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Chroniques

Faut-il créer des réseaux internet "nationaux" pour se protéger de l'espionnage?

Faut-il créer des réseaux internet "nationaux" pour se protéger de l'espionnage?
28 oct. 2013 à 06:582 min
Par Alain Gerlache

Les Allemands sont parmi les Européens les plus sensibles à la question de la surveillance par internet. Exemple: c’est en Allemagne que Google Street View a dû faire face à la plus forte opposition. Au point que la Justice a estimé que chaque citoyen avait le droit de faire flouter l’image de sa maison pour la rendre inidentifiable sur le site de navigation virtuelle. Le souvenir des dictatures nazie et communiste n’y est pas pour rien.

Et les dernières révélations à propos des agissements de la NSA et de la possible mise sous écoute du téléphone portable d’Angela Merkel ont encore renforcé la méfiance. Au point que selon l’agence Reuters, certains demandent en effet la sortie partielle du web tel qu’on le connait.

On peut l’imaginer mais c’est possible? C’est évidemment la question. L’idée ne vient pas de doux rêveurs: elle a été avancée par Deutsche Telekom, l’équivalent de notre Belgacom. L’opérateur semi-public a déjà lancé cet été un service d’e-mails made in Germany. Les courriels qui passent par ce dispositif sont cryptés et n’utilisent que des serveurs allemands.

Mais ça ne va pas de soi. D’abord parce que ça suppose que tous les opérateurs allemands collaborent à la mise sur pied d’un tel réseau de messagerie nationale alors qu’ils se livrent comme partout une concurrence féroce. Et comme le souligne un spécialiste de l’Université de Duisbourg: "Il n’y a aucun précédent au monde d’un pays développé qui organise systématiquement le contournement des serveurs étrangers".

Cela va quand même à l’encontre de la philosophie même d’internet. La circulation mondiale des données et des informations est au cœur même de la création de l’Internet. Et en outre la plupart des services que les Allemands utilisent le plus sont américains: les courriels de Gmail, la messagerie de Facebook, le service de communication Skype etc. Difficile de s’en passer. Dan Kaminsky, un spécialiste américain de la sécurité en ligne met en garde contre une balkanisation d’internet qui mettrait un coup d’arrêt à une énorme source de développement économique.

Bref, il vaudrait mieux renforcer le contrôle sur les pratiques des États et des organisations comme le réclament le parlement européen et des pays comme le Brésil. Ça suppose aussi de poursuivre le rééquilibrage de la gouvernance mondiale d’internet qui est encore largement influencée par les États-Unis.

@AlainGerlache #médiaTIC

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