En immersion avec un 'patient Covid' : les ambulanciers en première ligne – Série 1/6

Avant d’aller en intervention auprès d’une patiente suspectée d’être atteinte du Covid 19, Christophe Jeugmans secouriste volontaire et Luca Amato, secouriste professionnel s’équipent pour se protéger.

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06 avr. 2020 à 12:30 - mise à jour 06 avr. 2020 à 12:30Temps de lecture3 min
Par Ghizlane Kounda

Extrait du reportage radio qui sera diffusé dans l’émission Transversales sur La Première, le 11 avril 2020 à midi.

"Dame de 57 ans. Suspicion de Covid. A court d’haleine. Secteur Citadelle". Nous sommes au centre de secours de la Croix Rouge, à Oupeye. Dès l’instant où l’agent de la centrale d’urgence du 112 prononce ces mots à la radio, une équipe se met en marche. Trois secouristes ambulanciers iront chercher la patiente à son domicile à Liège, pour ensuite la transporter à l’hôpital de la Citadelle. Pas de temps à perdre, le rythme est soutenu. Mais surtout, pas de risque à prendre.

L’ambulance vient d’être désinfectée. Avant d’aller en intervention, seul un secouriste, celui qui sera en contact avec la patiente, s’équipe entièrement : salopette, gants, masque FFP2, charlotte, visière. C’est au tour de Christophe Jeugmans, secouriste volontaire, d’aller au front. Les deux autres emportent leur matériel de protection mais en principe, ils ne seront pas en contact avec la patiente. Eux, resteront à l’avant du véhicule.

Arrivé au domicile, Christophe Jeugmans équipe la patiente de gants et d’un masque, puis relève les premiers paramètres médicaux. "38.2 de température. 98 de saturation et 120 de pulses". Elle présente aussi une toux sèche. Malgré la faiblesse de son état, la patiente est encore capable de marcher seule.

La patiente est prise en charge par des infirmiers à l'hôpital de la Citadelle, dans un garage qui a été aménagé spécialement pour les cas suspects « Covid-19 ».
La patiente est prise en charge par des infirmiers à l'hôpital de la Citadelle, dans un garage qui a été aménagé spécialement pour les cas suspects « Covid-19 ». © Tous droits réservés

Sur le chemin de l’hôpital, Christophe Jeugmans accepte de prendre mon micro, car je n’ai pas l’autorisation de l’accompagner dans l’enceinte "contaminée" de l’ambulance. Trop risqué, même si je suis équipée.

"Si le test est négatif, est-ce que je pourrai rentrer chez moi ?", demande la patiente. "Je pense que oui, mais ce sont les médecins qui décideront", répond le secouriste. "Vous pensez que c’est le virus du Covid ?", s’inquiète-t-elle. "On ne sait pas. Les symptômes, c’est de la fièvre, c’est de la toux… Ce sont les mêmes symptômes que la grippe ou d’autres pathologies. Ça peut être ça, comme ça peut être autre chose", tente de rassurer Christophe Jeugmans.

Une fois arrivée à l’hôpital de la Citadelle, la patiente est prise en charge par des infirmiers. Elle est immédiatement alitée dans un garage qui a été aménagé spécialement pour les cas suspects du "Covid 19". La mission des secouristes est accomplie. Christophe Jeugmans désinfecte la cabine de l’ambulance, avant d’enlever son équipement.

"Oui, on a des craintes !" s’exclame le secouriste. "On se bat contre quelque chose qu’on ne voit pas, qu'on peut pas combattre. On n’est pas formé pour ça, et puis ce n’est jamais sans risque. On n’est pas à l’abri d’une erreur. Les équipements peuvent être défaillants, on peut mal les mettre… On risque de l’attraper, mais on fait notre taf… On est là pour ça".

Christophe Jeugmans vient de déposer la patiente, il maintient ses distances avec Luca Amato tant qu'il ne s'est pas désinfecté
Christophe Jeugmans vient de déposer la patiente, il maintient ses distances avec Luca Amato tant qu'il ne s'est pas désinfecté © Tous droits réservés
Christophe Jeugmans, secouriste volontaire, désinfecte l’enceinte arrière de l’ambulance après avoir déposé la patiente.
Christophe Jeugmans, secouriste volontaire, désinfecte l’enceinte arrière de l’ambulance après avoir déposé la patiente. © Tous droits réservés

Au centre d’Oupeye, deux ambulances sont dédiées aux patients suspectés d'être atteints du Covid-19. Cela fait une semaine que le gouvernement fédéral a imposé le confinement, une semaine que le SPF Santé publique a imposé au secteur hospitalier un plan d’urgence. Depuis, le nombre d’interventions du centre d’Oupeye est passé de trois à une douzaine par jour. Le risque pour ces hommes en première ligne est permanent.

"Il y a des patients qui ne disent pas la vérité", déplore Gregory Bertemes, responsable du centre de secours d’Oupeye. "Vous arrivez en intervention et c’est seulement plus tard que vous apprenez qu’ils ont été en Italie, probablement en contact avec des personnes positives. On a eu le cas avec une dame qui est tombée dans les escaliers. Elle n’a rien dit au personnel médical. Or, elle revenait d’Espagne où elle a été testée positive. Elle a mis en danger le personnel médical".

De fait, au centre de secours d’Oupeye, trois ambulanciers et un volontaire de terrain qui présentaient des symptômes suspects ont été écartés du service.

Luca Amato, secouriste professionnel, a commenté l'intervention avec beaucoup de précisions
Luca Amato, secouriste professionnel, a commenté l'intervention avec beaucoup de précisions © Tous droits réservés
Gregory Bertemes, responsable du centre de secours de la Croix Rouge, à Oupeye (à gauche)
Gregory Bertemes, responsable du centre de secours de la Croix Rouge, à Oupeye (à gauche) © Tous droits réservés
J'étais moi-même équipée de matériel de protection : gants, lunettes, masque FFP2, veste imperméable, sans oublier les produits désinfectants.
J'étais moi-même équipée de matériel de protection : gants, lunettes, masque FFP2, veste imperméable, sans oublier les produits désinfectants. © Tous droits réservés

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