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Belgique

Exposition 'Authenticité' au Parlement : David Katshiunga créé une série de portraits à partir d'un livre sur la "décolonisation"

04 juil. 2022 à 11:20Temps de lecture4 min
Par Ghizlane Kounda

Un homme camouflé sous une cagoule glaçante du Ku Klux Klan ; un double portrait du roi Leopold II, l’un d'entre eux est peint en négatif ; un autre de Patrice Lumumba ; un autre encore de la Princesse Élisabeth, le visage caché derrière un masque africain… Ce sont autant de sujets traités par l’artiste anversois belgo-congolais David Katshiunga, dans ses œuvres exposées en ce moment au Parlement. Des tableaux en bois peints en noir et blanc. Monumental et puissant à la fois. Le plus grand mesure 3m50 sur 2m20.

Pour créer ces œuvres, David Katshiunga a trouvé l’inspiration dans le livre "Dochter van de dekolonisatie" (Fille de la décolonisation. Ed. Epo 2020) de la politologue Nadia Nsayi . Dans ce livre, l’auteure pose un regard critique sur le passé colonial et sur l’avenir à partir de son histoire familiale. "Ce livre a créé un choc chez moi", explique David Katshiunga. Son procédé pour cette exposition ? L’artiste a transformé des passages du livre en une série de portraits.

"Jusque-là, je n'avais jamais parlé du passé colonial et de ses conséquences avec mon entourage issu de la diaspora congolaise", poursuit l’artiste. David Katshiunga a quitté le Congo pour la Belgique à l'âge de six ans, avec ses cinq frères et sœurs. Une décision difficile pour ses parents. "J'ai eu du mal à m'adapter à une nouvelle société, étant le seul garçon congolais de la classe." Il a grandi à Malines, puis s’est installé à Anvers. Il a commencé à peindre pendant ses études de design graphique. "J’ai commencé à dessiner des portraits dans le train, fasciné par les expressions des visages", se souvient l’artiste anversois.

"Lorsque j’ai raconté des passages du livre de Nadia Nsayi à ma famille, c’était la première fois que je parlais du passé colonial et ça faisait du bien", explique David Katshiunga. "En même temps, je réalisais que mes neveux et nièces étaient complètement déconnectés de cette histoire, ils ne comprenaient rien. Car ce n’est pas enseigné à l’école… C'est de là que m’est venue l'inspiration. J’ai voulu illustrer des moments clés de l'histoire entre la Belgique et le Congo qui ont une influence jusqu'à aujourd'hui."

Située à l’entrée du Parlement, l’exposition ‘Authenticité’ créé ainsi un espace de discussions sur la colonisation et la décolonisation. "Les jeunes issus de la diaspora doivent savoir d'où ils viennent, pour construire leur avenir, pour nourrir leur identité. Ils doivent connaitre l’Histoire commune de la Belgique et du Congo."

Le lieu d'exposition n'est pas choisi au hasard. Une Commission parlementaire est chargée d’examiner l’Etat indépendant du Congo (1885-1908) et le passé colonial de la Belgique au Congo (1908-1960), ses conséquences et les suites qu’il convient d’y réserver. Elle organise tous les lundis des auditions de témoins et d’experts, notamment historiens pour alimenter ses réflexions. Un rapport avec des recommandations ne devrait pas être publié avant le printemps 2023.

"La princesse Elisabeth me fascine. Elle est la première femme héritière du trône et appartient à une nouvelle génération de la famille royale belge. Le masque qu’elle tient fait référence à l’héritage colonial du Congo et de la Belgique. En tant que futu
"La princesse Elisabeth me fascine. Elle est la première femme héritière du trône et appartient à une nouvelle génération de la famille royale belge. Le masque qu’elle tient fait référence à l’héritage colonial du Congo et de la Belgique. En tant que futu © Tous droits réservés

Patrice Lumumba, celui qui fut le premier Premier ministre du Congo indépendant est un symbole qui inspire beaucoup David, aussi bien dans la vie que dans ses créations. Le portrait de 3m50 sur 2m20 exposé au Parlement appartient à l'Université d'Anvers.

"Patrice Lumumba est quelqu'un de courageux. Dans son discours prononcé le jour de l’indépendance, il a osé dénoncer la colonisation. A cette époque, c’était courageux de mettre les mots sur la violence subie. Le dire sans vouloir intimider, simplement ouvertement sans avoir peur de personne… C'est ça qui m’impressionne chez lui. Il était complètement décolonisé dans sa tête."

La dépouille de Lumumba, une dent saisie par la justice Belge, a été restituée à sa famille le 20 juin, à Bruxelles. Son rapatriement en RDC a fait ensuite l’objet d’un deuil national de trois jours. "Pour moi la page sera complètement tournée lors que la vérité sera connue et lorsqu’on connaitra tous les coupables."

‘Authenticité’ : Exposition à l’entrée du Parlement, du 30 juin au 14 juillet

Extraits du catalogue

SAKSEN-COBURG

“Que fera le roi Philippe lorsqu’il se rendra à Kinshasa après la crise mondiale du covid? Va-t-il honorer Léopold II comme son oncle Baudouin l’a fait en 1960 ou gardera-t-il le silence comme son père Albert II l’a fait en 2010 ? Malgré la sensibilité du sujet, en tant que chef d’État d’un pays multiculturel, il n’est plus judicieux de faire l’autruche et de garder le silence dans le climat actuel. Cela n’a plus de sens de se rendre au Congo, de dîner avec ses dirigeants et de visiter des projets de développement sans envoyer un message empathique fort sur le passé, le présent et l’avenir.”

Nadia Nsayi, Dochter van de dekolonisatie, p. 183

Depuis la colonisation belge, chaque roi de la maison de Saxe-Cobourg a eu sa propre relation avec le Congo. Léopold II a donné à son pays une colonie. Baudouin annonce l’indépendance. Philippe a exprimé ses regrets. La princesse Elisabeth me fascine. Elle est la première femme héritière du trône et appartient à une nouvelle génération de la famille royale belge. Le masque qu’elle tient fait référence à l’héritage colonial du Congo et de la Belgique. En tant que future reine, quelle sera sa relation avec le Congo ?

- David Katshiunga

PATRICE LUMUMBA

“Je constate que cette personnalité congolaise est encore délicate dans certains milieux belges. Certains le considèrent comme le diable qui a mis fin au “beau” projet colonial de la Belgique. Ils appellent Lumumba le “communiste” qui a cherché à se rapprocher de l’URSS en pleine guerre froide. Heureusement, il existe aussi un autre récit sur Lumumba. Il était le premier Premier ministre démocratiquement élu du Congo et il a été assassiné de manière lâche avec l’implication de la Belgique. Malgré son image négative dans les milieux belges
et ses erreurs politiques, il est à ce jour un combattant populaire
de l’indépendance congolaise et une icône inspirante pour l’émancipation en Afrique et au-delà.”

Nadia Nsayi, Dochter van de dekolonisatie, p. 194

En lisant ce livre, Patrice Lumumba m’est souvent revenu à l’esprit. Sur les photos le premier Premier ministre du Congo porte souvent un costume avec un nœud papillon. Dans cette œuvre, je place Lumumba dans un abacost. Ce vêtement a remplacé le costume lors de la politique de recours à l’authenticité sous le président Joseph Mobutu. Lumumba a été assassiné et n’a pas connu la période d’authenticité, mais pour moi, il symbolise la recherche d’une plus grande dignité africaine.

- David Katshiunga

Sur les photos le premier Premier ministre du Congo porte souvent un costume avec un nœud papillon. Dans cette œuvre, je place Lumumba dans un abacost - David Katshiunga
Sur les photos le premier Premier ministre du Congo porte souvent un costume avec un nœud papillon. Dans cette œuvre, je place Lumumba dans un abacost - David Katshiunga © Tous droits réservés

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