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Enfin du travail pour les détenus de la prison de Leuze

Enfin du travail pour les détenus de la prison de Leuze
16 oct. 2014 à 05:303 min
Par Stéphanie Vandreck

Au milieu de boîtes de chaussures de sports de grande marque, une trentaine aine de détenus s'affairent. Alain occupe le poste de magasinier. «Ce sont des articles qui viennent d’Angleterre. On change tous les codes-barres, on ré-étiquette tout, on met de nouveaux prix et tout part dans un entrepôt avant d’être distribué en magasin». Alain prend sa tâche fort à cœur: «C’est une grande chance qu’on a de pouvoir travailler. C’est beaucoup mieux que de rester dans une cellule à ne rien faire de sa journée, en plus on a une bonne gratification. On n’a pas à se plaindre». Cette gratification, c’est un salaire horaire de 2,70 € pour ce détenu. Cela lui permet de «cantiner», c'est-à-dire d’acheter via la cantine de la prison de quoi améliorer son quotidien: produits de toilette, friandises, cigarettes, journaux… «Cette petite rémunération permet aussi de diminuer les trafics, le racket au sein de la prison», explique Jean-Marc Boumal, conseiller général à la Régie du travail pénitentiaire.

"On est là pour produire"

Cet organe du SPF justice gère les ateliers de travail de l’ensemble des prisons belges. Il se charge notamment de négocier des contrats avec des entreprises privées à la recherche de main-d’œuvre. Xavier Mienniel, patron d’une société d’outsourcing fait régulièrement appel à ce type de sous-traitance. C’est en fait pour sa société que les détenus de la prison de Leuze font de l’étiquetage. «Si nous devions envoyer la marchandise dans les pays de l’Est pour ce même travail, les coûts logistiques ne seraient pas les mêmes. C’est aussi ici un des derniers bastions qui nous permet d'éviter que ce soit fait directement en Chine, là où les produits sont fabriqués. On préfère le faire ici pour avoir un meilleur contrôle». Ce patron est d’ailleurs présent quasiment quotidiennement à Leuze. Il souligne aussi le dynamisme de ces travailleurs pas tout à fait comme les autres: «Je ne veux pas savoir pourquoi ils sont ici, ça ne m’intéresse pas. J’ai des hommes en face de moi, des garçon qui sont en demande de travail, de s’intéresser à quelque chose». Mais comme dans toute relation commerciale classique, ce client a aussi ses exigences. Il faut maintenir le rythme de production, la bonne organisation de l’atelier. Ce sont des agents pénitentiaires, comme Christophe Carlier, qui s’en chargent. Pas toujours facile pour lui de combiner les rôles de chef d’équipe et de surveillant. «Ce n’est pas le même type de surveillance que dans le cellulaire, c’est un esprit très différent : ici, on est là pour travailler, et surtout pour produire. Hier, on a sorti 5 semi-remorques de pièces, c’est quand même un volume important, précise-t-il. Mais c’est vrai qu’en cas de problème, on doit intervenir».

S'occuper, se calmer... et se réinsérer

Tous nos interlocuteurs nous l'ont dit, ce travail permet aux détenus de s'occuper, et même de se calmer. Les prisons où les détenus ont la possibilité de travailler, que ce soit dans des ateliers ou à la cuisine, connaissent moins de tensions. «On a plus de contacts. Et puis, comme on est occupés, on ne pense pas à autre chose», raconte Alain. A la prison de Leuze, l'accent est également mis sur la réinsertion des détenus. «Ça leur réapprend à avoir un certain rythme de vie, à se lever tôt le matin, à respecter les consignes d’un employeur», explique Fanny Vanden Kerkhove, attachée à la direction de la prison. D'autres ateliers ainsi que des formations s'ouvriront à Leuze dans les prochains mois, afin de permettre aux détenus de remettre le pied à l’étrier et d’avoir un bagage suffisant à leur sortie. Mais quand les 321 détenus seront là, pas sûr que tous trouveront à s'occuper en permanence. Les listes d’attentes sont fréquentes dans la plupart des établissements pénitentiaires, et en particulier dans les plus anciens et les plus peuplés.

Stéphanie Vandreck

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