient de prendre des médicaments antirejet et d’attraper le virus. Pour chacun de nos patients on évalue le risque et/ou le bénéfice de la greffe en fonction de son statut vaccinal."

Et d’ajouter : "Ceux qui sont en dialyse et non-vaccinés peuvent attendre quelques semaines ou mois que la vague passe pour être transplantés. Car il vaut mieux d’être vacciné avant qu’après la greffe. En transplantation hépatique, nous avons 20 patients en attente dont un seulement non-vacciné, et heureusement il peut attendre."


L’organe que l’on transplante est un corps étranger. Selon ces médecins, les risques de la transplantation pour une personne non vaccinée sont d’abord le décès du patient. Ces personnes greffées ont une immunité affaiblie par le traitement immunosuppresseur. En allant aux soins intensifs, après leur opération, elles risquent d’être infectées par le coronavirus et de devoir arrêter leur traitement. Le transplanté va alors tout simplement rejeter le greffon.

Des patients greffés non-vaccinés qui font des formes plus sévères du Covid


Pour Martin Wissing, Néphrologue à l’UZ Brussel et Président de l’Association de Transplantation de Belgique, être vacciné pour être greffé est une protection pour sa santé : "Des études montrent que les patients greffés non-vaccinés font des formes beaucoup plus sévères du Covid. La moitié d’entre eux doivent être hospitalisés, un sur trois se retrouve aux soins intensifs et un sur cinq décède."

Et ce n’est pas tout, "Une autre étude montre que 50% des transplantés et qui ont reçu une double dose d’un vaccin à ARN messager ne font pas d’anticorps du tout. D’où l’importance qu’ils acquièrent une immunité active et efficace avant de recevoir le traitement anti rejet."

le patient et l’équipe médicale doivent préserver la survie greffon. Le don d’organe est une denrée rare et reste un cadeau

Les arguments pour la vaccination de ces patients sont la protection de la santé du patient conclut le Néphrologue et ce qui n’est pas négligeable, le patient et l’équipe médicale doivent préserver la survie greffon. Le don d’organe est une denrée rare et reste un cadeau.

Tous les centres de transplantation du pays ne sont pas sur la même longueur d’onde

N’empêche, au centre de transplantation des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, on n’est apparemment pas sur la même longueur d’onde. Eric Goffin, Néphrologue lui aussi, est -on ne peut plus clair- : "Nous ne faisons pas de différence lorsqu’on appelle un patient pour une transplantation d’organe, qu’il soit vacciné ou non. Même si nous savons qu’un patient non-vacciné est plus à risque de faire des complications après la greffe s’il croise le virus. Nous l’en informons et parlons avec lui de la vaccination. Nous avons eu un débat à ce sujet, en interne avec toute l’équipe et des infectiologues. Le consensus était de ne pas faire de discriminations. Cela n’a jamais été discuté ni par les autorités de transplantation belges ni par "Eurotransplant". Le critère le plus important pour une greffe est la compatibilité HLA."

Alors la question est-elle plus éthique que médicale. Peut-on refuser de soigner des patients qui décident de ne pas se faire vacciner ?

Plusieurs valeurs entrent en jeu. Florence Caeymaex, Chercheuse en Ethique à l’Uliège et Membre du Comité de Bioéthique rappelle que le critère principal est l’égalité d’accès aux soins de santé : " C’est un droit fondamental donné au patient qui ne peut pas être conditionné à des caractéristiques d’ordre sociales, raciales, de genre ou de statut vaccinal etc. Une fois qu’on a dit ça, lorsqu’il est nécessaire de prioriser, c’est-à-dire d’ordonner, dans le temps, la prise en charge des patients, tous ces greffons n’arrivent pas au même moment, il est alors impératif de ne prendre en compte que des critères médicaux validés et reconnus. Des critères qui doivent mesurer la balance bénéfice-risques pour le patient et pour le greffon."

Tout serait donc une question d’équilibre.
 

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