Erik Comas, le pilote qui a vu mourir Senna... qui lui avait sauvé la vie

Gaëtan Vigneron vous livre les anecdotes de ses carnets.

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29 avr. 2020 à 10:00Temps de lecture2 min
Par Gaëtan Vigneron

Cette semaine, cela fera 26 ans (vendredi premier mai) qu’Ayrton Senna nous a quittés.

Je vous propose une étonnante histoire mêlant le pilote brésilien et son collègue français Erik Comas, qui a couru pour les écuries Ligier et Larrousse dans les années 90.

La première partie de notre histoire se passe en 1992 à Spa Francorchamps. Je ne suis pas encore le commentateur des GP de F1 sur la RTBF mais néanmoins présent à ce Grand-Prix de Belgique pour assurer les interviews des pilotes.

Lors des essais, la Ligier de Comas sort violemment de la piste à Blanchimont, tapant le rail avant de revenir s'immobiliser sur la trajectoire. Le pilote est inconscient avec le pied toujours à fond sur la pédale d'accélérateur. 

La Mc Laren de Senna arrive, évite les débris jonchant le sol et s'arrête un peu plus loin. Sans réfléchir le brésilien bondit hors de sa voiture et se précipite vers la monoplace du français, alors que d'autres bolides arrivent encore.

Senna actionne le coupe-circuit, de l'essence coule dans l'habitacle et il soutient la tête du malheureux Comas, selon certains gestes appris auprès de son ami le Professeur Watkins, le responsable de la sécurité en F1.

Erik Comas dira plus tard que Senna lui a sans doute sauvé la vie.

La seconde partie de notre histoire nous ramène en 2010 à Abu Dhabi où lors d'un déjeuner avec quelques confrères, Comas nous raconte ce qu'il s'est passé en 1994, lors de ce tragique week-end d'Imola.

Il nous dit qu'il a mis des années avant de pouvoir en parler.

Ce fameux premier mai à Saint-Marin, il se trouve à côté de Senna lors du traditionnel briefing des pilotes le dimanche matin. L'atmosphère est terriblement pesante, après le décès du pilote autrichien Roland Ratzenberger la veille.

Senna est marqué, troublé et demande à Comas d'être son relais auprès de tous ses collègues pour faire bloc. Il y a urgence. Il faut faire quelque chose au niveau de la sécurité sur les Grand-Prix.

L'après-midi, au départ, nouvel accrochage entre les voitures de Lamy et Lehto. Des débris qui volent partout, blessent des spectateurs.

La F1 de Comas est endommagée également. Retour au stand pour essayer de réparer. Nouveau départ et c'est le crash de Senna. Drapeau rouge mais Comas qui était en bout de pitlane est autorisé, dans la confusion générale, à reprendre la piste.

Il arrive donc sur les lieux du drame. Il sort de sa voiture et découvre l'ampleur de la catastrophe. Il voit Senna étendu sur le sol, son casque... Il est le seul pilote présent sur les lieux, le dernier à voir Magic.

Avec beaucoup d'émotion, les yeux embués, il nous racontera qu'il a vu mourir celui qui lui a sauvé la vie.

Comas sera ramené vers les stands en voiture officielle. Rapide passage par son box puis le français quitte le circuit, refusant de poursuivre ce Grand-Prix cauchemardesque. Cela lui sera d'ailleurs reproché. Peu importe, il fonce à l'aéroport, dans un état second. C'est là qu'il apprendra officiellement ce qu'il savait déjà. Ayrton Senna nous a quittés.

Vous avouerez qu'il y a quelque chose à la fois de troublant et d'émouvant dans cette histoire mêlant à deux reprises, dans des circonstances dramatiques, les deux mêmes pilotes, à deux ans d'intervalle.

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