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Ex-aequo : Mickaël Mawem, cinquième aux JO de Tokyo en escalade : " Montrer aux racistes qu’on peut mieux s’insérer qu’eux dans une société où ils pensent qu’on n’a pas notre place "

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25 août 2021 à 12:00Temps de lecture4 min
Par Olivier Daelen

Ex Aequo ! Michael Mawem

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Seuls enfants noirs de leur école primaire. Seuls noirs à participer à des compétitions d’escalade en France, du moins à leurs débuts. Certes, Mickael et son frère Bassa ont été regardés de travers. Certes, ils ont essuyé des insultes racistes. Mais ils préfèrent "s’en foutre".

Issu d’une famille pauvre, Mickael estime avoir vécu une belle enfance. Sans chercher à comprendre ce qui le faisait s’écarter de la norme. Lui, ce qui l’intéressait, c’était de partir à la salle d’escalade avec son frangin. D’abord pour passer un bon moment. Ensuite pour gagner.

A deux, ils peuvent passer au-dessus des critiques et se concentrer sur ce qu’ils savent faire de mieux : grimper. Sur le mur d’escalade et dans les échelons sociaux. Jusqu’à arriver en finale olympique à Tokyo.

Un statut qui ne permet pourtant pas à Mickael d’échapper au délit de faciès : face à la police, par exemple. Mais qui l’aide très rapidement à attirer la sympathie de ceux qui le jugent trop vite. Une notoriété dont il se sert pour combattre le racisme ordinaire. Face auquel tout le monde n’est pas aussi hermétique.


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Vous avez terminé 5ème des JO, tandis que votre frère n’a pas pu disputer la finale à cause d’une blessure. Quel est votre sentiment au retour de Tokyo ?

Je suis content de ma performance. Franchement, on a réalisé quelque chose de bien. Bien sûr, il y a une petite pointe de déception du fait de ne pas avoir été chercher de médaille. Car quand on part en compétition, c’est toujours ce qu’on vise. Mais c’est impossible de revenir en arrière : je me suis donné à fond et je n’ai pas fait de grosses erreurs. C’est ce que je voulais.

Votre frère Bassa s’était lui aussi qualifié pour la finale, mais il n’a pas pu y participer à cause d’une blessure. Cela vous a déstabilisé ?

En effet, ça a été très difficile car on voulait vivre la compétition ensemble jusqu’au bout. Mais on ne peut rien y faire. En qualif’, on a quand même réalisé quelque chose de beau. Et c’est l’essentiel : on a montré que les frères Mawem sont capables de grandes choses. On est heureux et fiers. Sa blessure n’a pas affecté mon état d’esprit et mes performances… Par contre, elle a changé le résultat de la compétition !

Au-delà de votre résultat, que retenez-vous de cette expérience aux Jeux olympiques et de cette première apparition de l’escalade ?

Cela commençait à faire longtemps qu’on les attendait, vu leur report. On s’est entraînés pendant des années pour être à notre maximum le jour J. Au fond de nous, on souhaitait obtenir le meilleur résultat possible pour être mis en avant dans les médias. On n’a pas eu de médaille, mais ça a été quand même bien médiatisé. Même si j’estime que ça aurait quand même pu être mieux mis en avant sur les chaînes françaises. Après, il faut dire qu’on passait en même temps que le basket le handball… Quoi qu’il en soit, c’est déjà un gros pas en avant pour l’escalade.

C’est une forme de consécration pour votre sport ?

Tout à fait. C’est ce que tous les sports visent. Voir l’escalade aux JO, c’est magnifique. Ça a été une belle vitrine et ça a plu énormément. C’est un sport qui a sa place aux JO. On a été à Tokyo, on sera à Paris, et on espère que l’escalade sera encore là à Los Angeles.

Quelle est votre principale source de motivation quand vous grimpez ?

L’envie de réussir, d’être le meilleur. De faire plaisir à mes proches. Une compétition, c’est un examen. Quand on se prépare pendant longtemps, c’est pour le réussir. On a envie de montrer les fruits de tout le travail effectué en amont.

Qu’est-ce que vous aimez dans l’escalade ?

En réalité, ce n’est pas vraiment l’escalade qui me plaît. C’est surtout la compétition : se challenger, stresser, vibrer, vivre et gérer toutes ces émotions. Si on devait arrêter la compétition en escalade pour X raison, je pense qu’on changerait de sport pour pouvoir encore profiter de l’adrénaline de la compétition ailleurs. Et, bien sûr, pour continuer à faire un sport entre frères. 

Vous parlez presque tout le temps en " on ", en incluant votre frère. Il a été déterminant dans votre réussite en escalade.

Je n’aurais jamais fait d’escalade sans mon frère. Et je n’aurais jamais atteint ce niveau sans lui non plus. Notre moteur, c’est le fait d’être ensemble. Aussi bien à nos débuts qu’aujourd’hui. S’il décidé de s’arrêter (Bassa a 36 ans, Mickaël 31, ndlr), ce sera très difficile pour moi. Je devrai beaucoup réfléchir. L’escalade, c’est un projet commun. Mais on n’a pas le même profil. On ne s’entraîne pas de la même façon, on ne participe pas aux mêmes compétitions. Mon frère ne sera jamais un adversaire dans mon esprit, au contraire. On est les frères Mawem, pas Bassa ou Micka. On ne forme qu’un. Quand on gagne, on gagne à deux. Idem quand on perd. Sa présence me motive à continuer de m’entraîner sans relâche. Et inversement.

Pouvez-vous raconter un épisode où votre fraternité vous a particulièrement aidés ?

Le meilleur exemple, c’est l’ensemble de notre carrière. Il y a toujours plus de bas que de hauts, plus de défaites que de victoires. Pourtant, aujourd’hui on est toujours en équipe de France et au plus haut niveau international. Tout ça car on est ensemble et qu’on se soutient mutuellement.

Dans le reportage, vous racontez comment le racisme vous touche dans votre vie personnelle. Est-ce aussi le cas dans votre sport ?

Non, que du contraire. C’est d’ailleurs le message que je veux faire passer. Quand on fait du sport, on partage quelque chose et on apprend à connaître les autres. Ça fait tomber les préjugés très rapidement. Là où, au quotidien, on ne prend pas le temps de connaître la personne qu’on a en face de soi et on a tout de suite des préjugés sur elle. C’est là toute la force du sport.

Vous dites aussi que vous arrivez assez facilement à ne pas vous laisser atteindre par les insultes à caractère raciste. Quel conseil donneriez-vous à un jeune pour qu’il arrive à entrer dans ce même état d’esprit ?

Il faut s’entourer des personnes qui te poussent vers le haut, et laisser de côté celles qui te poussent vers le bas. Et tu dois te donner un challenge : leur montrer que tu es meilleur qu’eux. Pas seulement le dire et le penser, mais le montrer. Avoir un meilleur travail, une plus belle maison, un salaire plus élevé. Être plus heureux. Ainsi, on peut leur montrer que, bien qu’ils croient qu’on ne devrait pas être dans leur société ou dans leur pays, on arrive quand même à mieux s’y insérer.

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