"Facebook est une boîte noire qui échappe à ses créateurs"

" Facebook est une boîte noire qui échappe à ses créateurs "

© LOIC VENANCE - AFP

24 janv. 2018 à 19:21 - mise à jour 24 janv. 2018 à 19:21Temps de lecture2 min
Par Anina Meeus

Ces derniers jours, Facebook a annoncé de multiples changements pour limiter l’impact négatif que le réseau social pourrait avoir sur la démocratie : lutte contre les fake news, changement des algorithmes. Facebook veut regagner la confiance de ses utilisateurs. Et peut-être aussi celles des gouvernements. Mais peut-on faire confiance à Facebook ? Nicolas Becquet, journaliste au journal "L’Echo", et François Heinderyckx, professeur de sociologie des médias à l’ULB, étaient les invités d'Arnaud Ruyssen dans Soir Première pour faire le point sur ce sujet.

Nicolas Becquet resitue le problème : "Facebook est devenu un acteur incontournable. En 10 ans, il a attiré 2 milliards de personnes au niveau mondial. Dès qu’il bouge un curseur, c’est toute la planète qui change ses habitudes. Certains, chez Facebook, se demandent si on n’est pas allé trop loin. Des anciens parlent de monstre. Il y avait un coup de frein à donner."

Car Facebook est plus fragile qu’il n’y paraît. "Et il est conscient de la fragilité de sa position dominante, explique François Heinderyckx. Rien n’est éternel dans cette économie du virtuel. Il y a sans doute une prise de conscience des enjeux démocratiques. Mais il y a aussi derrière tout ça des intérêts économiques énormes, le risque d’une perte de crédibilité et de l’affaiblissement du réseau social, puisqu’il ne produit de l’argent qu’à travers la fréquentation de se utilisateurs".

Et donc il s’agit de ne pas perdre d’utilisateurs. "On passe moins de temps sur Facebook, dit Nicolas Becquet. Les jeunes préfèrent des plateformes comme Snapchat et Instagram. On a moins d’interactions. Or ce sont nos informations personnelles qui font la valeur de Facebook. Aujourd’hui tout le monde peut publier. Il y avait une nécessité de faire le tri. Et Facebook a choisi de mettre plus en avant les posts des connaissances et des 'amis'. Car, de ces conversations, on peut tirer des pépites de données. Facebook veut éviter la passivité du l’utilisateur".

Facebook est-il capable de s’auto-réguler?

"L’économie du numérique est extrêmement volatile et il y a un laissez-faire total, dit François Heinderyckx. L’industrie numérique lance des produits et le régulateur, le législateur, court derrière. Facebook pratique l’innovation en cycle court et s’adapte en permanence au changement de contexte. Tout se fait par essais et erreurs, avec peu de stratégie à long terme."

L’évolution de Facebook échapperait-elle alors à tout contrôle ? "Marc Zuckerberg se rend compte qu’il a peut-être été un peu trop fougueux, poursuit Nicolas Becquet. Il veut désormais mieux organiser le débat public. Il veut investir dans l’humain. 10.000 personnes vont être engagées pour traiter les contenus. Mais cela ne suffira pas pour réguler la conversation mondiale."

François Heinderyckx estime aussi que Facebook n’est pas à même d’assumer ce rôle d’arbitre. "10.000 personnes pour faire le tri entre le vrai et le faux, ça s’appelle des journalistes ! Comment ces 10.000 personnes seront-elles formées ?"

Facebook a aussi l’intention de s’allier avec quelques médias dignes de confiance. "Mais quels critères de confiance et quel pluralisme ?", se demande Nicolas Becquet. Il rappelle que Facebook a coupé les liens qui renvoyaient à la presse après lui avoir offert une visibilité.

"Inutile enfin, d’espérer une communication transparente sur les algorithmes qui hiérarchisent le contenus, dit Nicolas Becquet. C’est une boîte noire qui échappe même à ses créateurs aujourd’hui. Et certains pensent que Facebook est en train de perdre le contrôle".

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