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"Faust I ET II" par Nicolas Stemann entre dans l'histoire des "marathons" légendaires d'Avignon.

Faust II VErsion Stemann
14 juil. 2013 à 09:48 - mise à jour 15 juil. 2013 à 13:532 min
Par Christian Jade

Faust I

On connaît (ou croît connaître) le Faust de Goethe, généralement par l'opéra ou des adaptations réduites au fameux pacte entre le vieux Faust et le diable Méphisto pour séduire Marguerite. Besoin d'éternité et de séduction, le Faust I est un "microcosme" sur la condition humaine, très bien "ficelé" par Goethe pour en faire une pièce "classique". La mise en scène de Nicolas Stemann (3H qui passent sans l'ombre d'une pesanteur)  a comme atout majeur l'excellence de ses comédiens, Philpp Hochair (Faust), Sebastian Rudolph (Méphisto) et Patricia Ziolkowska (Marguerite), capables, en outre de se fondre, en douceur, dans le rôle de l'autre. Techniquement ça évite les fioritures inutiles (entrées, sorties) et ça nous concentre sur le superbe texte surtitré. Philosophiquement est insinué que les trois personnages sont profondément complices de ce pacte, partenaires interchangeables, mortels et diaboliques, prêts à tout pour échapper à la mortelle condition. Avec une innovation "XXIè siècle": Faust et Méphisto sont "bi", amoureux l'un de l'autre et de Marguerite. Au total 3h qui passent en finesse et profondeur, avec un brin d'humour charmeur, orchestré par Nicolas Stemann en personne qui introduit et parfois commente les épisodes

 

Faust II.

Faust II. Goethe version Stanmann
"Faust I ET II" par Nicolas Stemann entre dans l'histoire  des "marathons" légendaires d'Avignon.

Avec Faust II, on passe à un matériau hétéroclite, le "macrocosme" où Goethe philosophe sur le monde, l'histoire (passionné par la Révolution française tout en préférant l'injustice au désordre), mêlant passionnément (et souvent confusément) la mythologie grecque et l'état de la société en début de XIXè siècle); Il pressent les profonds changements sociaux entraînés par la nouvelle société industrielle qui s'esquisse et le passage de la richesse de la terre au pouvoir de l'argent. En même temps il se moque de lui-même et de son art. Nicolas Stemann change alors d'esthétique, pour les deux premiers actes de Faust II, transformés en une comédie musicale délirante et sarcastique où il jongle, tout en s'en moquant, avec son esthétique" post-dramatique": intrusion des marionnettes goguenardes de Das Helmi, multiplication des astuces virtuoses (vidéos en direct ou pré-enregistrées et entremêlées, chorégraphie, soprano classique, chœur hilarant, graphismes inscrits en direct, taggage d'un mur). Tant d'inventivité ironique, très efficace a dérangé quelques (rares) spectateurs pointus. Mais ce flot inventif se calme en douceur et atterrit dans les trois derniers actes (dont le fameux acte 3 sur Hélène de Troie) dans une réflexion d'un pessimisme aigu sur son époque étrangement plongée dans les mêmes interrogations que les nôtres.

Ce chef d'œuvre d'intelligence, de profondeur et d'humour-faussement "intégral"-il faut 22het pas 8!-- mais offert à notre époque, pour l'essentiel, s'est terminé par une standing ovation sans l'ombre d'un contestataire, dans le nouveau lieu magique du Festival, La FabricA. Chapeau ! Et pour le déroulé du spectacle et pour la démonstration de la beauté efficace de ce lieu de répétition, voulu par le duo Archambault/ Baudriller.  Splendide "fin de règne"!

Christian Jade (RTBF.be)

  

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