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Coronavirus

Santé mentale : plus d'un jeune sur deux a des difficultés mais n'ose pas voir un professionnel par "peur de stigmatisation"

Santé mentale : plus d'un jeune sur deux a des difficultés mais n'ose pas voir un professionnel par "peur de stigmatisation"
01 déc. 2021 à 17:413 min
Par F.C. avec Johanne Montay

Comment va la santé psychique et physique des jeunes en cet automne 2021 ? Pas terrible si l’on en croit l’enquête sur le bien-être mental des jeunes des Mutualités Libres. Le constat n’est pas neuf mais ce coup de sonde réalisé auprès de 1000 d’entre eux, âgés de 16 à 25 ans entre le 1er et le 10 septembre, soit juste au début de la quatrième vague, permet d’affiner le diagnostic.

Plus d’un jeune sur deux (58%) déclare avoir rencontré des difficultés d’ordre mental ou psychologique. "Et parmi ces jeunes-là, un sur deux a vécu des problèmes lourds", indique Xavier Brenez, Directeur général des Mutualités Libres. "Les 16-25 ans sont les plus touchés par les problèmes de santé mentale."

Les symptômes peuvent être sérieux : 45% des jeunes indiquent avoir vécu des sentiments de panique, des crises d’angoisse, un sentiment de solitude aussi, une perte d’appétit ou encore un manque excessif de sommeil. Autre constat : les filles sont les premières touchées. Elles se sentent plus seules, plus stressées et plus inquiètes pour l’avenir que les garçons.

Peur du psy

Les jeunes ne vont pas bien mais consultent-ils ? Pour beaucoup, la démarche reste encore difficile : 35% d’entre eux, soit un jeune sur trois parmi ceux qui ont été confrontés à un mal-être psychologique, expliquent avoir eu des difficultés à franchir le pas et oser demander l’aide d’un psychologue. "Les jeunes ont peur de recourir à des professionnels de santé mentale par peur de jugement, de stigmatisation", estime Xavier Brenez.

La question n’est pas de savoir à qui s’adresser. "L’enquête montre clairement un problème culturel. Il y a une déstigmatisation à faire. On a encore trop souvent l’impression que c’est un signe de faiblesse de recourir à un psychologue. C’est une barrière qu’il faut faire sauter", insiste le Directeur des Mutualités Libres. D’autant que quand les jeunes le font, cela s’avère généralement très utile : huit jeunes sur dix s’estiment satisfaits de l’aide qui leur est proposée.

On a encore trop souvent l’impression que c’est un signe de faiblesse de recourir à un psychologue. C’est une barrière qu’il faut faire sauter.

Au-delà des constats et facteurs qui sont à la source du mal-être des jeunes, cette enquête met également en avant ce qu’on appelle les facteurs protecteurs. "Les jeunes mettent en avant les contacts avec la famille, tout ce qui est communication digitale. D’après eux, les réseaux sociaux, ainsi que le soutien des amis et des collègues, les ont fort aidés. "

La parole aux jeunes

Qu’attendent les jeunes de la part des autorités en ce qui concerne leur santé mentale ? Pour Xavier Brenez, leurs attentes sont assez claires. "Ils demandent une attention particulière pour les publics vulnérables ainsi qu’une accessibilité plus grande aux centres de santé mentale. Quand on parle d’accessibilité, il faut comprendre ce terme au sens large comme des applications, des séances de chats, des endroits où les jeunes pourraient se rendre facilement pour parler de leurs problèmes."

Les jeunes estiment aussi qu’on doit travailler sur les listes d’attente. "On sait qu’aujourd’hui ce n’est pas évident d’avoir accès à un psychologue ou un psychiatre et qu’il faut parfois attendre longtemps", regrette Xavier Brenez. "Et de fait, on voit que les consultations ont fort augmenté avec le Covid. C’est clairement un frein à l’accessibilité."


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Agir dès le plus jeune âge

Pour les Mutualités Libres, il faut que la santé mentale devienne une priorité publique. "On s’occupe beaucoup de santé physique, assez peu de santé mentale. Et même si le gouvernement vient de faire un pas dans le bon sens en mettant en place toute une intervention pour les psychologues de première ligne, ce n’est qu’une première étape."

Xavier Brenez estime qu’il y a encore de gros efforts à faire en ce qui concerne la sensibilisation des professionnels de la santé, comme les médecins, ou de l’enseignement, comme les professeurs ou les éducateurs. "Il est indispensable d’investir dans la prévention dès le plus jeune âge dans l’ensemble du système d’enseignement. Plus de 50% des problèmes de santé mentale apparaissent aux alentours de l’âge de quatorze ans, on le sait, et donc c’est important de mettre en place des dispositifs efficaces pour les identifier et ne pas stigmatiser", précise encore le Directeur des Mutualités Libres.

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