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Eriger le Bitcoin en monnaie officielle pour économiser dans le transfert de fonds : une bonne stratégie ?

Eriger le Bitcoin en monnaie officielle pour économiser dans le transfert de fonds : une bonne stratégie ?
07 sept. 2021 à 15:573 min
Par X.L.

Le Salvador est depuis ce matin le premier pays du monde à considérer le bitcoin comme monnaie officielle, aux côtés du dollar américain (seule monnaie officielle depuis l’effondrement du "colon" salvadorien en 2001). Une décision du très populaire président, Nayib Bukele… mais déjà très contestée par sa population : plus des deux-tiers des 6,5 millions de Salvadoriens s’opposent pour la première fois à cette décision et disent selon deux sondages distincts vouloir continuer à utiliser exclusivement le dollar américain, la monnaie légale du Salvador depuis 20 ans.

Des économistes, mais également la Banque Mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque interaméricaine de développement (BID) ont exprimé leur scepticisme. La population aussi, dit la presse internationale. Mais il y a contestation de ce point, seules quelques centaines de personnes ayant manifesté publiquement leur désapprobation.

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Alors, pourquoi le président s’entête-t-il ?

Pour le comprendre, il faut envisager l’importance des transferts d’argent de personne à personne vers le Salvador. Selon le gouvernement, ces transferts de fonds auraient représenté 5,9 milliards de dollars en 2020, soit 22% du produit international brut. Cela veut donc dire que près d’un quart des richesses du Salvador sont simplement envoyées par les expatriés.

Le hic, c’est que ces transferts ne sont pas gratuits : selon un rapport de l’ONU de 2019, "en moyenne, à l’échelle mondiale, les conversions de devises et les frais s’élèvent à 7% des montants totaux envoyés".

Pour le gouvernement, la cryptomonnaie permettrait aux Salvadoriens d’économiser ainsi 400 millions de dollars de frais bancaires lors des envois d’argent par la diaspora, notamment installée aux Etats-Unis.

400 millions, c’est effectivement environ 7% des 5,9 milliards envoyés, mais selon plusieurs économistes, c’est faire fi des risques et des coûts liés aux cryptomonnaies. Qui présentent cependant certains avantages aussi :

L’achat des "pièces": c’est une première source de frais. Plusieurs applications permettent l’achat de cryptomonnaies. Certaines sociétés proposent des sécurités solides mais présentent alors des frais de transaction plus élevés. Certains sites se sont toutefois spécialisés dans le transfert d’argent par le biais des cryptomonnaies, et proposent des tarifs assez bas.

L’obtention d’un "portefeuille" numérique : c’est là que le bât blesse au Salvador. Pour "recevoir" cet argent numérique, le destinataire doit souscrire à un portefeuille numérique. C’est dans ce but que le gouvernement a lancé "Chivo" ("Super", en langage familier), avec une promesse de 30 dollars offerts au téléchargement. Mais la méconnaissance ou la méfiance envers les outils numériques y restent importantes.

L’envoi : C’est l’étape qui est la plus facilitée par les cryptomonnaies, les frais sont réduits au minimum, et le délai est quasi immédiat. Les envois peuvent se faire n’importe quand, à n’importe quelle heure, sans contrainte de déplacement. Et surtout, ils peuvent être envoyés d’endroits "compliqués". Seul hic : contrairement aux transactions bancaires, les transactions en cryptomonnaies sont irréversibles. La moindre erreur dans l’adresse ou le montant est donc fatale.

La conversion des bitcoins reçus : C’est tout le danger des cryptomonnaies : on sait ce qu’on reçoit, mais on n’est pas sûrs de ce qu’on va pouvoir dépenser ensuite, étant donné le caractère volatile des cours des cryptomonnaies. La surprise peut être bonne ou mauvaise : on peut finalement disposer de plus ou moins de dollars que prévus à la réception selon l’évolution des cours. Nayib Bukele a cependant annoncé que son pays ouvrirait 200 guichets automatiques et 50 kiosques Bitcoin où échanger facilement la monnaie virtuelle en billets utilisables dans le pays.

Risque de blanchiment : Au-delà des réticences de la population se pose la question du blanchiment d’argent, facilité par l’utilisation de ces cryptomonnaies. Et là, l’inquiétude est plutôt du côté de la communauté internationale…

Ce qui fait dire au Financial Times que l’expérience salvadorienne représente "un laboratoire des cryptomonnaies”.

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