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Belgique

Extrémisme de droite en Belgique : "Tous les indicateurs prouvent une augmentation de la menace"

L'invité de Matin Première est Michael DANTINNE

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29 sept. 2022 à 07:47 - mise à jour 29 sept. 2022 à 09:27Temps de lecture13 min
Par Renaud Verstraete sur base d'une interview de Thomas Gadisseux

Hier, une opération de la police antiterroriste a fait un mort à Merksem, en province d’Anvers. Plus d’une centaine d’armes ont été retrouvées chez le suspect décédé qui entretenait des liens avec l’extrême droite violente. Que représente actuellement la menace terroriste d’extrême droite en Belgique ? Michael Dantinne, criminologue à l’Université de Liège était l’invité de Thomas Gadisseux ce matin sur La Première.

Une augmentation de la menace terroriste d’extrême droite

62 personnes sont actuellement fichées pour extrémisme de droite dans la banque de données de l’OCAM, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace. Selon Michael Dantinne, tous les indicateurs prouvent une augmentation de la menace extrémiste de droite. "Dans une menace qui globalement n’enfle pas, la cote part de l’extrême droite augmente, dans une certaine forme de diversité avec la vision de ces individus, nourris par ces idées, qui se rapprochent d’un passage à l’acte" souligne le criminologue.

Ce dernier rappelle cependant "qu’il y a évidemment tout un chemin entre adhérer à des idées et les traduire en actes violents." 

Dans le cadre de la perquisition d’hier à Merksem, en province d’Anvers, plus d’une centaine d’armes ont été retrouvées au domicile du suspect décédé selon les autorités. Pour le criminologue, il s’agit là d’un élément symptomatique du radicalisme d’extrême droite. "Il ne s’agit pas uniquement de possession d’armes mais bien de fascination pour les armes. C’est souvent une fascination pour la violence, ce qui est prototypique du radical extrémiste qui est potentiellement un passeur à l’acte."

Dans une menace qui globalement n’enfle pas, la cote part de l’extrême droite augmente

L’impact des crises sanitaires et économiques ?

Comment peut-on dès lors expliquer cette augmentation de la menace terroriste d’extrême droite ? Les crises identitaires, économiques ainsi que le contexte post-sanitaire forment un excellent terreau pour l’adhésion aux idéologies d’extrême droite : "Le trépied de la radicalisation se joue entre un fort niveau d’insatisfaction personnelle d’une part, d’une incompréhension par rapport à sa vie, à la société et à la planète d’autre part. Les idéologies d’extrême droite apportent des réponses simples : "C’est de la faute des étrangers, c’est la faute des juifs, c’est de la faute des élites". Il y a vraisemblablement quelque chose qui se joue au sein de ce trépied en ce moment."

Si la menace de l’extrême droite évolue, ses pratiques changent également à l’heure des réseaux sociaux. Aujourd’hui, l’extrême droite ne se cache plus. Ses adhérents osent avantage affirmer leur appartenance à l’extrême droite sur les réseaux sociaux comme le note Michael Dantinne : "Les applications technologiques permettent de vous regrouper sans réellement vous regrouper et le volet politique catalyseur de l’extrême droite fait en sorte de décomplexer ces idées."

Cette nouvelle tendance a cependant des conséquences positives inattendues. "C’est le volet un peu heureux des choses. Voulant en parler, les extrémistes se donnent à être vus, ce qui permet parfois aux autorités d’intervenir à temps" estime le criminologue.

Un manque de moyens

Les services de sécurité en appellent à plus de moyens pour mener à bien la lutte antiterroriste. Selon Michael Dantinne, ces derniers ne sont pas suffisamment entendus. "Si l’on compare les moyens des réseaux criminels, en termes d’argent et de ressources humaines et compte tenu du fait qu’eux ne doivent pas respecter la loi, ils ont un avantage de 4 ou 5 coups d’avance sur les services de police, de renseignement et de justice. On doit combler ça. On a fait une opération de démantèlement ici, on a pompé énormément de messages, si vous ne mettez pas de moyens pour les déchiffrer et faire des suites d’enquête, vous n’arrivez en rien."

Le criminologue et professeur à l’Université de Liège conclut tout de même en saluant "les réalisations positives, les arrestations et saisies effectuées grâce à cette enquête". 

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