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Chroniques

Engagez-vous, qu’ils disaient…

Les coulisses du pouvoir

Par Bertrand Henne

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14 mars 2022 à 10:124 min
Par Bertrand Henne

Ce Week-end, le cdH est devenu "Les Engagés". Sur le papier ce n’est plus seulement un parti, et sur le papier, ce n’est plus tout à fait le même projet politique que le cdH. Reste à convaincre que l’héritier du parti catholique est sincère dans sa démarche ce qui sera, et de loin, la tâche la plus compliquée.

Ruptures…

L’évolution est une savante recette de ruptures (annoncées) et d’héritage. Commençons par le nom “Les engagés” dont le graphisme permet de lire aussi “Les engagées”, même si c’est bien “Les engagés” que l’on retrouve dans les documents. Ce qui frappe l’observateur friand d’histoire c’est d’abord et avant tout la disparition définitive du "C". Le "C" du Parti Catholique de 1884 qui avait survécu à toutes les mues jusqu’au cdH. Il avait officiellement disparu, mais pour de nombreux militants le "C" de centre était une allusion au "C" de chrétien. Il a donc disparu ce "C", actant une avancée supplémentaire dans la sécularisation d’un parti qui avait historiquement relayé les intérêts de l’Église catholique.

Sur plusieurs points, “Les engagés” continue en effet à s’éloigner du PSC. Sur les aspects éthiques, plus de consigne de vote désormais. C’est une rupture même si elle avait déjà été annoncée. Dans le manifeste on retrouve des phrases du type : “La question du genre transforme nos sociétés en profondeur balayant la conception binaire qui la fonde historiquement” qu’on n’aurait pas trouvé dans une charte du PSC. Le manifeste annonce aussi s’opposer au port de signes convictionnels dans l’espace public en cas de fonction d’autorité, s’opposer à l’abattage sans étourdissement, est favorable à un réseau harmonisé et autonome d’enseignement (ce qui ne veut pas dire supprimer l’enseignement libre). Bref, pas mal d’éléments qui signent une étape supplémentaire dans la sécularisation du parti.

…et héritage.

Bien sûr, l’héritage du cdH n’a pas été complètement soldé. "Les engagés" restent comme le cdH un parti qui se présente comme interclassiste (il s’adresse à toute la société et pas à une seule partie de la population), il est non-matérialiste (attention aux aînés, au capital humain) et se veut ouvert à la société civile (pas seulement au pilier catholique donc).

Comme au cdH le clivage socio économique n’est pas considéré comme fondamental. L’idée est toujours de faire rimer liberté et responsabilité dans un équilibre qui transcende le socialisme et le libéralisme. Un membre du cdH évoque le passage du ni ni au "en même temps" (la nuance est subtile). On retrouve par exemple l’idée d’en finir avec les allocations de chômage illimitées dans le temps. Après 2 ans les allocations de remplacements s’arrêtaient pour un travail d’utilité publique dans le secteur public ou associatif. Il y a également l’idée d’un revenu de participation, un revenu de 600 euros lié à la participation à la vie associative, un service citoyens. L’emprunte écologique est aussi beaucoup plus marquée que par le passé, c’est le premier chapitre du manifeste.

Un parti ou un mouvement ?

“Les engagés” ce n’est plus un parti c’est un mouvement. C’est ce que dit Maxime Prévot. C’est l’autre intention affichée par ce nouveau nom qui rompt avec les acronymes classiques de partis pour une formule censée se rapprocher d’un mouvement citoyen. Si le travail de réflexion a bien été mené via une série assez nombreuse de rencontres citoyennes, le mode de gouvernance à encore tout à prouver. Dans les statuts, si la gouvernance évolue par rapport au "cdH" ce n’est pas une révolution. L’intention est de tenir "à côté" du parti des instances qui permettent la participation citoyenne et l’engagement associatif. D’où le slogan officiel : “C’est un mouvement qui prend parti”. C’est là, l’immense défi pour "les engagés". Les partis mouvement récents ont plutôt été très verticaux. “En marche” d’Emmanuel Macron par exemple, ressemble plus à une armée de presse-bouton, à la gloire du Chef, que d’un parti ouvert à la démocratie interne.

L’autre élément important ce sont les cadres actuels du cdH. Ce qui faisait l’identité du cdH et du PSC c’était d’être un parti de cadres rompu à la gestion de l’Etat. Soit l’inverse d’un parti citoyen. Si “les engagés” veulent montrer qu’ils ont pris une nouvelle route il leur faudra révolutionner leurs méthodes. Il leur faudra aussi des nouveaux cadres, des nouveaux visages pour incarner le changement aux élections de 2024.

Un projet risqué

Si "les engagés" sont sincères et parviennent à convaincre sur la participation citoyenne et la gouvernance, ils pourront espérer rencontrer une partie de l’opinion de plus en plus méfiante envers les partis politiques. Mais cette méfiance a plutôt conduit jusqu’ici à une polarisation et une personnalisation du débat public. On le voit avec Georges Louis Bouchez et Raoul Heddebouw. Ces deux tendances ne plaident pas en faveur de “Les engagés”. Paradoxalement, lorsqu’on essaie de cartographier les intentions de votes des Belges francophones, on se rend compte qu’il existe une masse d’électeurs modérés mais qui vote pour des partis plus à gauche ou plus à droite que leurs convictions personnelles.

Mais tout ça ne constitue pas une base sociale d’électeurs. L’identification à un parti est un phénomène complexe. Une partie des électeurs modérés se disent que la synthèse sera de toute façon réalisée par la présence au pouvoir de partis de gauche et de droite. Est-il nécessaire dans ce cas d’avoir un parti du centre ? C’est la question vertigineuse qui se présente devant “Les engagés”.

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