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Entre 1849 et 1885, Jean Klinkenberg condamné trois fois par la Cour d'Assises de Liège

Première condamnation de Jean Klinkenberg par les Assises de Liège
02 oct. 2020 à 06:54 - mise à jour 02 oct. 2020 à 06:54Temps de lecture3 min
Par François Braibant

Jean Klinkenberg est né en 1822. Il est néerlandais d'origine, né à Eysden. C'est un personnage peu recommandable, voleur et violent. Entre 1849 et 1885, il passe trois fois devant la Cour d'Assises de Liège. Une histoire pas banale qui était enfouie dans les archives de la Cour d'Assises. 

D'abord des vols

En 1849, il travaille pour un marchand de draps. Et il a la "bonne" idée de voler son patron. Le premier crime de Jean Klinkenberg est donc un vol "mais quand même avec une fausse clé" raconte l'historien Bernard Wilkin qui a exhumé son histoire. "Et ça lui vaut la Cour d'Assises. Il est condamné à deux ans de prison, ce qui est normal pour l'époque. 

La deuxième fois, les faits sont beaucoup plus graves. Ce sont une dizaine de vols avec escalade, effraction et violences, ce qui lui vaut une peine de quinze ans de prison. C'est beaucoup plus sévère, mais Jean Klinkenberg est déjà un récidiviste et le jury populaire en tient toujours compte. 

Une vieille dame rouée de coups

La troisième fois, il vient à peine de sortir de prison, ça fait à peine neuf mois, lorsqu'il commet un vol accompagné d'une tentative de meurtre ! Ca se passe dans un estaminet. Il commande deux verres d'eau-de-vie à une vieille dame. La tenancière se retourne pour le servir. Il se précipite derrière le comptoir muni d'une barre de fer. Il la roue de coups, y compris à la tête. Il vole la recette, mais la dame est encore en vie. Il veut l'achever, mais il est effrayé par les cris qu'elle pousse.

Malheureusement pour lui, la vieille dame a eu le temps de le reconnaître. Ce n'était pas la première fois qu'il venait dans cet estaminet. "Il sera arrêté sans difficultés. Et comme c'est la troisième fois qu'il passe devant les Assises, le jury populaire ne va pas le rater. Il est condamné à la prison à vie."

Il y a encore des récidivistes aux Assises

Des récidivistes qui passent plusieurs fois en Cour d'Assises, ça existe encore. S'ils ne font que voler, ce sont d'autres tribunaux qui s'occupent d'eux. "Un vol qualifié, un vol à l'aide de fausses clés, d'effraction reste un crime pour la loi" précise Marianne Lejeune, avocat général émérite et 110 Cours d'Assises au compteur. "Mais la jurisprudence, à l'heure actuelle, fait qu'on correctionnalise et qu'on n'envoie plus aux Assises. 

Cependant, si vous avez des vols qualifiés à côté d'homicides volontaires, de viols avec circonstance de mort, d'incendie avec circonstance de mort, ces vols seront poursuivis par la Cour d'Assises, comme les délits connexes aux crimes ! C'est la raison pour laquelle certains condamnés le sont pour de très nombreuses préventions parmi lesquelles le vol !"

A l'heure actuelle, le vol accompagné d'une tentative de meurtre amènerait encore Jean Klinkenberg devant la Cour d'Assises.

Une société très violente

Les archives de la Cour d'Assises de Liège ont été déposées aux Archives de l'Etat, à Cointe. Bernard Wilkin est occupé à les dépouiller : "la société du passé est excessivement violente. Je suis en train d'écrire un dictionnaire à partir de ces archives. Je n'ai pas encore terminé mon travail, mais j'estime à plus ou moins un millier le nombre d'homicides commis sur une période de deux cents ans.

Notre perception du crime évolue avec les mentalités. Prenons par exemple le vol. Il y a deux cents ans, c'était très mal perçu puisque le jury était composé de bourgeois, des gens qui avaient le droit de vote et des avoirs. Ces gens regardaient le vol comme quelque chose de particulièrement répréhensible. Aujourd'hui, on imagine mal faire passer en Assises quelqu'un qui n'aurait commis qu'un vol.

Des peines moins sévères

Contrairement à la perception populaire, beaucoup d'homicides étaient légèrement punis. Si on prend comme exemple tout ce qui est bagarres qui tournent mal, meurtres sous influence de l'alcool ou de la passion, au dix-neuvième siècle, ces crimes-là sont souvent punis d'un an de prison, cinq ans au maximum.

Il n'y a que les crimes particulièrement crapuleux qui vont attirer des peines plus lourdes, vingt ans de prison ou la flétrissure qui est une marque au fer rouge apposée sur l'épaule du condamné."

Le quotidien de nos ancêtres

Bernard Wilkin explique que lire ces archives de procès permet d'approcher au plus près la vie de nos ancêtres, de savoir par exemple que ce qu'ils mangeaient étaient rarement de bonne qualité. Une famille pouvait se nourrir exclusivement de pain ou de gras de lard. Le lait tourné était "amélioré" et vendu comme frais, ce qui occasionnait des empoisonnements alimentaires.

Les Cours d'Assises, dans le passé étaient aussi de véritables spectacles qui attiraient des milliers de personnes au Palais de Justice et sur la Place Saint-Lambert "et parfois, on a des scènes de liesse ou de quasi-émeutes quand les verdicts correspondent ou ne correspondent pas à ce qu'attend la foule".

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