Politique

Faut-il évaluer les enseignants, la question qui fâche : "L’étonnant, c’est que cela n’existe pas encore"

05 mai 2022 à 08:56 - mise à jour 05 mai 2022 à 14:40Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Alain Eraly est professeur de sociologie à l’ULB. Il a présidé le groupe de travail du Pacte d’excellence sur la bonne gouvernance des écoles. Il était l’invité de la Première, ce jeudi matin. Pour lui, le projet d’évaluation du travail des enseignants se justifie. Cette évaluation est l’un des points qui fâchent les enseignants et leurs syndicats et les a poussés à manifester ce jeudi.

Cependant, cette évaluation n'est pas encore formellement décidée et ne s'appliquera pas rapidement. Suite à la mobilisation des enseignants et à la rencontre que leurs délégués syndicaux ont eu avec le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce dernier a proposé un report d'un an de cette mesure.  Actuellement, cet avant-projet de décret toujours en cours de discussion et n’a pas été encore été déposé sur la table du Gouvernement. "A ce stade, son entrée en vigueur est prévue pour le 1er janvier 2023. Un report d’un an de cette entrée en vigueur est proposé afin de permettre de poursuivre les échanges entamés sur le contenu du texte et de le faire maturer sur différents aspects", a communiqué le gouvernement ce jeudi après-midi. "Dans le respect des 5 équilibres du Pacte, il s’agira de renforcer les aspects positifs du principal volet du dispositif qui doit permettre de mieux accompagner et soutenir les enseignants, singulièrement en début de carrière, de tenir compte des spécificités pédagogiques de leur métier et de garantir les droits des membres des personnels dans le cas où une procédure d’évaluation est entamée", poursuit le communiqué du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Une stratégie de développement des compétences

Ce jeudi matin, alors que les enseignants s'inquiétaient d'une future évaluation de leurs compétences,  Alain Eraly s'est voulu rassurant. "L’évaluation proprement dite ne concernera qu’une minorité d’enseignants", a-t-il réagi. "Ce qui est en gestation aujourd’hui, c’est un système généralisé de dialogue autour du travail", expliquait-t-il. Pour la plupart des enseignants, "nous parlons de moments de dialogue dans lesquels, avec l’autorité, l’enseignant a l’occasion d’échanger sur ses difficultés, de faire le bilan sur le travail accompli, de réfléchir à ses besoins de formation et sur sa trajectoire de développement", poursuivait Alain Eraly.

Cette "stratégie de développement des compétences" semblait à Alain Eraly "assez élémentaire". "L’étonnant, c’est que cela n’existe pas encore. Cela existe un peu partout dans toute la fonction publique", réagissait celui qui a présidé aux travaux du groupe de travail sur le Pacte d’excellence.

Il s’agit selon cet expert, d’un projet "bien adapté à l’école, aux besoins de l’école" qui s’inscrit "dans la dynamique du pacte pour un enseignement d’excellence".

Les sanctions ? Pour une minorité de cas…

Aux inquiétudes des enseignants d’être sanctionnés, Alain Eraly a répondu qu’il s’agira de "cas exceptionnels". "Pour une minorité, on passera d’entretien de fonctionnement à un processus d’évaluation proprement dit qui peut conduire, en cas de manquements manifestes, de carences manifestes, à des sanctions jusqu’à la fin de fonction d’office", a expliqué Alain Eraly.

L’expert a estimé qu’il s’agit d'"un principe de bon sens". "L’impunité n’a simplement pas sa place dans les institutions de la démocratie", a ajouté Alain Eraly. "Tous les parents et grands-parents trouveront élémentaire qu’il doit arriver aussi quelque chose à un enseignant qui, par ses manquements répétés, finit par démotiver les élèves ou les dégoûter d’une matière ou parfois même briser ou altérer cette relation si importante de l’élève à son école", a estimé le sociologue.

Mais, a répété Alain Eraly, les sanctions, "c’est la fin d’un processus qui concernera une toute petite minorité d’enseignants qui auront reçu, avant d’en arriver là, les possibilités, à travers un plan d’accompagnement individuel, de remonter la pente, si c’est possible".

Pour "l’écrasante majorité" des enseignants, "il s’agit de dialoguer sur le travail", a rassuré Alain Eraly.

Si le mot "évaluation" fait peur, il faut se rappeler, a ajouté Alain Eraly, "que ça ne devrait pas simplement être un droit pour l’employeur, mais un droit élémentaire pour l’enseignant et en particulier pour les jeunes enseignants qui méritent de pouvoir discuter de leur travail avec quelqu’un d’expérimenté".

Alain Eraly a parlé d’un "principe élémentaire de responsabilité" et d’une valeur "chère aux enseignants, qu’ils pratiquent eux-mêmes avec leurs élèves, celle de la réflexivité, c’est-à-dire le fait de s’ouvrir au regard d’autrui dans le cadre d’un dialogue ouvert pour se remettre un petit peu en question, pour faire le point sur soi-même, dans la perspective de son développement".

Il s’agit, pour l’expert et sociologue, de s’inscrire dans la logique du pacte pour un enseignement d’excellence, "On a lancé tout un système de responsabilité collective des écoles. Les écoles s’engagent sur un avenir et s’engagent à contribuer à des objectifs fondamentaux d’apprentissage, d’équité, de lutte contre le redoublement, d’inclusion des élèves", explique Alain Eraly. "Il ne peut y avoir responsabilité collective de l’école que si elle s’articule avec une responsabilité personnelle de l’enseignant qui doit y contribuer", a conclu Alain Eraly.

 

Dossier de la rédaction : grève des enseignants

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