En immersion avec un 'patient Covid': la phase délicate du tri – Série 2/6

En immersion avec un 'patient Covid' : la phase délicate du tri - Série 2/6

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07 avr. 2020 à 10:04 - mise à jour 07 avr. 2020 à 10:04Temps de lecture3 min
Par Ghizlane Kounda

Extrait du reportage radio diffusé dans l’émission Transversales sur La Première, le 11 avril 2020 à midi.

C’est Magali Bartiaux, médecin urgentiste à l’hôpital St-Pierre qui nous fait la visite. "Tous types de patients arrivent ici", explique-t-elle. Dès le début de la crise, l’hôpital a aménagé à la hâte un dispositif d’accueil aux urgences, à l’extérieur du bâtiment principal, afin de séparer les patients qui présentent des symptômes du Covid-19, des autres patients.

Ici, ce sont des bénévoles de la Croix Rouge qui font le tri, avec l’aide d’infirmiers. Tous sont équipés de matériel de protection. Les patients doivent d’abord répondre à un questionnaire et en fonction des réponses, ils sont orientés vers une tente 'Covid’ ou ‘Non Covid’. Chacun suivra ensuite une filière adaptée.

Pour ausculter les patients qui présentent une suspicion de Covid-19, l’hôpital Saint-Pierre s'est doté d’un dispositif unique en Belgique. Marc Decroly, médecin urgentiste, l’a entièrement conçu. Ce sont des cellules qui permettent au personnel soignant d’ausculter un ‘patient Covid’ avec un minimum de risque.

"Chaque cellule est composée de quatre box de consultation, avec deux couloirs séparés", explique Marc Decroly. "L’un des couloirs est destiné au patient, l’autre au personnel médical, de sorte qu’ils ne se croisent jamais. Chaque box permet d’accueillir un patient avec une chaise. Une plaque de plexiglas percée de deux trous obturés, sépare l’espace ‘contaminé’ de l’espace médical. Ainsi, le médecin peut ausculter le patient sans risquer de recevoir des projections du virus. Lorsqu’un box a été occupé, on place un macaron jaune sur la porte… Une fois les quatre box utilisés, la cellule est désinfectée au gaz".

Magali Bartiaux, médecin urgentiste à l'hôpital Saint-Pierre
Magali Bartiaux, médecin urgentiste à l'hôpital Saint-Pierre © Tous droits réservés
En seulement trois jours, des volontaires ont construit six unités de quarte box pour la phase délicate du tri.
En seulement trois jours, des volontaires ont construit six unités de quarte box pour la phase délicate du tri. © Tous droits réservés

Au total, six unités de quatre box ont été construites en seulement trois jours. Marc Decroly a fait appel à des bénévoles. Son ingéniosité, il l’a développée à force de participer à des plans catastrophes, dans le cadre de sa fonction d’urgentiste. Et puis, il était en première ligne pour coordonner la prise en charge des victimes de l’attentat de la station de métro Maelbeek à Bruxelles, le 22 mars 2016.

"Ce système répond à trois objectifs ", explique encore Marc Decroly. "Le premier, c’est de protéger le personnel soignant. Le deuxième, c’est d’accueillir des patients en grand nombre pour les trier et leur faire prendre deux voix différentes dans l’hôpital, ce qui permet de ne pas les mélanger aux autres patients. Et enfin, l’objectif est d’externaliser le tri afin de libérer les salles pour la prise en charge des patients".

Marc Decroly pense déjà à dupliquer ce système dans un autre environnement. Les projets ne manquent pas. Il réfléchit à la manière dont il va aménager une unité mobile selon le même principe dans un bus qui appartient à la ville de Bruxelles. "Lorsque le nombre de tests sera suffisamment important, nous irons faire du dépistage dans les maisons de repos ou dans d’autres structures qui nécessitent un dépistage de masse. Cela permettra de lever certains confinements inutiles et surtout de renforcer l’isolement des patients malades".

"Si l’on veut arrêter cette épidémie, il y a trois techniques : dépister, isoler et protéger ceux qui ont été malades. C’est la règle".

Marc Decroly, médecin urgentiste à l'hôpital Saint-Pierre. Il a entièrement conçu les cellules de tri de manière à minimiser les risques pour le personnel soignant. Avec des bénévoles, six unités de quatre box ont été construites en seulement trois jours.
Marc Decroly, médecin urgentiste à l'hôpital Saint-Pierre. Il a entièrement conçu les cellules de tri de manière à minimiser les risques pour le personnel soignant. Avec des bénévoles, six unités de quatre box ont été construites en seulement trois jours. © Tous droits réservés
Une plaque de plexiglas percée de deux trous obturés, sépare l’espace ‘contaminé’ de l’espace médical. Ainsi, le médecin peut ausculter le patient sans risquer de recevoir des projections du virus.
Une plaque de plexiglas percée de deux trous obturés, sépare l’espace ‘contaminé’ de l’espace médical. Ainsi, le médecin peut ausculter le patient sans risquer de recevoir des projections du virus. © Tous droits réservés