Face aux inondations à répétition, "c’est vraiment tout un système agricole qu’il faut repenser"

14 juil. 2021 à 08:44Temps de lecture3 min
Par RTBF

Les intempéries ont frappé le pays hier soir. Les pompiers ont dû intervenir à plusieurs reprises, notamment dans la région de Liège et dans le Brabant wallon. Une nuit difficile pour certains habitants et pour de nombreux scouts. Alors, quelle solution pour faire face à ces pluies à répétition ? Nos sols sont-ils saturés ?

Contrairement aux idées reçues, les inondations ne sont pas dues à une mauvaise qualité de nos sols. "On a des sols de très bonne qualité dans les zones qui sont pour le moment inondées. Ils sont aujourd’hui effectivement saturés, parce qu’il y a eu énormément de pluie sur la journée d’hier. Mais ce sont des sols qui, normalement, au terme de la pluie, en deux ou trois jours, restaurent une certaine capacité d’infiltration", confirme Aurore Degré, professeure de physique des sols et d’hydrologie à Gembloux Agro-Bio Tech.


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Par contre, nous connaissons un facteur aggravant cette année, "c’est qu’on a eu toute une séquence de pluies orageuses assez importantes qui ont malheureusement abîmé la structure du sol et créé des chemins d’écoulement." C’est pour cette raison que certaines zones sont systématiquement touchées par les inondations.

En quelque sorte, les sols sont devenus imperméables. "La structure des sols se fragilise un peu parce que les taux de matières organiques sont en diminution." Dès lors, les pluies sont tombées sur des sols mis en boue en surface. Et c’est d’autant plus vrai cette année, parce qu’il a fait froid au printemps et que les cultures se sont peu développées.

Des sols lissés ?

On est donc confrontés à des sols lissés, "qui se sont mis en boue, qui se sont fermés. Et à partir du moment où les sols se ferment et où les chemins de l’écoulement de l’eau deviennent quasiment des canaux, les pluies suivantes vont ruisseler aux mêmes endroits de manière systématique, en suivant les chemins naturels de la topographie." C’est pourquoi les mêmes sites seront systématiquement inondés.

Sébastien Remacle

Que faire ?

L’idéal, ce serait de retravailler les terres. "Malheureusement, les opérations culturales sont retardées cette année parce que le développement des cultures est un peu plus lent", explique Aurore Degré.

"Mais quand on aura la possibilité de monter sur les terres et de moissonner, le sol pourra alors restaurer sa capacité d’infiltration parce qu’il sera retravaillé. On va arracher les racines, on va couper et déchaumer les céréales, donc ça veut dire qu’on va finalement rouvrir la porosité du sol."

La résilience

On parle de pluie cette année, mais l’an dernier, c’était la canicule qui était sur toutes les lèvres. Comment s’adapter à ce temps variable ? "C’est ça tout l’enjeu de l’agriculture de demain et de la transition qu’il faut mener maintenant, c’est d’arriver à avoir une certaine résilience des systèmes agricoles", répond la professeure de physique des sols et d’hydrologie à Gembloux Agro-Bio Tech.

Une résilience face à des situations extrêmes, "comme on a pu connaître l’an dernier, de sécheresse dans lesquelles il y a eu des pertes de production par manque d’eau", mais aussi face à des situations extrêmes, "comme on l’a très bien illustré ces jours-ci, avec des excès d’eau vraiment très importants et ponctuels dans le temps."


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La solution ? D’après Aurore Degré, il s’agit de développer des systèmes de culture qui couvrent le sol au maximum. Dans le but de maintenir la capacité d’infiltration du sol. Mais aussi pour compter sur les racines des plantes "le plus tôt possible dans l’année pour aller prélever en profondeur de l’eau pour pouvoir assurer la croissance, y compris dans des périodes de sécheresse."

"C’est donc vraiment tout un système agricole qu’il faut repenser."

L’aménagement du territoire

Parallèlement, Aurore Degré insiste sur l’importance de la question de l’aménagement du territoire et de la gestion de l’urbanisation.

Mais la clé reste la couverture du sol. "La couverture du sol, assurer une certaine diversité dans l’occupation des territoires, essayer d’éviter des cultures qui soient toujours les mêmes sur des grandes surfaces, parce que les plantes ont des capacités d’adaptation qui sont complémentaires."

"Et donc, quand on assure une certaine diversité au niveau de l’occupation du sol sur un territoire, on peut s’assurer cette résilience face à la sécheresse ou face à l’excès d’eau", conclut la professeure de physique des sols et d’hydrologie à Gembloux Agro-Bio Tech.

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