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Belgique

Erika Vlieghe, infectiologue à l'UAntwerpen : "c'est la merde mais on va s'en sortir"

Erika Vlieghe, infectiologue à l'UAntwerpen : "c'est la merde mais on va s'en sortir"
31 oct. 2020 à 12:322 min
Par Bertand Henne

Erika Vlieghe, infectiologue à l’université d’Anvers, ex-présidente du Gees, le groupe d’experts qui a préparé le déconfinement était l’invitée du grand oral RTBF/Le Soir. Face à Bertrand Henne (RTBF), Béatrice Delvaux (Le Soir) et Jean Pierre Jacqmin (RTBF) elle a réagi au confinement plus strict décidé ce vendredi dans notre pays.

Est-ce vraiment les mesures de la dernière chance ?

"Oui c’est la dernière chance. C’est comme un grand bateau qui s’approche d’un Iceberg. Depuis des semaines ont dit qu’il faut virer de bord. Maintenant on a enfin tourné le gouvernail. On est très tard. Mais mieux vaut tard que jamais. Bien sûr ce confinement est plus léger qu’au mois de mars. Mais ces différences peuvent se justifier. Par exemple il est important de garder les aires de jeux ouvertes. Il n’y a pas de limitation sur les déplacements car c’est très difficile à contrôler".

Pourquoi un tel retard ? Les politiques ont-ils manqué de vision ?

"Ce n’est pas le moment de perdre l’énergie pour se disputer. Nous sommes dans une crise nationale. Mais une des grandes raisons c’est que nous médecins nous essayons toujours de prévoir, d’anticiper. La politique fonctionne de manière différente. Ils ont du mal à anticiper. Il y a encore un mois, un ministre me demandait de quoi je parlais quand j’avertissais du danger de saturation des soins intensifs. Beaucoup de politiciens ne croient pas en la prévention. C’est un peu chacun pour soi. Chacun défend sa cause. C’est là que nous avons besoin de visionnaires et donc on en manque. Je pense que Frank Vandenbroucke est visionnaire. Dans une épidémie il faut constamment anticiper et prévoir. Beaucoup ont pointé aussi l’architecture du pays. Oui il manque une unité de commandement. C’est clair que le fonctionnement de notre pays n’a pas aidé".

Y a-t-il des raisons d’espérer ? Quelles perspectives avons-nous ?

"Pour être honnête, je pense que la vie sociale au ralenti risque de durer tout l’hiver. Le plus grand risque ce sera en janvier et février. On en aura marre, or c’est la période traditionnelle d’épidémie de grippe

En attendant, Il faut prendre soin les uns des autres. Faire de chaque jour un bon jour. En tant que scientifique je garde confiance dans la recherche biotechnologique. Le vaccin va nous aider à faire baisser le taux d’infection. On découvrira peut-être des nouvelles molécules efficaces pour diminuer la mortalité. Enfin, une partie d’entre nous aura peut-être acquis une immunité partielle, même s’il est très difficile de compter là-dessus. C’est une crise, c’est la merde, mais c’est aussi une opportunité. On est belges mais on va s’en sortir. Un jour ce sera fini".

 

Comment éviter une troisième vague ?

"Le déconfinement a été trop rapide. C’est la grande leçon de cet été. Il faut aussi améliorer la communication auprès de tous les groupes cibles. Enfin il faut revoir les lignes de défenses testing, tracing et isolement. Le tracing particulièrement n’a pas été assez loin. Il faut investir beaucoup plus dans les enquêtes et la recherche de clusters".

Vivre avec le virus c’est vraiment possible ?

"Vivre avec le virus ça n’a pas été un succès chez nous. Ça a donné faussement l’impression qu’on pouvait le laisser circuler chez les jeunes. C’est ce que disait le professeur Jean Luc Gala (UCL). Pour nous c’est clair que ça ne pouvait pas marcher car la société n’est pas compartimentée. Désormais nous devrons aller beaucoup plus bas que les chiffres atteints cet été (80 cas par jour). Ce deuxième déconfinement devra donc être beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus strict."

Le Grand Oral d'Erika Vlieghe

Virologue à l'UAntwerpen

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