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FAME : le festival qui met les femmes et les minorités de genre sur le devant de la scène à Bruxelles

© José Figueroa

Un festival des arts vivants qui met à l’honneur la création des femmes et des minorités de genre ? Ça se passe du 19 au 24 septembre à Bruxelles avec la première édition du FAME, Festival where Arts Meet Empowerment.

Avec sa programmation quasi 100% composée de femmes et de minorités de genre, le FAME festival entend secouer le secteur culturel qui, à l’image de la société, reste encore inégalitaire. Et les arts de la scène n’y échappent pas : si les femmes n’y sont pas beaucoup moins présentes que les hommes, elles ont généralement moins de moyens et sont peu présentes à la tête des institutions, comme le révèle une étude inédite commanditée par la compagnie de théâtre Ecarlate la Cie.

Les femmes sont d’ailleurs très présentes dans les filières artistiques, représentant environ 60% des diplômées chaque année. Et pourtant, une fois passé cette étape, elles disparaissent des programmations, des affiches ou des têtes d’institution.

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"Les femmes sont aussi souvent cantonnées aux rôles stéréotypés et dès qu’elles prennent de l’âge, elles reçoivent moins d’offres de rôles", explique Camille Khoury, directrice du festival. C’est également le cas pour les personnes issues des minorités de genre, avec d’autres problématiques mais toujours dans un manque de représentativité positive. Et l’étude insiste aussi sur le faire que ces chiffres ne reflètent pas toute la réalité, car derrière, il y a des vies qui subissent des inégalités impossibles à chiffrer.

Les objectifs du festival

Le festival s’inscrit dans une politique plus large qui vise à questionner le secteur de la culture, soutenue entre autres par l’échevine de la Culture à Bruxelles, Delphine Houba (PS). "J’aimerais que la culture soit à l’avant-garde du combat féministe", explique-t-elle. Depuis un peu plus de trois ans, l’échevine œuvre à inclure la parité dans les évènements bruxellois. "Quand je suis arrivée, j’ai compté le nombre de femmes qui étaient exposées dans le parcours du street art, parce que c’est important de compter. Sur environ 150 œuvres, une trentaine était d’artistes féminines."

Pour l’échevine, l’autorité publique a un devoir de garantir l’égalité et la parité, et faire en sorte que l’argent public soit réparti égalitairement. "Si on bosse toujours avec les mêmes hommes, ils vont être rémunérés pour leur travail et vont pouvoir vivre de ça, donc avoir plus de visibilité et continuer à exercer".

Questionner la place des femmes dans la culture, c’est questionner la place des femmes dans la société. La culture est tributaire de la société dans laquelle on vit, elle reproduit ses inégalités

Le FAME festival veut être un exemple pour les futurs évènements organisés à Bruxelles en visibilisant le travail artistique des femmes et des minorités de genre et en montrant que c’est possible. "En tant qu’échevine, quand je pose la question de la parité, on me répond qu’il n’y a pas d’artistes femmes, qu’on ne les connait pas… mais si, il y en a ! Et c’est ça aussi l’objectif, de dire qu’il y a des femmes artistes et qu’on arrête d’entendre qu’on ne sait pas où aller les chercher".

Le festival ne veut pas pour autant écraser les actions qui sont déjà mises en place à Bruxelles. "Le but est de co-construire. C’est pour cette raison qu’on s’est tourné vers les arts vivants, pour compléter les initiatives", précise Delphine Houba. La sororité et l’adelphité sont fondamentales pour l’équipe. L’ouverture, la collectivité et l’inclusivité sont les valeurs chères du FAME festival.

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Représentation et représentativité

L’équipe insiste aussi : il ne s’agit pas uniquement de faire un festival "et puis dire que c’est bon". "Questionner la place des femmes dans la culture, c’est questionner la place des femmes dans la société. La culture est tributaire de la société dans laquelle on vit, elle reproduit ses inégalités", explique Delphine Houba.

Le festival met d’ailleurs en avant le côté esthétique et politique des œuvres qui seront présentées. "On veut contrer les présupposés qu’il y a autour des festivals féministes. Ce ne sont pas que des œuvres qui sont des manifestes féministes, il y a un travail sur la forme. Via l’art, une réflexion est amenée", indique Camille Khoury.

C’est aussi une des raisons qui explique le choix de ne pas être paritaire dans la programmation. "Il n’y a pas que l’idée de représentativité, mais aussi de représentation. On travaille sur les imaginaires, et le fait est que je vois peu de spectacles réalisés par des hommes dans lesquelles la représentation des femmes et minorités de genre est intéressante. Mais si j’en vois un, je ne m’interdis pas de l’inclure", poursuit la directrice du festival.

Un festival inclusif accessible à toutes et tous

Le festival se déroulera dans plusieurs lieux en partenariat avec le Centre culturel et sportif Tour à Plomb, le théâtre des Riches Claires, le KVS (Théâtre royal flamand), la Montagne Magique, le Bronks et la Bellone. 11 spectacles d’artistes confirmés, émergents ou de jeunes créations seront présentés entre théâtre, danse, théâtre musical, marionnette et cabaret drag. Tous seront programmés de manière à ce qu’une personne puisse assister à tout.

Mêlant scène locale et internationale, francophone et néerlandophone, le festival veut créer un lieu d’échange. Le cœur du FAME sera symboliquement le "Where" (""), qui n’apparaît pas dans l’acronyme (Festival where Arts Meet Empowerment). Il s’agira d’un lieu de convivialité en espace public où des ASBL auront cartes blanches pour exposer des projets.

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En plus de se vouloir le plus inclusif possible, jusque dans l’équipe qui travaille derrière ce projet, l’accessibilité fait aussi partie des valeurs du festival. Les évènements en espace public seront gratuits, et les spectacles auront une politique de prix conscients, tout en étant aussi partenaire de l’ASBL Article 27. Des initiatives sont également mises en place pour ses personnes porteuses d’un handicap (sous-titrages, partenariat avec le PAF, accès PMR). L’objectif du festival est de créer un espace dans lequel toute personne puisse se sentir bien et accueillie. Et bonne nouvelle, l’équipe prépare déjà l’édition 2023 !

Plus d’infos sur famefestival.be.

Cet article a été écrit lors d’un stage au sein de la rédaction des Grenades.

Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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