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Face à l’inflation, quelles dépenses sont coupées en premier par les ménages ?

Face à l’inflation, quelles dépenses coupées en premier par les ménages ?
09 juin 2022 à 09:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Un rendez-vous chez le coiffeur repoussé sine die, l'abonnement Netflix résilié, une liste de courses réduite comme peau de chagrin : les ménages fragilisés par l'inflation sont confrontés à des arbitrages quotidiens pour tenter d'équilibrer leur budget, avec des dépenses qui sautent inéluctablement.

Les classes moyennes sacrifient l’achat plaisir

Les classes moyennes sacrifient l’achat plaisir.
Les classes moyennes sacrifient l’achat plaisir. redshorts

En mai, l'inflation s'est encore accélérée et "contrairement aux années 1970 et 1980, beaucoup de consommateurs ne sont pas habitués à ce phénomène", relève Jérémy Ducros, économiste pour l'association d'intérêt général La finance pour tous.

Autre spécificité selon lui : "On ne sait pas combien de temps ça va durer" et "il y a une grande hétérogénéité par exemple entre les prix de l'énergie qui explosent et ceux de l'alimentation qui augmentent mais moins rapidement".

Pour les classes moyennes, dont la part du budget dédiée aux dépenses contraintes (alimentation, loyer, énergie, trajets quotidiens...) est moins élevée que pour les plus précaires, les premiers arbitrages se font sur des pôles non essentiels.

"Il y a une diminution plus forte de l'hygiène/beauté type coiffeur et esthéticienne. Et on finit le tube de dentifrice", observe Sandra Hoibian, directrice générale du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc).

Le numérique à la trappe ?

Le numérique à la trappe ?
Le numérique à la trappe ? Aleksandar Nakic

Déplacements liés aux loisirs, vacances, restaurant, ameublement : face à l'incertitude, "on coupe dans le non-essentiel et dans les ménages qui avaient déjà économisé pendant la crise sanitaire (de Covid), on renforce l'épargne de précaution", ajoute-t-elle.

Si les consommateurs ne sont plus habitués aux périodes d'inflation, les confinements à cause du Covid ont instauré de nouvelles habitudes qui se traduisent par un maintien à des niveaux bas des dépenses habillement/hygiène/beauté ou de sorties culturelles.

Et, nouveauté face à l'inflation, certains abonnements numériques pris pendant la crise pourraient être résiliés.

Netflix cite l'inflation parmi les facteurs ayant eu un impact sur la perte d'abonnements au premier trimestre.

Le hard discount plébiscité

Le hard discount plébiscité.
Le hard discount plébiscité. Somyot Techapuwapat

Premier réflexe à avoir quand les budgets sont plombés par l'inflation selon "La finance pour tous" : "sortir trois relevés de compte" et faire la chasse aux doublons, par exemple dans les assurances, pour faire un tri.

Mais sur les dépenses essentielles, le renoncement est impossible, surtout pour les plus précaires, qui doivent trouver des alternatives.

Sur les biens alimentaires, le report vers les marques distributeurs voire premiers prix est un réflexe. 25% des ménages fragilisés y ont actuellement recours bien que leurs prix augmentent proportionnellement davantage, selon l'Institut Nielsen (France).

Le report est d'autant plus facile aujourd'hui que les distributeurs discount comme Lidl ou Aldi ont amélioré leur image : "Ils communiquent sur la qualité des produits frais, ils ont rénové leurs magasins, lancé des plans de fidélisation et restent attractifs avec des programmes promotionnels sur l'électroménager", selon Nicolas Léger, directeur analytique à Nielsen.

Logement : "l’éléphant qui va arriver dans la pièce"

Logement : "l’éléphant qui va arriver dans la pièce".
Logement : "l’éléphant qui va arriver dans la pièce". vgajic

Phénomène plus récent, l'abandon du bio dont le prix a, selon lui, toujours été une "barrière" à la consommation, renforcée dans un contexte inflationniste.

Sur l'énergie, dont la consommation a connu un rebond en avril à cause des températures, la marge de manœuvre est limitée. A l'échelle nationale, baisser le chauffage de quelques degrés réduit la facture.

Mais à l'échelle du foyer, l'augmentation des prix compense vite les économies réalisées.

"Certains gestes écologiques qui permettent aussi de réduire les coûts ne sont pas accessibles à tous", relève Jérémy Ducros et ce, malgré les subventions pour changer de moyen de chaudière ou de voiture. Idem pour le carburant : "On peut lever le pied mais il faudra toujours faire le plein".

Sur ces derniers postes budgétaires, les pouvoirs publics mettent en place des aides ciblées (indemnité inflation, bouclier tarifaire, réduction à la pompe) mais "l'éléphant qui va arriver dans la pièce" sans marge de manœuvre, selon Sandra Hoibian, c'est le logement, "qui augmente depuis 20 ans et n'échappera pas à l'inflation dans les prochains mois".

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