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En République démocratique du Congo, une guerre sans fin entre les rebelles du M23 et les forces armées congolaises

La plupart des déplacés sont partis dans la peur et la précipitation, sans rien emporter, et ne survivent que grâce à la solidarité de la population locale.

© Patricia Huon

29 juil. 2022 à 06:18Temps de lecture3 min
Par Patricia Huon

"Nous étions aux champs, quand nous avons entendu des explosions et le bruit des balles qui se rapprochaient", raconte Aline Mwavita, une jeune fille de 15 ans, accompagnée de son petit frère. "Nous sommes rentrés à la maison, mais nos parents avaient déjà fui. Ils n’avaient même pas pris le temps de mettre le cadenas sur la porte."

Selon les Nations Unies, au moins 170.000 personnes ont été déplacées depuis fin mars par les affrontements entre les forces armées congolaises (FARDC) et les rebelles du M23, qui ont repris les armes. Des milliers de familles ont trouvé refuge à Rutshuru, à environ 70 kilomètres au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, non loin des frontières rwandaise et ougandaise.

Ma femme fait du porte-à-porte tous les jours pour trouver à manger

Dans une école, ils habitent des salles de classes. Dans un stade qui accueillait des matchs de football, de grandes tentes blanches ont été plantées dans l’urgence pour les héberger. La plupart des déplacés sont partis dans la peur et la précipitation, sans rien emporter. "Ma femme fait du porte-à-porte tous les jours pour trouver à manger. Parfois les gens sont généreux, parfois nous restons le ventre creux", dit Jean de Dieu Yakaremye, un instituteur, père de quatre enfants.

"Je ne peux pas retourner chez moi tant que les rebelles sont là. Je n’ai pas confiance", déplore Elisabeth Mwamini, une femme d’une quarantaine d’année, qui tressaute à chaque fois qu’un tir d’artillerie résonne au loin. D’âpres combats pour le contrôle d’une colline ou d’une route ont lieu à moins d’une trentaine de kilomètres de là.

Les autorités et l’armée congolaises accusent le Rwanda de soutenir les rebelles, comme ce fut le cas lors d'une précédente insurrection du M23, il y a dix ans. Le Rwanda et l’Ouganda ont des intérêts géostratégiques et économiques à l’est de la RDC, une région riche en minerais. Kigali nie toute implication dans le conflit, et la tension monte entre les pays voisins.

Aline Mwavita et son petit frère sont hébergés par une famille d'accueil en attendant de pouvoir rejoindre leurs parents.
Aline Mwavita et son petit frère sont hébergés par une famille d'accueil en attendant de pouvoir rejoindre leurs parents. Patricia Huon

"Il y a une fatigue et une colère légitime de la population, qui vit dans l’instabilité chronique depuis trop longtemps", dit Nene Morisho, coordinateur de l’institut de recherche Pole, à Goma. A l’est de la RDC, l’histoire se répète inlassablement.

Ils recrutent au sein des communautés locales. Les parents ferment les yeux, certains incitent même leurs fils à les rejoindre

Des groupes armés qui étaient ennemis ont maintenant uni leurs forces et collaborent de facto avec l’armée nationale pour arrêter "l'envahisseur". Une situation qui perpétue la prolifération des armes, l’enrôlement d’enfants-soldats et les conflits communautaires. "Les FARDC nous ont donné des AK-47. Mais ils nous ont dit qu'il faudrait les rendre quand le M23 serait repoussé", raconte un jeune homme de 17 ans membre d'une milice d'autodéfense maï-maï.

"Ils recrutent au sein des communautés locales. Les parents ferment les yeux, certains incitent même leurs fils à les rejoindre", dit Jacques Mbusa Buligho, coordonnateur de l'organisation UPDECO, qui lutte contre le recrutement et l'utilisation d'enfants-soldats dans le territoire de Rutshuri. "Cela va créer de nombreux problèmes. Ces mêmes enfants seront blâmés et rejetés par leur communauté quand ils retourneront leurs armes contre elle et commenceront à piller".

Les précédents programmes de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) – y compris les accords conclus avec le M23 en décembre 2013- ont tous échoué. "Certains sont prêts à reprendre la vie civile, mais d'autres veulent être intégrés dans l'armée ou la police" dit Josaphat Musamba, chercheur sur la dynamique des conflits à l’Université de Gand. "Le problème, c’est qu’on ne peut pas continuer de récompenser les combattants rebelles avec des promotions".

Dans ce contexte, la résurgence, ces derniers mois, du M23 – une rébellion responsable de crimes de guerre il y a dix ans, restées impunis – porte tous les ingrédients pour une dégradation à long terme de la situation sécuritaire dans la région.

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