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Belgique

Etienne Schouppe sur la SNCB: "L'émotion explique mais ne justifie pas"

Etienne Schouppe sur la SNCB: "L'émotion explique mais ne justifie pas"
26 oct. 2014 à 11:486 min
Par Adrien de Callataÿ

La SNCB a été à l'arrêt quelques heures, suscitant la colère des usagers se sentant pris en otages. "Il n'y a pas eu d'organisation des actions venant de l'état-major syndical", précise Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB. "Même les délégués au niveau de la SNCB ont été débordés par des réactions spontanées". Il pointe deux raisons: les incertitudes face aux économies annoncées ainsi que les inquiétudes des conducteurs par rapport aux mesures prévues relatives à la pension.

"À ce jour, je ne sais toujours pas quel est le chiffre d'économie réel qui devra être réalisé par la SNCB", avance Marie-Hélène Ska, la sécrétaire générale de la CSC. "Ce qui est certain, c'est que des économies de cette ampleur ne pourront se faire sans atteintes au personnel et à l'offre de service de la SNCB".

"Il aurait fallu rester dans le protocole d'accord"

Pour l'ex-ministre des Entreprises publiques Jean-Pascal Labille (PS), ces mouvements n'avaient pas lieu d'être: il existait en effet un protocole d'accord entre les parties en présence. "La SNCB est une entreprise à part", relève-t-il. Les cheminots affectionnent leur entreprise, "ils se sont sentis attaqués. Je ne les excuse pas, mais je pense qu'il aurait fallu rester dans le protocole d'accord".

"Le protocole d'accord a été réalisé pour gérer les conflits à l'intérieur de la SNCB", réagit Marc Goblet. La réaction des travailleurs était-elle liée à un problème interne de l'entreprise ? "Ce n'est pas le cas. Ca a été par rapport à une mauvaise communication sur les économies qui vont être réalisée et leur craintes par rapport à la remise en cause du statut des travailleurs".

Et maintenant ? Pour Jean-Pascal Labille, "il faut revenir le plus vite possible à la concertation sociale. Et que Madame Galant vienne expliquer comment elle va faire les deux milliards d'économies de la SNCB entre 2015 et 2019. C'est du plus haut comique, quand même!", s'exclame-t-il sur le plateau de Mise au point.

Jacqueline Galant a commis une erreur de communication

Pour Marie-Christine Marghem (MR), il s'agit d'une "agitation un peu organisée: nous devons maintenant tenter de trouver un chemin vers une concertation". La libérale explique que l'accord de gouvernement prévoit, pour la SNCB, que la concertation doit avoir lieu. "De toute façon, au niveau de la SNCB, les choses se sont mises en route. Et du côté de la ministre de tutelle, elle n'a pas menti. Elle a peut-être commis une erreur en présentant les chiffres au parlement", reconnaît l'invitée de Baudouin Rémy. "Et ça ne justifie pas qu'on casse tout avant de parler. On peut encore se parler dans ce pays", lance-t-elle.

"La confusion des chiffres vient du fait que les deux méthodes de calcul peuvent être correctes", précise Egbert Lachaert, député fédéral Open VLD. "Si on compte deux milliards, c'est le montant qui ne sera pas dépensé à la SNCB jusque 2019. 663 millions, c'est le chiffre qu'il faut épargner dans la dotation", expose-t-il.

"L'émotion explique beaucoup mais ne justifie pas"

L'ancien patron de la SNCB, Etienne Schouppe (CD&V) se dit "farouchement opposé" à ce qu'il s'est passé. "L'émotion explique peut-être beaucoup mais ne justifie pas. Une grève sauvage spontanée fait du tort à tout le monde: aux travailleurs qui ont besoin du rail, à l'image de la SNCB et aux syndicats qui n'ont pas leurs troupes en mains. Il faut éviter que cela se répète", martèle l'ancien sénateur qui rejoint les propos de Jean-Pascal Labille: "Une grève sauvage n'est pas démocratique du tout. Il faut suivre la concertation prévue dans le protocole".

Quand on entend le nombre de critiquées formulées par le PS à l'égard du gouvernement, la FGTB n'est-elle pas main dans la main avec le PS ? "Absolument pas !", réagit le secrétaire général de la FGTB. "Les réactions sont par rapport à un programme de gouvernement qui attaque comme ça n'a jamais été le cas les travailleurs et les allocataires sociaux. Quelle place laisse-t-on à la concertation ?", demande Marc Goblet. "On prend toutes les décisions avant la concertation ! Nous attendons que le gouvernement invite les interlocuteurs sociaux pour ouvrir une vraie concertation".

"C'est trop tôt !"

"C'est clair qu'ils agissent trop tôt", estime Egbert Lachaert. Même son de cloche pour Etienne Schouppe: "Ne commettons pas les mêmes erreurs que les syndicats ont fait: agir avant que le contenu de ce qu'on propose. C'est vrai que le gouvernement a établi un cadre budgétaire à l'intérieur duquel on doit agir". Et puis "demandons à la SNCB comment ils pensent atteindre cela, quelles types de mesures doivent être prises: parler maintenant des mesures, c'est prématuré".

Rien n'est fermé dans tout ce qui est inscrit dans l'accord de gouvernement, tout est ouvert à négociation, rappellent Marie-Christine Marghem et Egbert Lachaert. "La seule chose qui reste, c'est qu'il y a 11 milliards d'économies à faire d'ici à la fin de cette législature", affirme ce dernier. "Il y aura des mesures à prendre, elles seront difficiles pour tout le monde".

Inquiets par la volonté d'économies linéaires

"Ce qui nous inquiète, au-delà de la situation de la SNCB, c'est cette volonté d'avoir des économies linéaires, de ne pas insuffler un autre modèle de société", explique Marie-Hélène Ska. "On commence à appliquer en Belgique une recette dont on sait qu'elle n'a pas fonctionné ailleurs. Cela vaut pour l'ensemble des départements". "Je voudrais savoir pourquoi ce gouvernement est aussi autiste par rapport à la piste qui consiste à aller chercher des recettes nouvelles", se demande la secrétaire générale de la CSC.

Réaction de Marie-Christine Marghem: "Nos entreprises ne sont pas assez compétitives sur le marché, nous perdons des parts de marché. Nous avons des finances publiques à assainir. Nous avons le financement alternatif de la sécurité sociale qui explose. Nous avons un problème dans l'emploi public. Nous devons financer les pensions pour ne pas reporter la dette sur les générations futures. Nous devons faire des efforts. Je comprends l'inquiétude des gens. Mais si on ne fait pas ces efforts maintenant, on devra les faire plus tard et ce sera plus dur".

"Ce gouvernement est prêt à dialoguer"

La concertation commencera le plus tôt possible, assure-t-elle sur le plateau de Mise au point. "Certains ministres du gouvernement ont déjà commencé les concertations sociales dans les différents secteurs. Ca a commencé !", assure-t-elle. "Ce gouvernement est prêt à dialoguer, contrairement à ce que vous prétendez. Vous attaquez avant qu'il n'ouvre la bouche", lance-t-elle à l'attention des syndicats qui ne semblent pas trop y croire.

"Ce qui inquiète, c'est que la politique que vous avez choisi de mener ne marchera pas", assure Jean-Pascal Labille.

Une Wallonie qui manifeste, une Flandre qui veut des réformes ?

A-t-on un pays coupé en deux avec une Wallonie qui manifeste et une Flandre qui veut des réformes ? "Réforme ne veut pas dire affaiblissement du droit des gens. Il y a pire que le bruit qui est fait, c'est le silence des pantoufles", affirme Jean-Pascal Labille. "Nous souhaitons des réformes et des réformes claires", lance pour sa part Marie-Hélène Ska. "Après ce mauvais et faux départ, nous attendons de remettre la concertation sociale sur les rails d'aujourd'hui". 

Vu de Flandre, "ce qui dérange c'est le langage vis-à-vis du gouvernement. On a eu un vote démocratique en mai. Il faut accepter qu'une majorité prenne des décisions. Le langage pour l'instant, c'est vraiment d'inculper un parti francophone comme collaborateur. Ce n'est pas serein", juge Egbert Lachaert.   

Il y a beaucoup d'incompréhension en Flandre, estime pour sa part Etienne Schouppe. "En faisant trop facilement une grève, on affaiblit les entreprises dans la région et l'attractivité de la région. Et ça, nous ne comprenons pas. Au nord, nous sommes plus réalistes: la grève, c'est l'arme ultime quand on n'arrive pas à se mettre d'accord ou la négociation n'aboutit pas".    

RTBF

Baudouin Rémy avait invité ce dimanche :

  • Marie-Christine Marghem, MR – Ministre de l’Energie
  • Egbert Lachaert – Open VLD – député fédéral
  • Etienne Schouppe, CD&V – ex Sénateur et ex Patron de la SNCB
  • Marc Goblet – Secrétaire Général de la FGTB
  • Marie-Hélène Ska – secrétaire générale de la CSC
  • Jean-Pascal Labille – PS – ex ministre des entreprises publiques – Secrétaire général de Solidaris

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