Le mug

Et si pratiquer le 'No Bra' permettait de se libérer du contrôle exercé sur le corps des femmes ?

Quand le soutien-gorge reste au placard
18 oct. 2021 à 14:09Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première

Pour des questions de confort, de plus en plus de femmes deviennent adeptes du 'No Bra' (sans soutien-gorge). Pour Gala Avanzi, s’émanciper de son soutien-gorge est aussi un acte militant. C’est une arme pour dénoncer le sexisme ordinaire, la culture du viol et les injonctions à la beauté, souvent contradictoires, subies par les femmes. Mais aussi l’hypersexualisation de la poitrine, trop petite, trop grosse, trop décolletée, trop rembourrée, trop découverte, trop cachée, etc.

Et si pratiquer le No Bra permettait de se libérer du contrôle exercé sur le corps des femmes ? De défier ses complexes et de se réapproprier son corps en combattant l’idée reçue que des seins parfaits, ronds et rebondis existent ? Et si c’était bien plus que le simple fait de ne pas porter de soutien-gorge ?

À la lumière de sa propre expérience, d’études scientifiques et sociologiques et de l’histoire, Gala Avanzi donne des clés pour se défaire des diktats et retrouver sa liberté.
 


Gala Avanzi, 'No Bra, ce que ma poitrine dit de moi', chez Flammarion


 

Pourquoi cette partie de l’anatomie féminine - le sein, et le téton en particulier - a-t-elle été, de tout temps, utilisée, détournée, diabolisée ? Le téton est exactement le même chez les hommes que chez les femmes, alors pourquoi est-il tellement hypersexualisé chez les femmes ? interroge Gala Avanzi.

Dans l’art déjà, la représentation ou la non-représentation du sein a toujours été symbolique, à la fois mal vu et à la fois objet de nombreux fantasmes. La poitrine fait parler, en bien ou en mal. "Il serait temps que les femmes se la réapproprient et qu’on arrête d’en faire tout un plat."
 

'No Bra', une révolution ?

Le soutien-gorge, sous sa forme actuelle, apparaît au 16e siècle en Espagne. Puis il s’étend à toute l’Europe où il est considéré comme libérateur, par opposition au carcan du corset.

"Le problème n’est pas le soutien-gorge en tant que tel. Le problème, c’est qu’on l’impose aux femmes et qu’on les pointe du doigt quand elles décident de ne plus en porter. Le but de ce livre n’est absolument pas de dire aux femmes de ne plus porter de soutien-gorge, ce n’est pas de créer une nouvelle injonction, mais c’est de leur laisser le choix", explique Gala Avanzi.

Le mouvement No Bra a pris une autre dimension depuis le confinement. 18% de femmes de moins de 25 ans, 8% de femmes de tous âges, ont décidé de pratiquer le No Bra, contre 4% avant la pandémie.

Pour l’auteure, c’est une révolution, parce que beaucoup de femmes ont choisi de s’émanciper du soutien-gorge pour s’émanciper des injonctions et des diktats, pour reprendre le contrôle sur leur corps.
 

Une hypersexualisation relativement récente

Gala Avanzi ne comprend pas pourquoi la poitrine dérange autant. Sans doute parce qu’elle est hypersexualisée et que donc le simple fait de la deviner sous les vêtements peut sembler vulgaire.

La sexualisation des seins ne serait pourtant pas qu’inhérente au désir sexuel masculin et ne serait pas que le fruit de la domination masculine.

Pour Amy Bentley, professeur de nutrition et d’études de l’alimentation à New York, cette sexualisation date de l’après-Seconde Guerre mondiale, avec l’apparition des magazines du type Play Boy et des posters de pin-up.

L’arrivée des laits maternisés a également modifié la fonction de la poitrine : elle n’était plus seulement liée à l’acte de nourrir son enfant et a donc pu être associée au plaisir masculin.

"On réalise qu’en fait la poitrine n’appartient à aucun moment aux femmes. Marilyn Yalom dans son livre Le sein, une histoire, explique que le sein appartient soit au plaisir masculin, soit aux enfants, soit est associé à la maladie, au cancer. Dans mon essai, je veux redonner le contrôle de leur poitrine aux femmes."
 

Incidents médiatiques

Les clips, les films, la mode ont joué un rôle important dans la médiatisation du sein. Quelques exemples dans la pop culture.

On se souvient, dans les années 90, du corset conique de Madonna, qui paraissait agressif, voire phallique. En cassant les codes, elle a dérangé et suscité de nombreuses réactions négatives.

Dix ans plus tard, dans une chorégraphie, Justin Timberlake doit arracher le corset de Janet Jackson, mais par mégarde, il arrache aussi le soutien-gorge et dévoile son sein. Elle subira un véritable lynchage médiatique et devra présenter des excuses publiques. Justin Timberlake en revanche ne sera jamais été inquiété de quoi que ce soit.

Un peu plus tard, la journaliste Anne-Claire Coudray provoque un véritable nipple gate à la française, en ne portant pas de soutien-gorge lors de la présentation du JT. Elle suscite une vague de critiques sur les réseaux sociaux et doit finalement s’excuser, même si elle estime que ce n’était pas grave.

Le clip vidéo Blurred Lines de Robin Thicke a également soulevé de nombreuses critiques de la part des mouvements féministes. Les danseuses, dans la version non censurée, évoluaient seins nus. La chanson posait question au niveau du consentement, notamment à travers les paroles I know you want it.

"On a censuré la poitrine des femmes et pas le clip. Tandis que si des féministes veulent parodier ce clip et inverser les rôles, Youtube décide de censurer la vidéo", observe Gala Avanzi.

Pharrell Williams, coauteur du titre, a reconnu par la suite que la chanson était problématique et participait à la culture du viol.
 

Le rôle des réseaux sociaux est très important au niveau de la censure du sein, parfois de façon totalement incohérente. Le #No Bra est ainsi censuré sur Instagram. Il faut savoir aussi que ce n’est que depuis 2014 que Facebook et Instagram autorisent les images de mères allaitantes, rappelle Gala Avanzi.

"On remarque qu’on peut montrer le sein, le téton, mais sous conditions. Cela participe aussi à une injonction à la maternité. Vous pouvez montrer votre sein, uniquement si vous êtes une maman qui allaite."


Constats, révoltes et conseils à lire donc
dans 'No Bra, ce que ma poitrine dit de moi', paru chez Flammarion.

Et retrouvez Gala Avanzi sur Instagram : @gala.avz et @sorcieretamere
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