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Explosion rue Léopold à Liège : le procès reprend

07 sept. 2020 à 03:00Temps de lecture3 min
Par François Braibant

Le procès de l’explosion de la rue Léopold reprend ce lundi matin devant le tribunal correctionnel de Liège. Le drame avait tué 14 personnes et en avait blessé 20 autres dans la nuit du 26 au 27 janvier 2010. Il y a donc plus de dix ans. Le procès aurait dû se tenir en mai dernier. Il a été remis pour cause d’épidémie. Ce lundi est la première véritable audience. Le tribunal va entendre les experts.

Homicide involontaire par défaut de prévoyance

Sur le banc des prévenus vont s’asseoir le propriétaire de la maison qui a explosé, la responsable du service de sécurité et de salubrité de la Ville de Liège, un employé technique, plus l’intercommunale d’incendie, c’est-à-dire les pompiers.

Ils doivent tous répondre d’homicide involontaire par défaut de prévoyance et de précaution. Ça, c’est ce qui concerne les 14 personnes décédées. Il y a aussi une prévention de coups et blessures involontaires, de nouveau par défaut de prévoyance et de précaution, ça, c’est pour la vingtaine de blessés.

L’intercommunale d’incendie avait visité cette maison quelques jours avant l’explosion, pour une odeur de gaz. Cette visite n’avait rien détecté de suspect. Mais si le service de prévention de l'intercommunale est poursuivi, c'est qu'il "n'a pas réalisé le suivi prévu suite à un premier rapport alarmant en juin 2008" nous explique Louisa Spadazzi, avocate des parties civiles. Le propriétaire, lui, a déjà été condamné, dans un autre procès, comme marchand de sommeil. L’installation de gaz de la maison de la rue Léopold était-elle conforme ? Si elle ne l’était pas, le propriétaire l’a-t-il bricolée lui-même ? Si elle était bricolée, ce bricolage est-il la cause de l’explosion ? Les deux employés de la Ville de Liège auraient-ils pu faire en sorte que l’installation soit mise en conformité ? Ou que la maison soit frappée d’inhabitabilité ?

Des négligences, une explosion, 14 morts, 20 blessés

"Je considère que ma cliente n’a aucune responsabilité dans ce qui est survenu" assène Eric Lemmens, l’avocat de la cheffe de service de la Ville de Liège. "La question que ce procès pose, c’est de savoir si on connaît la cause de l’explosion. A mon estime aujourd’hui, nous n’avons aucune réponse. Le collège d’experts émet un certain nombre d’hypothèses, mais ne peut en affirmer aucune."

"Toutes les négligences qui ont contribué à ce que le bâtiment demeure en l’état jusqu’à l’explosion, pour nous, sont des fautes en lien causal avec l’explosion" assène Christian Botteman, l’avocat des familles de plusieurs personnes décédées dans le drame.

"La plaie restera toujours ouverte" souligne Benoît Robert, le père d’Alexis, tué dans l’explosion. "Mon fils n’est plus là. On a encore une fille. On a des petits enfants. La vie se reconstruit, mais la plaie saignera toujours. Je souhaite que le tribunal désigne les coupables."

"J’attends que justice soit faite" opine Annick Smeyers, la maman de Pierre Guilliams, lui aussi décédé. "L’attente du procès a été très très longue. Je souhaite que les coupables puissent être désignés. Pour que ça n’arrive plus.

Il faut que les gens qui ont des responsabilités les prennent. On ne peut plus laisser des gens dans des taudis. C’est la négligence de certains qui a tué quatorze personnes." Annick Smeyers précise que son fils, comme Alexis Robert, vivaient, eux, dans la maison voisine à celle qui a explosé, dans des appartements remis à neuf.

Presqu’onze ans après le drame, la prescription est proche

La maison de la rue Léopold a explosé en janvier 2010, faisant s’écrouler sa voisine. Ça fait donc plus de dix ans. La prescription s’approche dangereusement. "Nous serons dans les délais pour le jugement" explique Louisa Spadazzi, l’avocate de Benoît Robert et Annick Smeyers, parents d’Alexis Robert et Pierre Guilliams, tous les deux décédés. "Mais il y aura certainement un appel. Et là, nous serons rattrapés par la prescription".

Ça veut dire qu’au bout du compte, aucune peine ne devrait être appliquée. Une deuxième procédure, au civil, est déjà engagée. En quelque sorte un procès de rattrapage qui devrait permettre aux familles des victimes de réclamer quand même des dédommagements.

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