Faut-il instaurer l'obligation vaccinale en Belgique aussi? Les arguments pour et contre d'experts

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13 juil. 2021 à 15:08 - mise à jour 13 juil. 2021 à 15:23Temps de lecture5 min
Par Daphné Van Ossel

"A partir du 15 septembre, si vous êtes soignant et que vous n'êtes pas vacciné, vous ne pourrez plus travailler et vous ne serez plus payé." Voilà la réalité de l’obligation vaccinale, décrite en France par le ministre de la Santé Olivier Véran sur le plateau de LCI, après les annonces faites par le président Macron.

La France n’est pas la seule à passer le pas. En Italie, un décret datant du mois d’avril impose la vaccination au personnel médical. Au Royaume-Uni, les personnes travaillant dans les maisons de retraite devront aussi se faire vacciner. Idem en Grèce, qui va aussi imposer la vaccination au personnel médical. La Belgique a, jusqu’ici, préféré la persuasion à la coercition. 

"Je pense que c'est raisonnable"

Michel Dupuis, philosophe et professeur d’éthique biomédicale à l’UCLouvain, applaudit Emmanuel Macron. Pour lui, le moment est venu d’être plus coercitif avec le personnel soignant. Et il entend “personnel soignant” au sens large : toute personne qui accompagne, médicalement ou non, un public vulnérable et donc les médecins, les infirmières, les aide-soignants mais aussi l’aide-ménagère qui travaille chez des personnes âgées. L’obligation vaccinale française concerne d’ailleurs les personnels soignants et non soignants des hôpitaux et des maisons de retraite, ainsi que pour les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées, y compris à domicile. “Il y a un an, dit-il, je comprenais qu’on ait fait le choix de la liberté, mais aujourd’hui, vu l’état sociétal (la vaccination est devenue plus populaire) et l’état des connaissances scientifiques, je pense que c’est raisonnable.” 

Les membres du personnel soignant ont une obligation spécifique parce qu'ils prennent en charge des personnes vulnérables. 

Je n’oublie pas que les membres du personnel soignant sont aussi des patients, et qu’ils bénéficient donc des droits du patient (dont le droit de consentir de manière éclairée à toute intervention), mais ils ont une obligation spécifique parce qu’ils prennent en charge des personnes vulnérables. Leur fonction implique une responsabilité éthique et déontologique. Je ne vois pas là de discrimination.”

Et l'autonomie, la liberté? 

Qu’en est-il de leur autonomie, de leur liberté ? Le philosophe précise que, pour lui, on peut restreindre une liberté tant cela se fait sous le contrôle du Parlement. Il rappelle par ailleurs que toute liberté est toujours limitée, ne serait-ce que par celle des autres. “L’obligation vaccinale n’est qu’un cas particulier d’une situation plus globale. Il y a des contraintes éthiques, déontologiques, juridiques qui découlent d’un choix professionnel. Prenez la question de la confidentialité, aucun soignant ne dit que sa liberté est entravée par le secret médical !” 

Le vaccin contre l'hépatite B déjà obligatoire : une comparaison qui ne tient pas pour tout le monde

Comme d'autres , Michel Dupuis rappelle aussi que le personnel médical est déjà obligé de se faire vacciner contre l’hépatite B. Cet argument ne convainc manifestement pas tous les premiers concernés. Il ne convainc pas non plus Yves Coppieters, professeur de santé publique à l’ULB : “Pour le vaccin contre l’hépatite B, toutes les études ont montré qu’il y avait peu de risques d’effets secondaires à long terme. Pour le vaccin anti-COVID, on manque quand même de recul à long terme. Je ne verse pas dans le complotisme, mais obliger les gens, alors qu’il y a encore des incertitudes, ça me pose question.

Pour le vaccin anti-COVID, on manque quand même de recul à long terme. Je ne verse pas dans le complotisme, mais obliger les gens, alors qu’il y a encore des incertitudes, ça me pose question.

Je suis évidemment pour le fait qu’un maximum de gens se fassent vacciner, continue Yves Coppieters, mais je préfère qu’on encourage les soignants, qu’on trouve des moyens pédagogiques pour convaincre les groupes réfractaires, leur expliquer l’importance de se faire vacciner dans une collectivité . La vaccination doit toujours se faire sur base d’une information éclairée et d’un choix individuel.

Un risque de déséquilibre du système de soins de santé

L’obligation, selon le professeur de santé publique, risque d’augmenter les clivages, “sans  compter que cela risque de mettre en difficulté les institutions qui devraient remercier des soignants dont on a vraiment besoin! Ça pourrait déséquilibrer le système de soins de santé.

La France impose la vaccination au personnel médical, elle ne l’impose stricto sensu à la population mais Emmanuel Macron n’a pas caché ses intentions : "Nous allons étendre au maximum le pass sanitaire pour pousser le maximum d'entre vous à aller vous faire vacciner". 

"Obliger indirectement"

Le pass sanitaire (vaccination ou test négatif) sera exigé, à partir du 21 juillet, dans tous les lieux de culture et de loisirs rassemblant plus de 50 personnes. A partir du mois d’août, si le projet de loi est bien voté au Parlement, il sera aussi nécessaire dans les cafés, les restaurants, les établissements de soins, et dans les transports longue distance. Pour Michel Dupuis, cela va dans le bon sens aussi : “C’est ce que j’appelle obliger indirectement.” 

Par ailleurs, les tests Covid ne seront plus remboursés à partir de l’automne. Les Français les plus nantis, et eux seulement, pourraient donc choisir de ne pas se faire vacciner et de multiplier les tests. “C’est une forme d’équité, pense le philosophe, on fait payer les tests par ceux qui ont fait le choix de ne pas se faire vacciner, c’est comme pour l'augmentation de la TVA sur les boissons alcoolisées. Ce sont ceux qui consomment, augmentent le risque, qui participent à l’effort.”

Un problème de proportionnalité

Pour Yves Coppieters, par contre, l’extension du pass sanitaire s’écarte des concepts d’éthique en santé publique, comme celui de la proportionnalité. “Ce ne serait pas proportionnel à l’avancée de la vaccination en Belgique, le taux de vaccination continue à augmenter, elle n’est pas à l’arrêt. Par ailleurs, les hôpitaux ne sont pas surchargés pour le moment. Et si on se base sur la circulation du virus, alors c’est qu’on a changé d’objectif et qu’on vise le 0 COVID, mais alors il faut le dire! Et si ce n’est pas l’objectif, alors il ya un problème de proportionnalité.”

Le professeur en santé publique estime qu’il est en tous cas trop tôt pour rendre la vaccination obligatoire en Belgique. “On verra fin juillet, mi-août s’il y a une remontée des hospitalisations, poursuit-il. Là, on saura si la couverture vaccinale actuelle est suffisante pour maîtriser le virus. Et si ce n’est pas le cas, alors on pourra sortir la carte de l’obligation vaccinale pour certains groupes particuliers.”

Plusieurs associations ou fédérations de médecins ou d'infirmières viennent pourtant encore d'appeler les autorités à rendre la vaccination obligatoire pour le personnel soignant. Nul doute que le débat sera au programme du prochain Comité de concertation ce vendredi. 

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