Euro 2020 : "Si on voulait ensemencer l’Europe de ce variant Delta, on ne s’y prendrait pas autrement"

Les supporters anglais, agglutinés les uns sur les autres, célèbrent le but de Harry Kane contre l’Allemagne à l’Euro, le 29 juin 2021 à Wembley

© JUSTIN TALLIS

01 juil. 2021 à 20:26 - mise à jour 02 juil. 2021 à 08:29Temps de lecture4 min
Par M.-L. M. avec AFP

L’Euro de football entre dans sa dernière ligne droite, mais le tournoi n’en a pas fini avec la menace du Covid et pourrait même agir, selon des experts, comme propagateur en Europe du variant Delta avec ses matches à Londres et Saint-Pétersbourg.

"Si on veut ensemencer l’Europe de ce variant Delta, on ne s’y prendrait pas autrement", tonne l’épidémiologiste suisse Antoine Flahault. Il plaide pour une délocalisation des matches prévus au stade Krestovski de Saint-Pétersbourg ce vendredi soir et au mythique stade de Wembley pour les demi-finales (6 et 7 juillet) et la finale (11 juillet).

Ces deux villes se situent en effet en Russie et au Royaume-Uni, deux pays classés comme "à très hauts risques" à partir de ce 3 juillet par la Belgique car le variant y est très préoccupant.

© Our world in data

"C’est un non-sens total d’envoyer des supporters dans des endroits à très haut risque, alors qu’il n’aurait pas été très compliqué d’envisager de déplacer ces matches qui ont lieu dans des villes de pays à risque vers des villes de pays à moindre risque", explique l’épidémiologiste suisse à l’AFP.

"Aujourd’hui, Bucarest, Budapest et Copenhague ne sont pas du tout des endroits à risque", souligne le Pr Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève.

Chez nous aussi, les spécialistes mettent en garde. Même s’il est amateur de football, le virologue Emmanuel André partage les chiffres sur Twitter, montrant les effets de ces grands rassemblements sur les courbes. Comme lors du match joué en Russie le week-end dernier.

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Comme prévu selon le programme initial

Mais difficile de faire entendre la voix de ces professeurs à travers les cris des supporters de football. Contactée par l’AFP, l’UEFA, organisatrice de cet Euro, a indiqué que "les matches de l’Euro restant à disputer auront lieu comme prévu selon le programme initial".

Supporters écossais et finlandais contaminés

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pourtant tiré le signal d’alarme jeudi, en exhortant les villes-hôtes des derniers matches de l’Euro à assurer un meilleur suivi de la circulation des spectateurs, y compris avant leur arrivée et après leur départ du stade.

"Nous avons besoin de regarder bien au-delà des stades eux-mêmes", a souligné lors d’un point-presse Catherine Smallwood, une responsable de la branche européenne de l’OMS.


►►► Lire aussi : Coronavirus en Russie : les supporters belges ont-ils ramené le variant delta après le match Belgique-Finlande à Saint-Pétersbourg ?


Interrogé sur le risque que l’Euro ait joué ou joue le rôle de "supercontaminant", le directeur de l’OMS Europe Hans Kluge est resté vague : "J’espère que non, mais je ne peux pas l’exclure".

Depuis le coup d’envoi de l’Euro, le 11 juin, plusieurs centaines de cas ont été détectés, chez des joueurs, notamment slovaques passés par Saint-Pétersbourg, et des supporters, en particulier des Ecossais de retour de Londres, des Finlandais de retour de la deuxième ville de Russie ou des spectateurs dans le stade de Copenhague qui se sont avérés porteurs du variant Delta.

Au nom de l'argent, selon l’Allemagne

L’Allemagne a d’ailleurs pris officiellement position. Le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer a fustigé la décision de l’UEFA d’autoriser des matches en jauge pleine alors que se propage le variant Delta du COVID-19.

S’exprimant lors d’une conférence de presse, le ministre a déploré que l’UEFA paraisse ainsi privilégier des intérêts commerciaux qui ne sauraient, selon lui, prendre le pas sur les impératifs de santé public.

Horst Seehofer a jugé inévitable que des rencontres réunissant plus de 60.000 spectateurs contribuent à propager le variant Delta du COVID-19, une mutation extrêmement contagieuse identifiée en Inde.

Pas uniquement aux matches de football

L’UEFA concède à demi-mot que son Euro pourrait avoir un impact, mais écarte le risque d’une "nouvelle vague importante".

"Il ne peut être totalement exclu que les événements et rassemblements puissent déboucher localement sur une augmentation du nombre de cas, mais cela ne s’appliquerait pas uniquement aux matches de football, mais aussi à toutes les situations qui sont désormais permises dans le cadre de l’assouplissement des restrictions décidées par les autorités compétentes locales", estime pour l’AFP Daniel Koch, conseiller médical de l’UEFA.

Plus de 60.000 spectateurs à Wembley

Sauf que, justement, les autres secteurs rassemblant un nombre important de personnes se voient encore limités un peu partout en Europe. Chez nous par exemple, le secteur culturel et événementiel ne peut pas rassembler plus de 5000 personnes en extérieur avant le mois d’août. Et les personnes présentes doivent être munies du COVID Safe Ticket. 


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A Londres, lors des finales et demi-finales, le stade de Wembley pourra accueillir 75% de sa capacité totale (90.000 places). On serait donc à environ 67.500 spectateurs dans un stade situé dans une zone où le variant est très préoccupant.

Le vaccin comme réponse

"Les campagnes intensives de vaccination qui ont lieu à travers l’Europe et les contrôles des frontières aideront à ce qu’il n’y ait pas une nouvelle vague importante en Europe", répond l’UEFA via son conseiller médical, Daniel Koch.

Faut-il alors soutenir son équipe favorite à Saint-Pétersbourg ou Wembley ? "Mon conseil serait de ne pas y aller sans être vacciné", recommande l’épidémiologiste suisse Antoine Flahault.

Et d’éviter, plus que les stades, les bars, restaurants et transports en commun. "Les gens vaccinés prennent peu de risques. Il faut aussi savoir que les milieux clos, pas très bien ventilés, sont les plus à risque, il vaut mieux porter un masque et éviter ces lieux, y rester le moins longtemps possible, même quand on est vacciné".

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