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Week-end Première

Faut-il laisser ou non chacun décider pour lui-même ?

25 janv. 2022 à 06:30Temps de lecture2 min
Par RTBF La Première/Matthieu Peltier

La pandémie qui nous occupe remet au coeur du débat public cette question : faut-il laisser les gens décider pour eux-mêmes ? Ou faut-il contraindre leur choix pour le bien collectif ? Le philosophe Matthieu Peltier nous livre son éclairage.

Se passer d’une morale collective est très clairement le projet d’un courant philosophique très important outre-Atlantique : les libertariens, dont l’un des représentants les plus célèbres est Robert Nozick.

Leur idée centrale, c’est que les valeurs, la morale, les questions de bien ou de mal ne peuvent être résolues collectivement, car elles appartiennent à la sphère individuelle. En conséquence, selon eux, l’Etat doit se restreindre au strict minimum, pour permettre aux individus de vivre leur vie selon leurs valeurs, leur notion du bien et du mal, sans qu’aucune collectivité ne vienne les contraindre.

Les libertariens vivent donc mal aujourd’hui ces mesures sanitaires qui, elles, sont collectives. Car pour un libertarien, le problème n’est pas tant de savoir si le masque ou le pass vaccinal est efficace contre le virus. Se vacciner ou ne pas se faire vacciner, pour lui, ce n’est pas une question politique, c’est une question individuelle, et donc il faut laisser chacun choisir en fonction de ses propres convictions.

C’est l’idée que personne ne sait mieux que l’individu lui-même ce qui est bon ou mauvais pour lui, et que ce n’est pas à une instance collective de décider pour lui. Ce n’est pas qu’un libertarien est en soi pour ou contre les mesures, c’est qu’il estime que cette question ne doit pas relever d’une décision collective de l’Etat.

Pour un libertarien, l’Etat n’est là que pour deux choses essentielles, garantir la sécurité et garantir la propriété privée. Pour le reste, l’éducation, la santé, la mobilité, la science,… rien ne doit relever du collectif. Ce sont des décisions et des conceptions qui relèvent de l’individuel.

Mais ce n’est pas si simple !

Même si on peut être propriétaire de beaucoup de choses, il y a certaines choses qui resteront, quoi qu’on veuille, collectives, rappelle Matthieu Peltier. C’est le cas du climat, de l’atmosphère… ou de la circulation d’un virus.

Le philosophe Isaiah Berlin résume bien cette question, en faisant la distinction entre ce qu’on pourrait appeler la liberté négative et la liberté positive.

La liberté négative, c’est celle des libertariens : c’est une conception de la liberté qui se définit par une absence de contraintes : je suis libre parce qu’on ne m’interdit rien.

La liberté positive conçoit qu’être libre ne peut se résumer à ne pas être contraint. En effet, quelle est la liberté d’un individu qui meurt de faim ou qui manque de soins, mais qui n’est contraint par personne ?

Etre libre, c’est en effet pouvoir aussi bénéficier de la liberté. Et ce bénéfice, on n’y touche pas de la même manière lorsqu’on est affamé, malade ou simplement mort.

Donc, si on ne veut pas trancher, on peut au moins reconnaître que faire de la liberté une simple absence de contraintes, c’est forcément une conception réductrice de ce que c’est qu’être libre, pour un humain.

 

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