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Monde Europe

Face à une sécheresse qui "pourrait devenir la pire de tous les temps", la réponse de l'Union européenne sera-t-elle à la hauteur ?

12 juil. 2022 à 14:50Temps de lecture3 min
Par Olivier Hanrion

Les emmerdes ça vole toujours en escadrille disait l’ancien président français Jacques Chirac. Cette formule très élégante, l’Union européenne pourrait la reprendre à son compte tant les difficultés semblent s’accumuler sur sa route. La dernière en date est une conséquence directe du réchauffement climatique : la sécheresse. Elle ne touche pas que l’Inde ou l’Afrique, l’Europe aussi est directement concernée. Particulièrement le sud de l’Union européenne. "Le service de gestion des urgences Copernicus indique que la sécheresse actuelle en Europe pourrait devenir la pire de tous les temps", prévient le vice-président de la Commission européenne, le Slovaque Maros Sefcovic.

Un rapide coup d’œil sur la carte d’Europe montre l’ampleur du phénomène.

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Une situation particulièrement critique en Italie

C’est le premier pays à avoir tiré la sonnette d’alarme. Avec dès la mi-juin, ces images impressionnantes de la plaine du Pô. Le plus grand fleuve d’Italie est presque à sec. Il a peu neigé cet hiver, le niveau des lacs est au plus bas et la pluie se fait toujours atteindre. Conséquences : le fleuve dévoile aujourd’hui les épaves de navires de guerre coulés pendant la seconde guerre mondiale.

Mais le plus inquiétant, c’est l’impact de cette sécheresse sur l’agriculture car le Pô, c’est le principal réservoir d’eau douce du pays. Près d’un tiers de la production agricole italienne serait menacée. La moitié de l’élevage dans la plaine du Pô également. Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence climatique dans cinq régions du nord du pays : Piémont, Lombardie, Vénétie, Emilie Romagne, Frioul-Vénétie-Julienne.

Plus de 200 communes ont décrété des rationnements d’eau. Interdiction d’arroser les jardins ou potagers, de laver sa voiture ou encore de remplir sa piscine. Pire, à Vérone ou à Pise, les habitants ne peuvent plus utiliser l’eau courante entre 21 heures et 6 heures ! Certaines centrales hydroélectriques ont même dû arrêter leurs turbines. C’est le cas de la centrale d’Isola Serafini, près de Plaisance. Du jamais vu en 60 ans de fonctionnement.

Une directive européenne sur l'eau mal appliquée

"Cette sécheresse doit nous pousser à agir", estime l’eurodéputé PS Marc Tarabella. Dès les années 2000, l’Union européenne a mis en place une directive-cadre sur l’eau mais elle n’est pas bien suivie par les Etats membres", nous explique le député européen socialiste.

"Elle prévoyait notamment que les cultures moins dispendieuses en eau soient privilégiées. Quand on voit les plantations de maïs qui fleurissent un peu partout en Europe, on se demande si les Etats membres sont très attentifs à suivre ce à quoi ils se sont engagés. D'autant que le coût de leur inaction commence à se voir". 

Selon la Commission européenne, les sécheresses à répétition pourraient se chiffrer à quelque 65 milliards d'euros par an à l'horizon 2100 contre 9 milliards d'euro actuellement.

Alerte incendie dans la péninsule ibérique

La péninsule ibérique aussi est particulièrement touchée. Aujourd’hui 98% du Portugal est en situation de sécheresse sévère, voire extrême. Là aussi, plusieurs villes ont déjà pris des mesures de rationnement d’eau. La ville de Viseu au centre du pays a décidé de réduire la pression du réseau public d’eau par mesure de prévention. Le gouvernement promet que les ressources en eau du pays seront suffisantes pour couvrir la consommation humaine pour les deux prochaines années, toutefois, il n’exclut pas le rationnement dans certaines régions du pays, y compris pour l’agriculture.

Reste que dans la péninsule ibérique aujourd'hui, la principale préoccupation du moment, ce sont les incendies. Une vraie bombe à retardement. Sécheresse, fortes chaleurs, multiplication des épisodes caniculaires, c’est le cocktail idéal pour que la région s’embrase.

Prévision des risques d'incendie le 11 juillet 2022
Prévision des risques d'incendie le 11 juillet 2022 Copernicus - Commission européenne

Ces derniers jours, plus d’une centaine de départ de feu ont été signalés au Portugal, mobilisant près de 3000 pompiers. Et le pic de température n’a pas encore été atteint. Le Premier Ministre Antonio Costa vient de décréter l’état de contingence, c’est-à-dire qu’il élève d’un cran la mobilisation des services de secours. Et il en appelle à l’aide de l’Union européenne.

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Message reçu 5/5 par la Commission qui vient de mettre deux Canadairs à disposition du Portugal dans le cadre du mécanisme européen de protection civile et qui fournit déjà toute une série de cartes satellites au pays pour permettre à ses services de secours d'évaluer plus précisément les risques d'incendie. "Mais ce ne sera sans doute pas suffisant", craint Marc Tarabella. "Avec cette sécheresse historique, c’est tout le sud de l’Europe qui est confronté à ces risques d’incendie". Face à la simultanéité des départs de feux sur tout le pourtour méditerranéen, ces quelques appareils européens risquent de ne pas faire le poids.

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