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Entre censures, menaces, arrestations et tueries des journalistes, la liberté de la presse en péril en RDC

Image d’illustration.
03 mai 2022 à 11:32 - mise à jour 03 mai 2022 à 15:193 min
Par Glody Murhabazi

Être journaliste en République démocratique du Congo (RDC) n’est parfois pas une partie de plaisir. Alors que garanti par les textes légaux, la liberté de la presse est en péril dans ce pays où l’on assiste à des censures, menaces, arrestations et même tueries des journalistes dans certains coins.

"75 cas d’atteintes à la liberté de la presse depuis le 2 novembre 2021, c’est déjà trop !", fustige Tuver Wundi, point focal de l’organisation Journaliste en Danger (JED) dans une interview accordée à la RTBF ce mardi 3 mai. "Où allons-nous avec cette face de harcèlement dont sont victimes les journalistes ?", s’interroge-t-il.

Dans son rapport publié à cette occasion, JED fait mention de ces 75 cas sus-évoqués affirmant que depuis novembre dernier, 19 journalistes ont été arrêtés et 11 médias fermés par les services de sécurité. Une situation qualifiée de "frustrante", dans un pays démocratique.

"Les journalistes et les médias congolais restent exposés aux diverses pressions et censures, aux arrestations arbitraires et aux menaces directes et indirectes", s’insurge JED.

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L’est du pays, ou la zone rouge

"La couleur est rouge, le tableau est très sombre", a poursuivi Tuver Wundi, parlant des provinces touchées par les violences armées, à savoir le Nord-Kivu et l’Ituri. Ces deux provinces de l’Est de la RDC ont été placées sous état de siège depuis pratiquement un an et la situation s’est empirée, d’après le constat de JED qui déplore le meurtre de 6 journalistes durant cette période dans les deux provinces.

La seule province du Nord-Kivu, 3 journalistes ont été tués en 2021 dont Barthélémy Changamuka, assassiné le 9 mai 2021, Héritier Magayane, tué le 8 août et Joël Mumbere tué le 14 août dans une attaque de son domicile, au cours de laquelle son épouse a été grièvement blessée, rapporte JED.

La couleur est rouge, le tableau est très sombre

Au-delà de ces faits, la persistance de l’impunité est celle qui fait le plus mal aux proches des victimes. Pour JED, "ces assassinats et beaucoup d’autres qui ont précédé, sont aujourd’hui le symbole de l’impunité des crimes commis contre les journalistes".

L’organisation regrette que "les enquêtes annoncées au lendemain de ces assassinats et meurtres en vue d’identifier les auteurs et/ou commanditaires, ainsi que les mobiles de ces crimes n’ont jamais été diligentées".

Des arrestations sans procès

À ce jour, six journalistes sont en détention dans l’ouest du pays dont trois dans la prison de Bumba, en province de Mongala et trois autres à Mbandaka, dans la province de l’Équateur et cela sans procès. Trois médias audiovisuels sont aussi fermés dans le centre-sud de la RDC, ce qui pousse JED à hausser le ton et à exiger la libération de ces professionnels des médias et la réouverture de ces derniers.

La plupart de ces journalistes sont accusés d’avoir diffusé des "déclarations injurieuses" envers le vice-Premier ministre Congolais chargé de la fonction publique, Jean-Pierre Lihau.

Cette flambée des attaques contre les médias et les journalistes intervient pourtant 4 mois après la tenue des états généraux de la communication et des médias, organisés par le gouvernement Congolais à Kinshasa. Des promesses faites dans ces assises par le président Félix Tshisekedi restent lettres mortes.

"Le président s’était engagé dans son discours de clôture, à accompagner la dépénalisation des délits de presse et à garantir l’indépendance des médias", rappelle Journaliste en Danger.

Entre-temps, les quatre-vingts recommandations faites dans les états généraux de Kinshasa, aucune n’a été exécutée après quatre mois.

Pour rappel, le dernier rapport sur la liberté de la presse en RDC date du 2 novembre dernier dans lequel JED avait répertorié 116 cas d’atteintes pour la seule année de 2021. Dans sa cartographie, Reporter Sans Frontières (RSF) place la RDC à la 149e position sur 180 nations. La situation de la liberté de la presse est "difficile" au pays de Lumumba.

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