Grandeur nature

Entre forêts cathédrales, coteaux pétillants, bocage et jardins

© Mathieu Farcy / Agence Aisne Tourisme

14 oct. 2022 à 12:30Temps de lecture5 min
Par Dominique Wauthy

L’Aisne, du nord au sud du département, contraste entre bois et plaines, entre bocage et grandes cultures, entre plateaux et collines, entre craie et calcaire… Grandeur Nature s’y aventure.

Chimay derrière nous, la traversée de la forêt de Saint-Michel nous mène vers Vervins. Nous sommes dans les Hauts-De-France au nord de l’Aisne, à une heure de route de la Belgique ; le fameux maroilles donne son identité gastronomique au terroir local. Grandeur Nature plonge ainsi en Thiérache, à Parfondeval exactement. Comme sorti d’un conte, ce village labellisé " Plus beau villages de France " nous force à l’arrêt en terre picarde.

" La Thiérache est riche en bosquets et vergers. Pour l’heure cèpes, girolles et morilles font le bonheur des cueilleurs de champignons ", explique Olivier au nom d’une communauté de 30 villages comptant 7000 habitants au total. De nombreuses petites parcelles sur terrain vallonné, des haies et de multiples vergers de pommiers font penser au bocage normand. D’imposantes maisons en briques rouges et aux toits en ardoises grises révèlent l’activité agricole soutenue ; ici on se chauffe au bois, on produit du vin de fruits et du cidre au fil des saisons qui façonnent ce tapis de verdure et de cultures.

" Le village possède toujours un ancien moulin de l’époque de Louis XIV. Sa roue à aube fonctionnait encore dans les années 60 grâce à un bief jouxtant un petit ruisseau ". Non loin, le lavoir couvert du village servait aussi d’abreuvoir : " Les bonnes des riches côtoyaient là les fermières… Et ici comme dans les villages voisins, tout le monde se retrouvait dans l’église fortifiée lors des passages de troupes. ", termine notre interlocuteur. Petit tour enfin chez Lucien. Dans sa grange de 1760, il collectionne les outils d’antan. Ceux des générations d’hommes et de femmes qui ont façonné ce village aujourd’hui apprécié des gens de passage pour son authenticité dans un environnement intact.

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Première hêtraie de France

En route pour le sud de l’Aisne, vers le Soissonnais Valois et Villers-Cotterêts plus précisément. Nous laissons Laon et sa cathédrale sur le côté pour en visiter une autre. La forêt cathédrale du pays de Retz était le terrain de jeu de célébrités. François 1er et Alexandre Dumas ont notamment arpenté ses 13.000 ha boisés et percés par allées et des cheminements. L’endroit délimite le partage des eaux de trois bassins-versants.

" De petits cours d’eau saignent la forêt et forment comme une chevelure. On les appelle des pleurs ", nous montre Romain. Dès le XIIe siècle, un système enterré d’adduction d’eau en poterie a ainsi été construit pour alimenter Villers-Cotterêts. Une centaine d’ha sont classés en zone Natura 2000, outre le gibier, le pic épeiche et l’autour des palombes s’observent ici notamment : " Le grand rhinolophe est aussi protégé ". Cette chauve-souris, reconnaissable à son museau en fer à cheval et à son sonar à 80 kHz, chasse de nuit dans les prairies avoisinantes. Du hêtre peuple la majorité de cette forêt pas très éloignée de celle de Compiègne ; le sol irrigué et les zones humides du massif font le bonheur de la salamandre tachetée, symbole de François 1er. " C’est la première hêtraie de France avec des arbres qui culminent à plus de 40 mètres de haut. " Le chêne sessile et le frêne complètent la palette ponctuée de quelques résineux.

La superbe Forêt de Retz
La superbe Forêt de Retz © Sylvain Prémont / Agence Aisne Tourisme

Vignes à haute valeur environnementale

Nous quittons l’imposant massif forestier giboyeux ou le cerf vient de terminer son brame pour filer tout au sud de l’Aisne vers la Marne et Château-Thierry. Sur la rive droite du fleuve, Eugène Dehan créa en 1887 son domaine viticole sur le village historique de Barsy-Sur-Marne. Historique, car dès le XIIIe siècle, Thibaud IV, comte de Champagne, cultivait ses vignes sur ces coteaux escarpés pour élaborer des vins tranquilles de qualité. " Cette année ce sera un grand millésime", certifie Eric, représentant la 4e génération aujourd’hui à la tête de l’entreprise familiale. "La vigne a besoin de souffrir pour apporter le meilleur d’elle-même."

Le champagne, c’est une géologie, un process, un climat, un territoire, une région… " Cela n’a rien d’administratif ", ajoute le vigneron de la région viticole française la plus proche de notre pays. Ce goût du terroir on le retrouve partout dans la vallée, comme dans les parcelles de la famille Gerbaux et la maison du même nom à Chézy-Sur-Marne. " Nous cultivons sous le label haute valeur environnementale. Le défi est de garder la qualité de notre champagne. Nous désherbons de manière mécanique, le contrôle des mauvaises herbes reste difficile car il demande beaucoup d’interventions sur cette terre argilo-calcaire que nous enrichissons avec des engrais organiques. Nous protégeons aussi nos pieds de vigne par la diffusion de phéromones pour repousser les cicadelles… L’entièreté de la production est rigoureusement contrôlée par différents organismes, nous décrit Elizabeth. La taille moyenne des exploitations est de 3 ha ; avec 1,5 ha, on peut déjà en vivre. "

Succession de jardins

Les mauvaises herbes ont peu d’espace pour se développer dans les jardins de Viels-Maisons. Dans un parc du XVIIe siècle, sur 4 ha et parmi des arbres classés, Bertrande a recréé des espaces verts magnifiant la nature au pied d’une église romane. " Il y avait notamment un jardin de curé à la base dans ces parterres à la française aux trente-deux rectangles symétriques. J’ai notamment recréé le jardin des 4 saisons en dessinant ces quatre massifs en forme de pétales où on ne retrouve que des plantes vivaces ", résume notre accueillante hôtesse. Elle ne s’est pas contentée de cela : jardin anglais, sauvage, romantique, d’ombre… se mêlent et se confondent en autant de surprises dans le relief que dans les perspectives. Bertrande utilise les couleurs des fleurs et des feuillages pour relier toutes ces ambiances mêlant les pourpres au vert, les troncs aux cimes. Elle joue de l’alchimie des alchémilles, fait grimper des rosiers lianes sur des hôtes porteurs de fruits d’automne, imagine un bosquet d’ifs pour en faire un terrain de jeu pour la ronde des fées. " Pour mes petits-enfants, j’ai aussi planté 23 arbres après la tempête de décembre 1999. Des sujets porteurs de baies et fruits pour mes petites-filles, et de beaux feuillages pour les garçons. C’est agréable de vieillir quand on a autant de petits-enfants ".

Comme sa propriétaire et initiatrice, le jardin de Viels-Maisons vous attend pour partager ses atmosphères non loin de la D933, entre la Ferté-sous-Jouarre et Montmirail, à 15 km au sud de Château-Thierry.

Retour vers le nord et une montagne couronnée. Laon la millénaire et son camaïeu de pierres grises entouré de verdure est un passage obligé au centre de l’Aisne. La majestueuse gothique cathédrale Notre-Dame aux tours ajourées invite à la visite. Comme la géologie particulière des lieux. Sous la cité médiévale de Laon, et sous la conduite de Philippe, ses circuits souterrains fortifiés nous plongent 40 millions d’années en arrière, quand des eaux tropicales occupaient la place. De nombreux fossiles en témoignent, des dents de requins aussi. Un silo gallo-romain creusé dans la roche calcaire explique aussi comment les premiers occupants ont utilisé la géologie du lieu pour notamment parsemer la ville fortifiée de fontaines et d’abreuvoirs. La pierre calcaire et le sable composant le sous-sol du haut de la cité reposent quelques dizaines de mètres plus profond sur une importante couche d’argile. Si les premières strates poreuses laissent progressivement l’eau de pluie s’infiltrer et s’écouler vers la plaine, l’épaisse couche argileuse l’oblige à sortir en filets d’eau au pied des remparts. " Depuis six siècles au moins, ces sources ont été canalisées essentiellement pour abreuver les chevaux et le bétail ", explique Hervé, greeter passionné. Les drains maçonnés alimentant fontaines urbaines et abreuvoirs des flancs de collines réclament un entretien régulier. Cet été, les gargouillis des sources ne se sont pas taris. L’eau qui en sort aujourd’hui serait celle tombée du ciel il y a dix ans au moins.

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