En immersion avec un 'patient Covid' : dans une unité de soins intensifs – Série 4/6

09 avr. 2020 à 11:00 - mise à jour 09 avr. 2020 à 13:52Temps de lecture3 min
Par Ghizlane Kounda

Extrait du reportage radio diffusé dans l’émission Transversales sur La Première, le 11 avril 2020 à midi.

Direction à présent, l’une des deux unités de soins intensifs du CHC de liège. L’hôpital a ouvert une semaine plus tôt que prévu. Le service accueille déjà une dizaine de patients pour qui le diagnostic Covid-19 est confirmé. Les personnes qui sont admises ici présentent des symptômes respiratoires sévères. "Les soins intensifs sont les plus critiques pour les patients atteints du Covid-19", explique Laurent Jadot, médecin en anesthésie et réanimation aux soins intensifs. "80% des patients n’ont pas de problème, 15% ont besoin d’oxygène et 5% ont besoin de traitements lourds, sur une longue durée".

"Tous les patients qui viennent aux soins intensifs doivent avoir effectué un scanner des poumons", ajoute le médecin. "Cela permet de confirmer le diagnostic. Et surtout, une fois qu’ils sont admis ici, il est plus difficile de déplacer les patients pour leur faire des examens".

Le Dr Jadot nous montre l’image d’un scanner caractéristique d’un patient atteint du Covid-19. "On voit du flou… La teinte du poumon est diffuse. Le poumon apparaît plus dense et on voit des vaisseaux anormalement dilatés. Cela signifie que le poumon ne participe plus à la respiration. Et donc, même si le test PCR est négatif, on n’abandonne pas l’idée que le patient est atteint du Covid. On initie alors un traitement en isolement… Mais ces cas-là ne sont pas comptabilisés par les autorités comme des patients positifs Covid-19".

Laurent Jadot, médecin en anesthésie et réanimation aux soins intensifs, membre de la cellule de crise Covid-19
Laurent Jadot, médecin en anesthésie et réanimation aux soins intensifs, membre de la cellule de crise Covid-19 © Tous droits réservés

Dans les chambres isolées et vitrées, la plupart des patients sont intubés et reliés à des respirateurs. Ils sont alors plongés dans un coma artificiel. "Ce serait insupportable d’être intubé et relié à un respirateur en étant conscient", commente Laurent Jadot.

L’un d'entre eux n'a qu’une quarantaine d’années. "Il n’avait pas d’antécédents, pas de traitement particulier", explique le médecin. "Le public doit le savoir, on peut être jeune, en bonne santé et être très malade…". Le patient est allongé sur le ventre sur un lit hyper-médicalisé. "Cela permet d’améliorer la fonction de ses poumons". Il ne faut pas moins de cinq personnes, quatre infirmiers et un médecin, pour le retourner. Une manipulation à haut risque car des actes aérosolisants sont alors pratiqués. Très lourde aussi, parce que le personnel doit s’équiper de la tête aux pieds avec un matériel de protection renforcé. Pas question, ici, de prendre le moindre risque.

Il n’est pas rare que les patients admis aux soins intensifs développent, en plus de la maladie, des complications. "Il y a les escarres... le risque d’infections provoquées par des bactéries qui pourraient s’introduire dans le sang par le biais des cathéters. Le transit intestinal diminue… Après trois semaines de soins intensifs, il est évident que le patient ne va pas respirer et marcher immédiatement. Il lui faudra plusieurs semaines de rééducation".

Les chambres isolées dans l'unité des soins intensifs sont dites 'à dépression', cela signifie que l'air est maintenu à l'intérieur pour empêcher que le virus ne sorte.
Les chambres isolées dans l'unité des soins intensifs sont dites 'à dépression', cela signifie que l'air est maintenu à l'intérieur pour empêcher que le virus ne sorte. © Tous droits réservés
Ce jour-là, dans l'unité des soins intensifs du CHC de Liège, huit patients sont intubés et reliés à un respirateur.
Ce jour-là, dans l'unité des soins intensifs du CHC de Liège, huit patients sont intubés et reliés à un respirateur. © Tous droits réservés

Pendant que le personnel médical va et vient dans le couloir, une dame d’entretien nettoie de fond en comble la chambre d’un patient intubé. Balai et chiffon à la main… Elle aussi est équipée de la tête aux pieds. Elle aussi prend des risques immenses en s’approchant si près des malades et de leurs tuyaux. D’autant plus que ces chambres sont dites 'à dépression', cela signifie que l’air est maintenu à l’intérieur pour empêcher que le virus ne sorte.

Personne ici n’est épargné par les craintes. "J’ai peur parce qu’il y a beaucoup choses qu’on ne sait pas sur la transmission du virus", explique Melody Secundo, infirmière aux soins intensifs. "On prend un maximum de précautions mais on n’est jamais à l’abri de le contracter. On peut commettre une bête petite erreur en s'habillant ou en se déshabillant… On doit beaucoup réfléchir à nos gestes et mentalement, c’est parfois lourd..."

Aujourd’hui, Ariane Szewczyk, infirmière en chef, réunit son équipe pour faire un débriefing. Elle fait le point sur les solutions apportées à certains patients. Elle en est consciente, la pression qui pèse sur les épaules des infirmiers est immense. Une psychologue est à leur disposition, si nécessaire…

Une dame d'entretien, elle aussi entièrement équipée, est au plus près des patients.
Une dame d'entretien, elle aussi entièrement équipée, est au plus près des patients. © Tous droits réservés
Melody Secundo, infirmière aux soins intensifs du CHC de Liège
Melody Secundo, infirmière aux soins intensifs du CHC de Liège © Tous droits réservés
Ariane Szewczyk, infirmière en chef de l'unité des soins intensifs au CHC de Liège réunit son équipe pour un débriefing.
Ariane Szewczyk, infirmière en chef de l'unité des soins intensifs au CHC de Liège réunit son équipe pour un débriefing. © Tous droits réservés

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