Les Grenades

En Italie, l’extrême droite est accusée d’instrumentaliser un viol en vue des élections

Giorgia Meloni.

© Belga

26 août 2022 à 08:22Temps de lecture3 min
Par Caroline Bordecq, correspondante en Italie pour Les Grenades

"La violence sur les femmes ne s’utilise pas à des fins électorales", a dénoncé le collectif féministe italien Non Una Di Meno, ce mardi 23 août sur Facebook.

La raison de cette colère : dimanche 21 août, Giorgia Meloni, la leader du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a partagé la vidéo d’un viol sur Twitter sans le consentement de la victime et en insistant sur le statut de demandeur d’asile de l’agresseur. Les faits, filmés par un voisin après avoir prévenu la police, s’étaient déroulés quelques heures plus tôt, en matinée, dans une rue de Plaisance (Italie du Nord). L’homme a immédiatement été arrêté.

Sous la vidéo floutée, mais laissant entendre les cris de la victime, Giorgia Meloni avait commenté : "On ne peut pas rester en silence devant cet épisode atroce de violence sexuelle contre une femme ukrainienne par un demandeur d’asile. J’embrasse cette femme. Je ferai tout ce que je peux pour ramener la sécurité dans nos villes". Quelques jours plus tard, sur Twitter, elle revenait sur les faits en liant de nouveau l’insécurité et l’immigration.

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Très vite, la cheffe de file d’extrême droite a été accusée, notamment par le Parti Démocrate (centre-gauche), d’instrumentaliser ce viol à des fins électorales. En effet, le 25 septembre prochain l’Italie devra voter pour les élections législatives et son parti Fratelli d’Italia, en tête des sondages, a fait de la lutte contre l’immigration un cheval de bataille.

Fémonationalisme

"C’est assez typique de voir la thématique de la violence contre les femmes émerger seulement quand l’agresseur est étranger", analyse Giorgia Serughetti, chercheuse en philosophie politique à l’Université de Milan-Bicocca. Des épisodes comme celui-ci réactivent "un imaginaire raciste qui plait beaucoup à la droite : celui de la femme blanche qu’il faut défendre face à la sexualité violente et sauvage de l’homme noir", poursuit-elle.

Ce phénomène porte d’ailleurs un nom : le fémonationalisme. C’est-à-dire le fait de se servir de la lutte pour l’égalité des genres, et contre les violences faites aux femmes, comme épouvantail contre l’immigration. Une pratique qui s’observe aussi en Flandre au sein du Vlaams Belang. En d’autres termes, "cela revient à s’occuper de la violence contre les femmes sans la comprendre", résume Giorgia Serughetti qui rappelle que le phénomène traverse toutes les classes sociales, appartenances ethniques, religions, etc.

En partageant la vidéo, Giorgia Meloni a aussi montré qu’elle n’avait "aucune culture de l’anti-violence", insiste la chercheuse. En effet, exposer la victime au regard du monde entier et la forcer à se revoir, c’est "une répétition sans fin" du même traumatisme, dénonce à son tour Non Una Di Meno.

C’est assez typique de voir la thématique de la violence contre les femmes émerger seulement quand l’agresseur est étranger

Pourtant, celle qui pourrait bien devenir la prochaine Première ministre italienne estime n’avoir aucune raison de s’excuser. Elle se défend en affirmant que la vidéo avait déjà été publiée sur le site d’un quotidien et que la victime ne pouvait pas être reconnue.

L’autorité italienne pour la protection des données privées et le parquet de Plaisance ont tout de même décidé d’ouvrir des enquêtes pour déterminer les responsabilités dans la diffusion de la vidéo, qui a été finalement été supprimée par Facebook et Twitter.

"Des fonds pour des centres anti-violences ?"

Enfin, Giorgia Serughetti regrette que cet événement n’ait pas provoqué un vrai débat autour de la problématique des violences contre les femmes. "Il y avait d’un côté l’instrumentalisation de Giorgia Meloni, de l’autre l’indignation des partis d’opposition pour ce comportement et au milieu la victime", observe-t-elle.

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Pourtant, les violences contre les femmes sont un enjeu de taille en Italie. Les chiffres sur les féminicides en sont d’ailleurs la preuve : selon les données du ministère de l’Intérieur, 125 femmes ont été tuées entre le 1er août 2021 et le 31 juillet 2022 (contre 108 l’année précédente). Dont 108 dans la sphère familiale ou affective. En Belgique, au moins 22 féminicides avaient été comptabilisés en 2021, au moins 13 ont été comptabilisés cette année.

"A part spéculer sur le traumatisme de la violence, est-ce que quelqu’un dans cette campagne électorale pourrie allouera des fonds pour des centres anti-violences qui protègent le libre arbitre des femmes et des personnes qui se tournent vers eux ? Ou pour une éducation à la sexualité axée sur le consentement et les différences ?", interroge finalement Non Una Di Meno.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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