Essence E10: ces contre-vérités qui dérangent

Essence E10: ces contre-vérités qui dérangent

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05 avr. 2017 à 09:02 - mise à jour 05 avr. 2017 à 09:47Temps de lecture3 min
Par Jean-Christophe Willems

Depuis le début de cette année, l'essence Super 95 a cédé sa place à la 95 E10. Ce carburant contient dix pour cent de bioéthanol, fabriqué principalement à base de betteraves et de froment. Rien de révolutionnaire à cela, l'ancienne essence contenait déjà cinq pour cent d'éthanol. L'augmentation significative est due à une obligation décidée lors de la Cop21, la conférence de Paris sur le climat.

Le but est de diminuer significativement les rejets de gaz à effet de serre mais aussi d'augmenter la part d'énergies renouvelables dans le secteur des transports, pour atteindre les dix pour cent. Notons que la Belgique est loin d'être pionnière en la matière puisque la France à lancé l'E10 en 2009 déjà.

Rumeurs et mésinformation

Alors que le passage à l'E10 est prévu depuis longtemps, la transition en début d'année 2017 a été un peu chaotique. On a constaté une forte hausse des ventes de la Super 98. Bon nombre d'automobilistes ont eu peur d'utiliser une essence inadaptée à leur moteur.

Mais il est vrai que certains articles de presse se sont montrés alarmistes. L'E10 provoquerait une surconsommation, de l'oxydation, de l'encrassement du moteur et créerait même de la famine puisque les cultures de plantes destinées à fabriquer de l'éthanol prendraient le pas sur celles destinées à l'alimentation.

Un récent article de presse spécialisée avance que les motards seraient plus spécifiquement impactés, principalement parce que les réservoirs d'essence sont métalliques.

Peu de risques, mais des précautions à prendre

Comme le bioéthanol contenu dans l'essence vendue chez nous provient des bioraffineries belges, on peut immédiatement écarter l'argument de la famine. On n'a pas non plus dévasté les forêts pour planter des betteraves à la place !

Quant aux risques encourus par les moteurs ou les éléments métalliques, il reste faible mais bien réel. La corrosion ne peut s'effectuer qu'en présence d'humidité. Or l'éthanol est un composé qui capte plus facilement à l'eau que l'essence. Selon Hervé Jeanmart, professeur à l'Ecole polytechnique de l'Université Catholique Louvain, le danger peut venir des longues périodes de stagnation dans des réservoirs peu remplis. C'est le cas pour les hivernages des motos, mais aussi des tondeuses ou de tout autre machine à moteur.

Le contact de l'air humide avec l'éthanol pourrait provoquer de la corrosion (quoique l'intérieur des réservoirs est rarement composé de métal) ou décoller des impuretés. Le conseil à suivre est donc de remplir le réservoir à fond lors du dernier plein avant la remise au garage, voire de réaliser ce dernier plein avec de la Super 98, qui ne contient pas d'éthanol.

Comme le bioéthanol possède moins de pouvoir énergétique que l'essence, il faut donc plus de carburant pour obtenir un même rendement. Ce qui induit donc qu'à utilisation similaire, un véhicule avec de l'E10 consommera de fait un peu plus qu'avec la 95. Est-ce suffisant pour se tourner vers la Super 98 ? Non, car cette surconsommation n'est que de un à deux ou maximum trois pour cent, même pas équivalent à des pneus mal gonflés. La différence de prix est telle que malgré cette très faible surconsommation, jamais le passage à la Super 98 ne sera rentable.

Des moteurs non compatibles ?

Comme lors du passage à l'essence sans plomb il y a trente ans, celui vers l'E10 n'est pas sans conséquence pour certains usagers. Car la compatibilité des moteurs n'est pas garantie pour tous les véhicules. Normalement, ceux qui ont été construits après l'an 2000 acceptent sans problème l'E10. Mais les plus anciens devront obligatoirement passer à la Super 98.

En cas de doute, la Fédération Belge de l'Automobile et du Cycle, la Febiac, propose sur son site internet un outil permettant de vérifier la compatibilité. Il suffit d'introduire la marque et le type de véhicule et la réponse s'affiche immédiatement. Notons que pour un même modèle, il peut y avoir des restrictions en fonction du type de moteur ou d'un éventuel restylage. Mais tout est clairement expliqué.

En Allemagne et en France, deux pays où l'on utilise l'E10 depuis plusieurs années, aucun cas de problème majeur dû au carburant n'a jamais été signalé. Cela devrait rassurer les quelques réfractaires. De toutes façons, il est inconcevable de faire machine arrière. Au contraire, il n'est pas impossible que la proportion de bioéthanol dans l'essence augmente encore à l'avenir. Au Brésil, la plupart des véhicules utilisent l'E85, un carburant contenant jusqu'à 85% de bioéthanol. Mais il est vrai que les moteurs ont été adaptés en conséquence ...

Vérifiez si votre véhicule est compatible avec l'E10 sur le site de la Febiac.

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