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Cyclisme

Fabian Cancellara vibre en regardant la génération van Aert – van der Poel

Fabian Cancellara vibre en regardant la génération van Aert – van der Poel
18 mars 2021 à 06:00 - mise à jour 18 mars 2021 à 11:294 min
Par Laurent Bruwier

Depuis la Suisse où il doit rester en raison de la crise sanitaire, Fabian Cancellara observe à distance à l'arrivée de la nouvelle génération. Un chapitre de l’histoire s’est achevé avec l’éclosion des van der Poel, van Aert, Evenepoel et Pogacar.

Quatre titres mondiaux contre la montre, trois Paris- Roubaix, un Milan – San Remo, trois Tour des Flandres, deux médailles d’or olympiques et de multiples victoires d’étapes dans les Tours suffisent à Fabian Cancellara pour s’offrir le respect éternel du peloton.

" A mes yeux j’ai gagné beaucoup de courses, peut-être que certains disent que je n’ai pas gagné beaucoup de courses mais je suis heureux et fier. Toutes ces années que j’ai passées dans le cyclisme c’est un bonheur. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Mais, il n’y a pas que les jolis moments, il y a aussi les moments difficiles. 2008, après le Tour et les discussions de dopage, 2010 avec le moteur, les chutes à Londres où je perds l’occasion d’avoir une médaille. La chute avec le maillot jaune après l’étape de Huy et je dois quitter le Tour. Ce sont des moments difficiles mais ils sont aussi importants. Ce sont ceux-là qui permettent aux sportifs de devenir des champions ".

La nouvelle génération arrive, la fin d’une décennie

Malgré un emploi du temps hyperchargé dans sa vie de retraité, Fabian Cancellara garde un œil averti sur les courses. Au jeu des comparaisons, il avoue d’ailleurs avoir vibré en suivant le calendrier italien de ce début de saison par rapport à une course au soleil qui l’a moins inspiré. "Ce n'est pas  contre Paris-Nice mais cette année, le Strade Bianche et Tirreno étaient un véritable spectacle. C’était une propagande pour le cyclisme. Quand on voit la bataille entre van Aert, van der Poel et Pogacar, le côté dramatique… la façon dont les coureurs ont fait la course, j’espère que ça va renforcer la situation économique et politique du cyclisme. Si tout le monde va dans la même direction, tout le monde récoltera les fruits, mais dans les coulisses pour le moment les gens ont une vision plus égoïste".

Un spectacle que l’on doit principalement aux jeunes loups du peloton qui ne comptent pas le nombre des années pour justifier leurs âmes bien nées. "Cela fait déjà deux ans que le changement est là mais cette année, ça se marque encore plus fort. Ce n’est pas la révolution du cyclisme mais c’est une nouvelle décennie qui commence".

Quand il parle cyclisme, Cancellara garde son enthousiasme  et sa passion. Les jeunes stars d’aujourd’hui lui rappellent la belle époque de ses vingt ans quand il roulait avec Pozzatto, Bodrogi ou Evans dans les rangs de l’équipe espoir de la Mapei.

"En 2001, j’ai eu pour la première fois un cardio pour mesurer les performances cardiaques. Aujourd’hui les jeunes en juniors voire en cadets s’entraînent déjà avec les watts. C’est plus professionnel qu’avant. On le voit aussi avec van Aert ou van der Poel, il travaille l’endurance et puis boum… cela fuse. Evenepoel pareil, il vient du foot. Après deux années de vélo, il est déjà là. Cela change les courses mais je pense aussi que ces jeunes dureront moins longtemps. Ils feront moins d’années que des Gilbert ou des Van Avermaet".

Une fougue qu’il a connue lorsqu’il était dans la dream Team espoir de la Mapei, une équipe développement avant l’heure.

"L’exemple que je donne souvent c’est l’équipe jeunes de chez Mapei où j’ai roulé jusqu’en 2002. On voulait faire toutes les courses et donner le maximum. Je vois la même chose maintenant. Matthieu van der Poel, van Aert, Pogacar et même Mauri Vansevenant, dans toutes les courses il y a toujours quelqu’un de super jeune qui fait le spectacle.

Les jeunes sont sans complexe, ils réfléchissent moins que les vieux, ils habitent seuls ou avec une copine mais ils n’ont pas de famille, pas de responsabilité, pas encore de pression. Ils n’ont pas encore vécu beaucoup d’années dans ce monde, ils sont moins fatigués".

Marc Hirschi, un talent a l’état pur pas encore à maturité

Parmi ses nouvelles fonctions, Fabian Cancellara s’occupe également de la destinée de March Hirschi, une des révélations de la saison 2021.

"C’est un exemple de travail avec la fédération suisse. Il fait attention à la diététique, il était dans une bonne équipe avec le Team Sunweb et maintenant c’est un changement d’équipe. Malheureusement, il n’a pas eu de chance en début de saison. Il a été malade, puis il a eu un problème de dent et il a changé de fournisseur de chaussures… mais ce sont des choses naturelles. Il est en stage au Tiede pour le moment puis il va prendre le départ de sa première course 2021 au Tour de Catalogne. Je lui ai dit, c’est certain, tout le monde va te regarder mais toi, tu dois juste te concentrer sur la course, t’entraîner, fais bien ton job, penses aux prochaines échéances. Il sait qu’en Suisse, les gens vont parler énormément de lui".

Car les performances de l’automne 2020 ont fait naître pas mal d’attentes. 2e à Liège, 3e des mondiaux, Marc Hirschi s’affirme déjà comme un des espoirs du cyclisme mondial sans connaître ses limites.

"Aujourd’hui, il n’est pas prêt pour viser une victoire sur un grand Tour. Il doit encore changer quelques éléments dans ses entraînements. Mais il n’est pas encore arrivé à maturité. Il est encore jeune. Je ne dis pas que c’est un bébé, ce n’est pas ça, mais il doit encore se développer. Si on regarde les courses, il a couru un très beau championnat du monde. Son punch a parlé à la Flèche. Quand tu regardes le sprint à Liège, il était là. On sait que cette course est pour lui… pour le Tour, ce sont les années qui le diront ".

Mais Cancellara ne veut pas brûler les étapes. Ni pour Hirschi, ni pour les autres. Pogacar ou Bernal ont franchi un palier en gagnant le Tour mais désormais leur vie de cycliste est différente.

"Si, tu gagnes le Tour de France à 22 ans, l’année d’après tout est deux fois plus difficile. Tu entres dans un monde nouveau avec l’argent, les attentes de l’équipe, la pression. Tout le monde va parler de toi. Je pense qu’on doit laisser grandir les jeunes. J’espère que cette nouvelle génération aura vraiment le temps de mûrir sinon, ce sera vite terminé pour eux. Si on ne leur laisse pas le temps, ceux qui sont au sommet maintenant, arrêteront dans quelques années.

C’est clair que c’est chouette aujourd’hui on parle d’Evenepoel et de van der Poel etc. mais plus on en parle, plus les attentes seront énormes et ça c’est le plus difficile à gérer".


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