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Explosions à Beyrouth : le Premier ministre et le président libanais étaient au courant du risque, selon des documents confidentiels

Explosions à Beyrouth : le Premier ministre et le président libanais étaient au courant du risque, selon des documents confidentiels
11 août 2020 à 09:302 min
Par P.V. avec Agences

Le président et le Premier ministre libanais savaient-ils qu’une cargaison de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth pouvait détruire une partie de la ville en cas d’explosion ? C’est ce que semblent révéler des documents confidentiels, consultés par l’agence Reuters, et corroborés par des sources sécuritaires.

Selon un rapport de la direction générale de la Sécurité de l’Etat sur les deux explosions qui ont tué 163 personnes et fait plus de 6000 blessés le 4 août dernier, une lettre privée avait été adressée le 20 juillet au président Michel Aoun et au Premier ministre Hassan Diab. Dans cette lettre, un résumé d’une enquête judiciaire, qui concluait que les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium présentaient un risque et devaient être mises en sécurité, estime le rapport. "Il y avait un danger que ce matériau, s’il venait à être volé, soit utilisé pour une attaque terroriste, a déclaré à Reuters un haut représentant sous couvert d’anonymat. Je les ai prévenus [les autorités, ndlr] que cela pourrait détruire Beyrouth en cas d’explosion."


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Si le Premier ministre et le président, via leurs cabinets, n’ont pas réagi à ce courrier, cette révélation pourrait avoir un fort impact sur la population, qui manifeste depuis plusieurs jours contre des autorités qu’elle juge corrompues (le gouvernement a démissionné ce lundi). La semaine dernière, le président Aoun a confirmé avoir été informé de la présence des matériaux dans le port, mais il ne s’estime pas "responsable". "Je ne savais pas où c’était stocké et je ne savais pas à quel point c’était dangereux, a-t-il déclaré. Je n’ai pas autorité à m’occuper directement du port. Il y a une hiérarchie et tous ceux qui étaient au courant auraient dû reconnaître leur devoir de faire le nécessaire."

Selon le rapport, de nombreuses demandes ont été formulées pour que le stock soit déplacé, sans effet. En revanche, des travaux avaient été lancés dans le port. Ce sont pendant ces travaux, d’après une source sécuritaire, que des étincelles ont créé un incendie. "Une heure plus tard, un important incendie a été déclenché par les feux d’artifice [qui étaient stockés dans le même hangar]", a raconté à Reuters un représentant, "et cela s’est propagé au matériau qui a explosé".


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Avant de se retrouver dans le hangar 12 du port de Beyrouth, la cargaison de nitrate d’ammonium avait été acheminée dans le port de Beyrouth en 2013 par le Rhosus, un navire battant pavillon moldave (un pays sans accès à la mer connu pour offrir des pavillons de complaisance, pour des raisons d’évasion fiscale) qui appartenait à un oligarque russe. Il devait se rendre au Mozambique, mais avait été bloqué par le Liban pour des raisons de sécurité et abandonné par son propriétaire, qui avait déclaré faillite. Selon un haut responsable mozambicain sous couvert d’anonymat à l’AFP, la destination finale de la cargaison était en réalité le Zimbabwe ou la Zambie, où le nitrate d’ammonium sert à fabriquer des explosifs pour l’industrie minière.

Le gouvernement libanais a démissionné ce lundi (JT du 10/08/2020)

Beyrouth : chute du gouvernement

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